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ENVIRONNEMENT

Recyclage du polyester : pourquoi l’ouverture de Carbios au textile change l’échelle du problème des vêtements usagés

Après les emballages, Carbios étend son offre de licences au recyclage des textiles en polyester. Cette ouverture donne accès à un marché mondial estimé à 67 millions de tonnes par an et élargit fortement le champ commercial de sa technologie enzymatique.

Technicienne triant des fibres de polyester déchiquetées dans un atelier industriel de recyclage textile.

Carbios ouvre un nouveau terrain commercial à sa technologie de recyclage enzymatique. L’entreprise française va désormais proposer des licences destinées au traitement des déchets textiles contenant du polyester PET, après avoir validé son procédé sur des flux post-consommation complexes dans son démonstrateur de Clermont-Ferrand.

Jusqu’à présent, son offre commerciale visait principalement le marché des emballages. L’ajout du textile change sensiblement l’échelle du marché accessible. La consommation mondiale de polyester PET dans les vêtements, les fibres techniques, les tapis, les moquettes ou encore le linge de maison atteint environ 67 millions de tonnes par an. Ce volume représente près du double de celui des emballages en PET.

Cette décision intervient après plusieurs campagnes de production menées depuis 2025. Carbios indique avoir obtenu plus de 95 % de conversion en vingt-quatre heures sur des déchets textiles usagés, avec une qualité de monomères comparable à celle obtenue à partir d’emballages.

Un marché plus vaste que celui des emballages

Le textile constitue aujourd’hui le principal débouché du PET à l’échelle mondiale. Le polyester s’est imposé dans l’habillement grâce à son coût, à sa résistance et à sa facilité d’utilisation. Il entre également dans la composition de nombreux produits techniques, du mobilier aux revêtements de sol. Cette diffusion massive contraste avec la faiblesse du recyclage en boucle fermée. Une grande partie des textiles en polyester arrive en fin de vie avant d’être réemployée, exportée, transformée en matériaux de moindre valeur, incinérée ou enfouie.

Les industriels utilisent aussi du polyester issu de bouteilles recyclées pour augmenter la part de matière recyclée dans leurs collections. Cette pratique apporte une réponse immédiate, mais elle mobilise une ressource déjà intégrée à une filière structurée et laisse entière la question du traitement des vêtements usagés. Le recyclage fibre-à-fibre vise précisément à refermer cette boucle. Il consiste à utiliser des déchets textiles pour produire une matière destinée à de nouveaux textiles, avec un niveau de qualité compatible avec les exigences de l’industrie.

De nouveaux clients pour Carbios

L’extension de l’offre de licences élargit le profil des partenaires que Carbios peut cibler. Aux acteurs de l’emballage et du recyclage du PET peuvent désormais s’ajouter des groupes textiles, des producteurs de fibres, des spécialistes du traitement des déchets ou des industriels souhaitant développer une capacité locale de recyclage.

Le modèle repose sur la commercialisation de la technologie. Les licenciés accèdent au procédé développé par Carbios et l’intègrent à leurs propres projets industriels. Cette organisation doit favoriser un déploiement dans plusieurs régions du monde, au plus près des gisements de déchets et des sites de production. Ce choix répond aussi à la structure de la filière textile, répartie entre de nombreux acteurs et plusieurs zones géographiques. La réplication d’unités adaptées aux besoins locaux apparaît cohérente avec cette organisation. Carbios dispose déjà de liens avec plusieurs grandes marques de l’habillement. On, Patagonia, Puma, PVH Corp. et Salomon participent à un consortium textile constitué autour de l’entreprise.

La technologie entre dans une phase commerciale

L’ouverture du marché textile marque une nouvelle étape dans le développement de Carbios. L’entreprise a d’abord consacré ses efforts à la validation scientifique du procédé, puis à son changement d’échelle. Le démonstrateur de Clermont-Ferrand a ensuite servi à éprouver la technologie sur une succession de lots et sur plusieurs catégories de déchets.

Le cap des cent batchs apporte désormais des données utiles aux futurs licenciés. Un industriel qui envisage une unité doit disposer d’éléments précis sur les rendements, la régularité de la production, la qualité des monomères et la capacité du procédé à accepter des matières hétérogènes. « Cette réussite nous permet d’élargir notre offre de licences au marché mondial du textile », souligne Benoît Grenot, directeur général de Carbios.

Les textiles associent souvent plusieurs fibres, des colorants, des traitements chimiques, des boutons, des fermetures ou des éléments élastiques. La capacité à traiter ces mélanges conditionne directement la taille du gisement disponible. L’ouverture du textile augmente fortement le marché potentiel de Carbios. Sa transformation en revenus dépendra du rythme de signature des licences, de la construction des unités industrielles et de la sécurisation des approvisionnements en déchets. En ajoutant le textile à son offre, l’entreprise élargit son champ commercial au segment qui concentre environ les deux tiers de la consommation mondiale de PET.

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