Au 1er mai, Le Pen et Bardella veulent faire oublier les divisions du RN sur le pouvoir d’achat
À Mâcon, le RN a transformé son meeting du 1er mai en test d’unité sur l’économie. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont mis en avant le pouvoir d’achat, malgré des tensions persistantes sur la ligne économique du parti.

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Quand le 1er mai devient un test politique
Pour le Rassemblement national, le 1er mai n’est pas seulement une date syndicale. C’est aussi un moment de démonstration politique. À Mâcon, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont voulu montrer qu’ils parlaient d’une seule voix sur l’économie, alors même que leur camp est traversé par des sensibilités différentes sur le rôle de l’État, la fiscalité et la place des entreprises.
Le décor compte. D’un côté, une salle remplie de militants. De l’autre, dans la ville, une mobilisation hostile au RN et à son appropriation du 1er mai. Cette journée, née dans l’histoire sociale du travail, reste un marqueur très fort en France. Les syndicats y défendent les salaires, les droits collectifs et la réduction du temps de travail. Le RN, lui, cherche à y installer un récit plus large : celui d’un parti qui parle autant du pouvoir d’achat que de souveraineté et d’autorité.
Ce que les dirigeants RN cherchent à faire passer
Le message central est simple : le RN veut apparaître comme un parti de gouvernement sur l’économie. Dans ses textes et ses prises de parole, il défend depuis des années une ligne mêlant protectionnisme, baisse de certains prélèvements, préférence nationale dans plusieurs arbitrages publics et réindustrialisation. Marine Le Pen a souvent présenté l’État comme un acteur central de la relance, tandis que Jordan Bardella s’efforce d’adresser un langage plus rassurant aux chefs d’entreprise.
Cette convergence apparente sert plusieurs objectifs. D’abord, parler aux salariés qui subissent la hausse des prix et l’érosion du budget familial. Ensuite, parler aux petites entreprises, qui redoutent les charges, l’instabilité fiscale et les coûts de production. Enfin, faire oublier les divisions internes entre une ligne plus sociale, portée de longue date par Marine Le Pen, et une ligne plus libérale ou pro-entreprise, plus visible chez Jordan Bardella.
Le contexte économique leur offre un terrain favorable. En 2025, l’inflation a nettement ralenti en France, à 0,9 % en moyenne annuelle selon l’Insee, mais les salaires ont aussi décéléré. Le salaire horaire a progressé de 2,1 % en moyenne sur l’année, après 3,0 % en 2024. En clair, les prix montent moins vite, mais les hausses de rémunération s’essoufflent aussi. C’est précisément dans cet écart, encore sensible pour beaucoup de ménages, que le RN cherche à s’installer.
Ce que cela change concrètement pour les électeurs
Pour les salariés modestes et les classes moyennes, le discours du RN vise un point très concret : le reste à vivre. Quand l’inflation recule, mais que les salaires stagnent, la sensation d’étouffement budgétaire ne disparaît pas d’un coup. Le parti d’extrême droite tente donc de faire de la vie chère un angle politique durable, pas seulement un sujet conjoncturel.
Pour les petites et moyennes entreprises, le RN veut promettre l’inverse de ce qu’elles disent subir : moins de normes, moins de pression fiscale, plus de protection face à la concurrence internationale. Cet argument parle à des secteurs qui se sentent pris en étau entre hausse des coûts, faibles marges et demandes administratives. À l’inverse, les grandes entreprises peuvent y voir un programme plus ambigu : certaines mesures de protection pourraient les avantager, mais d’autres, comme un durcissement des règles commerciales ou une politique économique très interventionniste, créeraient de l’incertitude.
Il y a aussi un enjeu de crédibilité. Depuis des mois, le RN cherche à convaincre qu’il ne se contente plus de slogans. Pourtant, ses adversaires soulignent un point de tension : le parti promet à la fois davantage de pouvoir d’achat, moins de contraintes pour les entreprises et davantage de dépense publique ciblée. Tenir ces trois promesses ensemble suppose des financements clairs. C’est là que le débat se tend.
Les critiques : un projet jugé flou, voire contradictoire
Les syndicats ont répondu frontalement à cette offensive. La CGT a fait du 1er mai 2025 un rendez-vous de lutte contre l’extrême droite, en liant cette bataille à celle des salaires, des retraites et du temps de travail. Pour elle, le RN détourne une journée fondée sur les droits du travail et cherche à parler au nom des salariés sans défendre leurs intérêts collectifs. Cette critique vise un point central : le parti parle de peuple, mais les syndicats lui reprochent de fragiliser les protections communes.
Les opposants politiques insistent, eux, sur le risque institutionnel. Après la condamnation de Marine Le Pen et les débats qu’elle a déclenchés, Jordan Bardella a été présenté comme son possible relais pour 2027 si elle restait empêchée de se présenter. Cela nourrit une lecture stratégique du meeting : au-delà de l’économie, il s’agit aussi de montrer que le tandem tient encore et qu’aucune crise interne ne fissure l’appareil.
Sur le fond économique, le RN bénéficie d’un climat où beaucoup de Français jugent leur niveau de vie sous pression. Mais il se heurte à une question classique : comment financer les promesses sans alourdir ailleurs l’effort demandé ? Les économistes de l’OFCE rappellent que la croissance française reste faible, avec 0,9 % en 2025, et que les entreprises restent prudentes sur l’investissement dans un environnement incertain. Autrement dit, le RN parle dans une économie molle, où chaque annonce budgétaire a un coût politique immédiat.
Ce qu’il faudra surveiller ensuite
La vraie question n’est pas seulement de savoir si Marine Le Pen et Jordan Bardella affichent leur unité sur scène. C’est de voir si cette unité tient dans les arbitrages concrets : fiscalité, dépenses publiques, soutien aux entreprises, et place accordée aux salariés dans le récit économique du parti. Tant que ces choix restent formulés en termes généraux, le RN garde de la souplesse. Dès qu’il faudra chiffrer, hiérarchiser et financer, les contradictions deviendront plus visibles.
Les prochains rendez-vous parlementaires et les prises de parole des acteurs sociaux diront si le RN parvient à élargir son discours économique au-delà de sa base militante. C’est là que se jouera sa crédibilité : non pas dans la capacité à remplir une salle, mais dans celle à convaincre qu’il peut gouverner sans se contredire.



