Franchises médicales : pourquoi une hausse du reste à charge inquiète les patients atteints de maladies chroniques
Le gouvernement renonce provisoirement à doubler le plafond des franchises médicales, mais prépare une possible indexation sur l’inflation. Les associations redoutent un effort accru pour les patients qui suivent des traitements réguliers.

Le gouvernement a renoncé provisoirement à porter de 100 à 200 euros le plafond annuel cumulé des franchises médicales et participations forfaitaires. Une indexation sur l’inflation reste étudiée. Les syndicats et associations alertent sur son impact pour les patients atteints d’affections de longue durée, qui consomment davantage de soins.
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Pour un patient qui prend plusieurs traitements ou consulte régulièrement, quelques euros par acte peuvent finir par peser lourd. La question est donc simple : le gouvernement peut-il augmenter ce reste à charge sans réduire l’accès aux soins ?
Un projet de doublement mis en pause
Le gouvernement a renoncé, dans l’immédiat, à doubler le plafond annuel des franchises médicales. Annoncée à la fin du mois de juillet 2026, la mesure devait faire passer le montant maximal payé par un assuré de 100 à 200 euros par an.
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a confirmé ce recul dans un entretien publié jeudi 20 août 2026. Elle a reconnu que le doublement annoncé avait « pu apparaître comme brutal » et qu’il n’avait pas été compris.
Le principe d’une réforme n’est toutefois pas abandonné. Le gouvernement souhaite désormais étudier une évolution liée à l’inflation depuis 2005. Le montant définitif n’est pas encore connu. La hausse serait donc inférieure au doublement initialement envisagé.
Cette annonce intervient après plusieurs semaines de contestation. Les syndicats, des associations de patients et des responsables politiques avaient dénoncé une mesure directement appliquée aux personnes qui consomment le plus de soins.
Franchise médicale : de quoi parle-t-on exactement ?
La franchise médicale est une somme déduite des remboursements de l’Assurance maladie. Elle concerne notamment les boîtes de médicaments, certains actes paramédicaux et les transports sanitaires.
Depuis le 1er avril 2024, elle s’élève à 1 euro par boîte de médicaments et par acte paramédical. Elle atteint 4 euros pour un transport sanitaire, hors transport d’urgence. Son plafond annuel reste fixé à 50 euros par personne.
Un autre dispositif existe à côté : la participation forfaitaire. Elle s’applique notamment aux consultations chez le médecin, aux analyses de biologie et aux examens de radiologie. Son montant est de 2 euros par acte, avec un plafond annuel de 50 euros.
Au total, un assuré peut donc payer jusqu’à 100 euros par an au titre de ces deux mécanismes. Les sommes sont généralement déduites automatiquement des remboursements. En cas de tiers payant, l’Assurance maladie peut aussi réclamer le paiement ultérieurement.
Les règles et les principales exemptions sont détaillées sur la page officielle sur la franchise médicale.
Pourquoi le gouvernement veut-il modifier les plafonds ?
Pour l’exécutif, ces sommes doivent contribuer au financement du système de santé. Stéphanie Rist défend aussi un mécanisme qui responsabiliserait les patients et permettrait de dégager des ressources pour l’hôpital, l’accès aux soins et les médicaments.
Le gouvernement souligne également que les plafonds n’ont pas évolué depuis la création du dispositif en 2008. Avec l’inflation, leur poids réel aurait diminué au fil du temps. Une indexation permettrait donc de maintenir un niveau de contribution comparable à celui de l’époque.
Cette logique bénéficie d’abord aux comptes de l’Assurance maladie. Elle peut aussi permettre de financer des dépenses collectives, comme les établissements hospitaliers ou certaines politiques d’accès aux soins.
Mais l’effet budgétaire dépend d’un point essentiel : tous les assurés ne paient pas le même montant. Les personnes qui consultent rarement resteront souvent loin du plafond. À l’inverse, les patients atteints d’une maladie chronique peuvent l’atteindre plus rapidement.
Les patients les plus suivis au cœur des inquiétudes
Denis Gravouil, chargé de la protection sociale à la CGT, demande au gouvernement de renoncer à toute hausse. « Il faut que le gouvernement renonce à toute franchise, à toute augmentation », estime-t-il.
Pour le représentant syndical, ces prélèvements remettent en cause le principe de la Sécurité sociale. « Ces franchises, même minimes, mettent à mal le principe de la Sécurité sociale de rembourser les soins de ceux qui en ont besoin », affirme-t-il.
La critique vise surtout les personnes qui ne choisissent pas leur fréquence de soins. Un patient atteint d’un cancer, d’une sclérose en plaques, d’un diabète ou d’une autre affection de longue durée peut multiplier les traitements, les consultations et les actes paramédicaux.
La reconnaissance d’une affection de longue durée permet une prise en charge à 100 % des soins liés à cette maladie, dans la limite des tarifs de la Sécurité sociale. Elle ne supprime cependant pas automatiquement les franchises médicales ni les participations forfaitaires.
Jocelyne Nouvet-Gire, présidente de l’Association française des sclérosés en plaques et elle-même concernée par la maladie, salue l’abandon du doublement. Elle reste néanmoins inquiète d’une future augmentation.
« Toute augmentation pèsera sur les patients les plus suivis », avertit-elle. Elle regrette aussi que le gouvernement évoque une revalorisation sans donner encore de montant précis.
Selon les chiffres cités dans le débat public, 13 à 14 millions de personnes vivent avec une affection de longue durée. Cela représente environ un Français sur cinq. Pour ces patients, une hausse du plafond pourrait devenir une dépense régulière, et non un coût exceptionnel.
Un impact différent selon les revenus et les protections
Le montant affiché ne raconte pas toute l’histoire. Pour un ménage aisé, 100 euros supplémentaires dans l’année peuvent rester absorbables. Pour une personne seule, un retraité modeste ou une famille déjà confrontée à des dépenses importantes, la même somme peut modifier le budget consacré aux soins.
Les complémentaires santé peuvent parfois prendre en charge une partie du reste à payer. Cependant, cette couverture n’est pas gratuite. Une hausse des dépenses remboursées par les mutuelles peut se traduire par des cotisations plus élevées ou par des garanties moins favorables.
Les personnes qui bénéficient de la Complémentaire santé solidaire, de l’aide médicale de l’État ou certaines femmes enceintes sont exonérées de ces prélèvements. Les mineurs ne paient pas non plus de franchises médicales. Toutefois, les patients modestes qui dépassent les seuils d’accès à ces dispositifs restent exposés.
Le débat oppose donc deux objectifs. D’un côté, le gouvernement cherche des économies et veut préserver les ressources collectives. De l’autre, les syndicats et les associations alertent sur le risque de renoncement aux soins ou de report de traitements.
Une réforme encore à définir
Le recul du 20 août 2026 ne signifie pas un abandon définitif. Le gouvernement doit encore préciser la méthode d’indexation, les montants concernés et le calendrier d’application.
Il devra aussi expliquer si la réforme portera uniquement sur les plafonds ou si elle modifiera également les montants appliqués aux médicaments, aux consultations, aux actes paramédicaux et aux transports sanitaires.
Le cadre juridique prévoit que ces montants sont fixés par voie réglementaire. Le débat pourrait donc se poursuivre autour d’un décret, mais aussi lors des discussions budgétaires sur la Sécurité sociale.
Les prochaines étapes seront à surveiller dans les semaines qui viennent : le montant de l’indexation, les exemptions maintenues et la réaction des associations de patients. Le point central restera le même : comment financer le système de santé sans faire peser l’effort principalement sur ceux qui ont besoin de soins fréquents ?



