À l’école, la santé mentale fragilise élèves et personnels: le rapport 2025 alerte sur un malaise désormais structurel
Le rapport 2025 de la médiation décrit une hausse des saisines, des violences en forte progression et une anxiété croissante autour de l’orientation. Il pointe aussi la souffrance des personnels et les limites des réponses actuelles.

Quand l’école devient aussi un lieu d’angoisse
Pour beaucoup de familles, la question est simple : qui aide un enfant quand l’école ne va plus de soi ? Derrière les absences, les tensions, le harcèlement ou les conflits avec l’administration, il y a souvent autre chose qu’un simple “accident de parcours”. Il y a une fragilité qui s’installe, et qui touche aussi les adultes de l’institution.
Ce sujet est désormais au cœur des politiques éducatives. La santé mentale est inscrite comme grande cause nationale en 2025, et le ministère de l’Éducation nationale a lui-même placé ce thème au centre du rapport 2025 de la médiatrice de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur. Le message est clair : la difficulté psychique n’est plus un phénomène périphérique, mais un sujet structurel pour l’école.
Les saisines explosent, et le malaise change de visage
En 2025, les équipes de la médiation ont traité environ 28 500 saisines, soit une hausse de 20 % sur un an et de 51 % en cinq ans. Le rapport insiste moins sur des catégories juridiques que sur un climat général : violences faites aux enfants, harcèlement, discrimination, démotivation, souffrance des personnels, conflits entre parents et écoles. Tout cela forme une même toile de fond.
La médiatrice souligne aussi que 76 % des demandes viennent désormais des usagers, contre 24 % du personnel. Mais les agents de l’école restent très présents : 6 628 saisines en 2025. Chez eux, les demandes portent d’abord sur les questions financières, à 43 %, puis sur l’évolution de carrière, à 15 %. Le rapport y voit un manque de communication administrative, mais aussi un sentiment d’abandon qui use les équipes.
Autre signal fort : les dossiers liés à des violences ou à des atteintes aux droits, à la dignité ou à la sécurité des enfants sont passés d’environ 400 en 2024 à 1 000 en 2025. Parmi eux, 70 % relèvent de violences entre pairs et 30 % de violences commises par des adultes sur des élèves. Les violences sexistes et sexuelles représentent 3 % des cas signalés. Le chiffre reste minoritaire, mais il dit une réalité brutale : à l’école, la protection n’est pas toujours au rendez-vous.
Ce que cela change concrètement, pour les élèves comme pour les personnels
Le rapport décrit une école où les difficultés ne se résolvent plus seulement par des règles, mais par de la coordination. D’un côté, les élèves et les étudiants arrivent avec plus d’anxiété, davantage de solitude et des parcours parfois cabossés. De l’autre, les personnels doivent gérer ces fragilités avec des moyens humains souvent limités. C’est là que la santé mentale devient un sujet de service public, pas seulement de médecine.
Les données de Santé publique France donnent du relief à ce constat. En 2024, 70 % des collégiens et 63 % des lycéens déclaraient un bon niveau de bien-être mental. Mais 15 % des collégiens et près de 20 % des lycéens disaient ressentir un sentiment de solitude, et 45 % des collégiens rapportaient des plaintes psychologiques. L’école reste donc un espace de socialisation central, mais aussi un lieu où les fragilités se voient vite.
Cette tension est particulièrement forte au moment de l’orientation. Le bilan de la médiation évoque environ 300 saisines sur Parcoursup, un volume limité mais en hausse. Surtout, la période des vœux est associée à un pic de consultations psychiatriques et à un regain des troubles anxieux, selon le rapport. La procédure d’orientation, qui devait sécuriser l’accès à l’enseignement supérieur, devient pour certains un moment de pression maximale.
Le handicap révèle un autre angle mort. Le droit prévoit des aménagements d’examens pour garantir l’égalité des chances, avec du temps supplémentaire, un équipement adapté ou un assistant si nécessaire. Mais le rapport de médiation montre que l’application concrète peut encore casser la confiance : un élève suspecté de fraude parce qu’il utilisait un ordinateur a fini par renoncer à ses aménagements pour la suite. Dans ce type de situation, l’outil censé compenser le handicap devient une source supplémentaire d’angoisse.
Former, protéger, reconnaître : trois batailles différentes
La médiatrice plaide pour une meilleure préparation des enseignants face aux élèves en souffrance. C’est un point central. L’école ne manque pas seulement de textes ; elle manque souvent de temps, de relais et de personnels formés pour repérer, orienter et apaiser. Le ministère annonce d’ailleurs des conseillers techniques en santé mentale auprès des services académiques, signe que le sujet gagne en organisation.
Mais cette montée en puissance a des limites. Les syndicats rappellent que les personnels restent exposés à une usure importante. La FSU-SNUipp parle de souffrance au travail, de perte de sens et de manque de moyens pour les psychologues de l’Éducation nationale. Ce regard contradictoire est utile : il montre que l’institution demande davantage d’écoute aux agents, alors même qu’une partie d’entre eux se dit déjà fragilisée.
Le contraste est particulièrement net pour les contractuels. Leur part dans les saisines augmente de 42 %. C’est logique : statut plus précaire, accès plus inégal à l’information, sentiment d’isolement plus fort. Autrement dit, la dégradation de la santé mentale dans l’enseignement n’épargne personne, mais elle frappe plus durement ceux qui ont le moins de marges.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Le prochain point d’attention, c’est la mise en œuvre réelle des annonces. La nouvelle déléguée à la protection des enfants à l’école, nommée le 15 avril, doit devenir pleinement opérationnelle l’an prochain. Le succès dépendra de sa capacité à faire remonter les cas de violences et à accélérer les réponses sur le terrain.
Il faut aussi suivre la traduction locale des orientations nationales. Les outils existent : prévention, formation, aménagements d’examens, accompagnement à l’orientation, dispositifs contre le harcèlement. Mais l’enjeu n’est plus de produire des principes. C’est de savoir si chaque établissement aura assez de personnels, de temps et de coordination pour éviter que le malaise ne se transforme en rupture.



