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ÉCONOMIE & SOCIéTé

Au CNRS, la nouvelle direction devra sauver les laboratoires alors que les coupes menacent recrutements et projets

Thierry Dauxois prend la tête du CNRS en pleine tension budgétaire. Entre gel des recrutements, projets fragilisés et recherche européenne à renforcer, sa marge de manœuvre sera étroite.

Réunion de commission parlementaire avec micros et dossiers, sur fond de budget tendu du CNRS.
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Pourquoi ce changement de patron compte pour les laboratoires

Quand le premier organisme public de recherche du pays entre dans une année budgétaire tendue, ce n’est pas qu’un jeu de nomination. C’est une question très concrète : qui décide des recrutements, des crédits de laboratoire et des priorités scientifiques ? Le choix du nouveau dirigeant du CNRS aura des effets directs sur les équipes, les contrats et les projets en cours.

Le CNRS emploie plus de 33 000 personnes et s’appuie sur plus de 1 100 laboratoires en France et à l’étranger. Son conseil d’administration fixe notamment les grandes orientations, le budget et les modifications d’organisation. Autrement dit, la fonction de président-directeur général ne sert pas seulement à donner une ligne politique : elle arbitre aussi des moyens très concrets.

Thierry Dauxois a été nommé président-directeur général du CNRS le 10 juin 2026 par le président de la République, sur proposition du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace. Il succède à Antoine Petit, en poste depuis 2018. Le nouveau patron arrive au moment où la recherche publique subit des arbitrages budgétaires serrés.

Un chercheur maison, passé par les laboratoires et les responsabilités

Premier point à retenir : Thierry Dauxois est un pur produit de la maison. Né à Toulouse en 1967, formé à l’École normale supérieure de Lyon, il a rejoint le CNRS en 1994 après son doctorat. Sa spécialité : la physique non linéaire et la physique statistique, avec des travaux sur le chaos, les systèmes dynamiques et les ondes.

Sa trajectoire est aussi internationale. Il a travaillé au Los Alamos National Laboratory, à Florence et au Scripps Institution of Oceanography, à San Diego. Dans la recherche, ces séjours comptent : ils donnent des réseaux, une vision des pratiques étrangères et une idée plus précise de ce que font les grands organismes concurrents.

En interne, il connaît bien les rouages. Il a dirigé le laboratoire de physique de l’ENS de Lyon de 2012 à 2020, a été vice-président recherche de cette école de 2020 à 2021, puis directeur de CNRS Physique depuis juillet 2021. C’est donc un profil de gestionnaire scientifique autant qu’un chercheur de terrain.

Ce choix dit quelque chose de l’arbitrage recherché : un dirigeant qui connaît les instituts, les sections, les concours et les habitudes administratives de l’organisme. Pour les chercheurs, cela peut faciliter les décisions rapides. Pour les partisans d’un changement plus profond, cela ressemble aussi à une continuité assumée.

Le vrai sujet : l’argent, les recrutements et la survie des projets

La nomination intervient dans un contexte budgétaire très dégradé. Le précédent président du CNRS a alerté sur le risque d’une « spirale vicieuse » liée au manque d’investissement dans la recherche. De son côté, le CNRS a admis dans un document interne que la situation financière impose des arbitrages serrés.

Le débat porte d’abord sur les recrutements. Devant les députés, Thierry Dauxois a rejeté l’idée d’un gel complet des embauches, expliquant qu’un tel choix reviendrait à « se faire seppuku ». L’image est brutale, mais le message est clair : sans recrutements, une institution de recherche perd ses forces vives, ses compétences et sa capacité à renouveler les équipes.

En face, la contrainte est réelle. Selon le communiqué de nomination du CNRS, Thierry Dauxois devra piloter un organisme qui veut rester un acteur majeur de la recherche fondamentale. Mais le même printemps a été marqué par des demandes de gel des recrutements ou de renouvellement des contrats à durée déterminée jusqu’en octobre, afin de respecter le budget rectificatif. Pour les laboratoires, cela se traduit par des stages en moins, des remplacements repoussés et parfois des projets suspendus avant même de démarrer.

Le contraste est particulièrement fort pour les équipes les plus fragiles. Les grands laboratoires, déjà bien connectés à l’Europe et à des financeurs extérieurs, peuvent parfois mieux amortir le choc. Les petites équipes, elles, dépendent davantage des dotations internes et des contrats courts. Quand les crédits se resserrent, elles sont souvent les premières à ralentir. Cette pression touche aussi les doctorants et les postdoctorants, qui dépendent de financements de mission, de matériel et d’encadrement.

Thierry Dauxois a aussi défendu une autre voie : mieux répartir les ressources disponibles et aller chercher davantage de financements européens. Il a, devant les députés, plaidé pour une simplification administrative, avec l’idée de faire passer le nombre d’instituts de dix à sept. Là encore, l’enjeu est concret : moins de couches de pilotage peut vouloir dire des décisions plus rapides, mais aussi des résistances fortes dans les communautés scientifiques concernées.

Les positions en présence et ce qu’il faut surveiller

Du côté de la direction sortante, le message est simple : la France sous-investit dans sa recherche, alors que d’autres pays renforcent leurs moyens. Le chiffre avancé est lourd : 500 millions d’euros de charges obligatoires non compensées par l’État depuis octobre 2024. Cette lecture est défendue par la direction du CNRS, qui cherche à alerter sur la soutenabilité du modèle.

Du côté des chercheurs mobilisés, le diagnostic est plus dur encore. Le SNCS-FSU a dénoncé une aggravation du budget 2026, avec une subvention de l’État jugée insuffisante et une nouvelle dégradation liée à plusieurs charges non compensées. Le syndicat a aussi appelé à une manifestation le 11 juin contre les restrictions budgétaires dans les organismes de recherche. Pour lui, le problème n’est pas seulement la gestion interne : c’est une politique d’austérité qui fragilise l’ensemble de la recherche publique.

Entre ces deux lignes, Thierry Dauxois devra composer. S’il tranche trop vite dans les effectifs, il risque de démotiver les laboratoires et de vider les équipes. S’il protège trop l’existant sans changer l’organisation, il devra gérer la pénurie avec les mêmes outils. C’est là que se joue son mandat : maintenir la capacité de recherche sans casser la machine.

La prochaine étape se joue dans les instances de gouvernance du CNRS et dans les arbitrages budgétaires à venir. Le conseil d’administration, qui délibère notamment sur le budget et les réorganisations, doit rester au centre du jeu. C’est là que se verra, très vite, si la nouvelle direction choisit la stabilisation, la réduction ou le bras de fer sur les moyens.

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