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ÉCONOMIE & SOCIéTé

Canicule et fermetures d’école : le congé climatique promet de protéger les salariés sans perdre de revenu

Les Écologistes veulent créer un congé climatique de cinq jours par an pour faire face à la canicule, aux inondations ou aux fermetures d’école. Le débat porte désormais sur le coût, le financement et l’application concrète pour les salariés.

Ouvriers sur un chantier français en pause sous la chaleur, avec eau, ombre et matériel de travail.

Quand il fait trop chaud pour travailler, qui paie l’addition ?

En plein épisode de canicule, la question n’est plus théorique. Un ouvrier sur un chantier, un agent de livraison, une aide à domicile ou un salarié sans solution de garde peuvent se retrouver face au même dilemme : tenir bon ou se mettre en danger. C’est précisément sur ce point que Les Écologistes ont lancé, le 21 juin, une pétition pour créer un congé climatique de cinq jours maximum par an, sans perte de revenus. Le principe est simple : permettre à un salarié de s’absenter quand la chaleur, une inondation, un incendie ou une fermeture d’école rendent le travail impossible ou risqué.

Cette proposition intervient alors que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus longues et plus précoces en France. Météo-France rappelle qu’une canicule correspond à une chaleur intense et durable, au moins trois jours, avec des impacts sanitaires et parfois économiques. Le service public de la météo note aussi que les épisodes de chaleur ont augmenté en fréquence depuis la fin des années 1980.

Le sujet touche donc directement le travail. En France, le code du travail oblige déjà l’employeur à protéger la santé des salariés, et le ministère du Travail a renforcé, en 2025, les obligations de prévention contre les épisodes de chaleur intense. Autrement dit, la loi ne laisse pas les entreprises sans cadre. Mais elle n’offre pas, à ce stade, un droit général à s’absenter quelques jours pour cause climatique.

Ce que propose le congé climatique, et à qui il profiterait

Dans la pétition, Les Écologistes demandent la création d’un congé climatique de cinq jours au maximum par an. Il pourrait servir en cas de canicule, d’inondation, d’incendie ou de fermeture d’école liée au climat, avec maintien du revenu. Marine Tondelier a précisé que ce congé serait mobilisable lorsque les conditions climatiques empêchent d’aller travailler, mais aussi quand l’école des enfants ferme et qu’aucune garde n’est possible. L’idée vise d’abord les salariés les plus exposés physiquement, mais aussi les parents pris dans des situations d’urgence très concrètes.

Le bénéfice serait surtout visible pour les métiers les plus vulnérables à la chaleur. Le bâtiment, l’agroalimentaire, la logistique, les transports, l’aide à domicile ou certaines activités de plein air cumulent souvent exposition thermique, horaires contraints et faible marge d’adaptation. Pour ces salariés, s’arrêter temporairement peut éviter un accident, un malaise ou une aggravation d’un problème de santé. Les syndicats, eux, rappellent depuis longtemps que la chaleur impose déjà de réorganiser le travail, pas seulement de lancer des consignes. La CFDT souligne qu’il n’existe pas de température maximale inscrite dans la loi, mais que l’employeur doit adapter l’organisation, les postes et les horaires.

À l’inverse, les employeurs voient surtout le risque d’un nouveau droit à financer et à gérer. Pour une petite entreprise, cinq jours d’absence par personne peuvent peser lourd si plusieurs salariés sont concernés en même temps. Pour une grande structure, l’absorption est plus simple, grâce au remplacement interne, à la polyvalence et au télétravail partiel. Le rapport de force est donc clair : les grands employeurs peuvent amortir le choc, les petites structures ont moins de souffle. C’est là que se joue le débat politique, autant que sur la santé au travail.

La question du financement compte tout autant. Un congé climatique payé ne se décrète pas sans coût. Qui compense la rémunération ? L’employeur, la Sécurité sociale, un fonds mutualisé, ou un montage hybride ? Tant que cette réponse n’existe pas, la mesure reste une promesse politique plus qu’un dispositif prêt à l’emploi. Et plus le congé vise large — chaleur, incendie, inondation, école fermée — plus il touche des situations hétérogènes, donc plus sa mise en œuvre devient délicate.

Il faut aussi distinguer deux réalités. D’un côté, les risques immédiatement physiques, comme la chaleur extrême sur un chantier ou dans un entrepôt. De l’autre, les contraintes de vie, comme la fermeture d’une école ou une route coupée après un épisode météo violent. Le congé climatique prétend répondre aux deux. C’est sa force politique. C’est aussi sa faiblesse technique, car il mélange prévention des risques professionnels et protection face aux aléas du quotidien.

Entre modèle espagnol, droit français et bataille politique

La référence espagnole sert d’appui à la proposition. En novembre 2024, Madrid a introduit un nouveau congé payé pouvant aller jusqu’à quatre jours quand il devient impossible de se rendre au travail à cause d’une alerte météo ou d’une situation de risque grave et imminent. Le texte prévoit aussi une prolongation si les circonstances persistent. Les Écologistes s’inspirent clairement de ce précédent, en l’étendant à d’autres situations climatiques et à une durée maximale plus longue.

Mais la France n’est pas vide juridiquement. Depuis 2025, le cadre national impose déjà aux employeurs d’identifier les épisodes de chaleur intense et d’adapter la prévention. Météo-France définit ces épisodes avec ses niveaux de vigilance, du jaune au rouge. Le ministère du Travail a, lui, rappelé que l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Le débat n’oppose donc pas le droit à l’absence et le vide réglementaire. Il oppose une logique de prévention dans l’entreprise et une logique de protection sociale plus large.

Côté critique, les organisations patronales devraient regarder la mesure à travers son coût, sa complexité et son effet sur la continuité d’activité. Côté favorable, les syndicats peuvent y voir une réponse plus lisible que l’empilement de consignes ponctuelles, surtout pour les métiers où l’on ne peut ni télétravailler ni adapter facilement les horaires. Entre les deux, la vraie ligne de fracture est pratique : qui assume la perte d’activité quand le climat perturbe le travail, et à quelles conditions ?

La suite se jouera dans le débat public, mais aussi dans les arbitrages très concrets autour du droit du travail, de la santé au travail et du financement des absences. C’est là que cette pétition pourra, ou non, se transformer en texte de loi. Et c’est là qu’il faudra surveiller les réactions du gouvernement, des employeurs et des syndicats dans les prochains jours.

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