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ÉCONOMIE

Les ménages paient la flambée des carburants, Manuel Bompard relance la nationalisation de TotalEnergies au nom de l’intérêt général

Face à la hausse des carburants, Manuel Bompard défend la nationalisation de TotalEnergies et juge l’opération rentable pour l’État. Le débat revient alors que le groupe affiche de très forts résultats et que le prix à la pompe pèse sur les ménages.

Quand l’essence grimpe à la pompe, la question revient toujours dans les foyers comme dans les ateliers : faut-il laisser un grand groupe pétrolier capter les hausses de marché, ou reprendre la main au nom de l’intérêt général ? C’est sur ce terrain que Manuel Bompard a relancé, dimanche 10 mai, l’idée d’une nationalisation de TotalEnergies.

Un débat ancien, ravivé par la guerre et les prix

Le sujet n’est pas nouveau. En France, l’énergie reste un secteur stratégique, parce qu’elle touche à la fois le pouvoir d’achat, l’industrie, l’agriculture et la souveraineté. Mais la guerre au Moyen-Orient a remis la pression sur les marchés pétroliers et gaziers. Le ministère de la Transition écologique a lui-même souligné, fin mars 2026, que le conflit avait provoqué des hausses « très significatives et rapides » des cours mondiaux du pétrole et de ses dérivés.

Dans ce contexte, le coordinateur de La France insoumise a avancé une idée simple : si un groupe engrange des profits massifs grâce à un secteur indispensable, l’État peut vouloir en reprendre le contrôle. Il a présenté cette nationalisation comme une « option tout à fait envisageable » et « extrêmement rentable » pour les finances publiques.

Ce qu’a proposé Manuel Bompard

Son raisonnement repose sur deux chiffres. D’un côté, il estime qu’il ne faudrait pas racheter 100 % de la capitalisation boursière du groupe, qu’il a évaluée à 174 milliards d’euros. De l’autre, il chiffre à 70 milliards d’euros le montant que l’État devrait débourser pour nationaliser TotalEnergies. Il soutient aussi que l’entreprise a distribué 100 milliards d’euros de dividendes sur dix ans à des actionnaires majoritairement étrangers.

Le cœur du message est politique autant qu’économique. Pour l’élu insoumis, l’État ne devrait pas seulement taxer un acteur pétrolier quand les prix montent. Il devrait pouvoir peser directement sur ses choix, dans un moment où la sécurité d’approvisionnement et le prix de l’énergie pèsent sur la vie quotidienne.

Cette logique bénéficie d’abord aux ménages et aux secteurs les plus exposés aux carburants : automobilistes contraints de rouler, artisans, transporteurs, pêcheurs, agriculteurs. Elle parle aussi aux collectivités, qui absorbent la hausse sur leurs propres flottes. À l’inverse, elle inquiète les actionnaires du groupe et tous ceux qui voient dans le pétrole un secteur où l’État ne doit pas reprendre la main au prix fort.

Pourquoi le débat devient concret maintenant

Le débat a changé de dimension parce que TotalEnergies affiche des résultats très élevés dans un contexte de marché tendu. Le groupe a publié, le 29 avril 2026, un bénéfice net ajusté de 5,4 milliards de dollars au premier trimestre, et un cash-flow de 8,6 milliards de dollars. Dans sa présentation aux investisseurs, sa direction explique que la hausse des prix du pétrole, du gaz et des marges de raffinage a porté ces résultats.

Le même document montre aussi la mécanique qui alimente le débat public : des contrats de gaz naturel liquéfié avec effet retard, des marges de raffinage élevées en mars et une activité de trading favorisée par la volatilité. Autrement dit, quand les marchés bougent vite, certains groupes intégrés gagnent sur plusieurs étages de la chaîne. C’est précisément ce qui nourrit les appels à un partage plus direct de la rente.

Mais une nationalisation ne résout pas tout par magie. Elle suppose de financer l’opération, d’assumer ensuite la gestion d’un groupe mondial et de choisir une stratégie industrielle. L’État serait propriétaire d’un acteur exposé aux prix du pétrole, aux tensions géopolitiques, aux investissements lourds dans le gaz, les renouvelables et l’électricité, et aux arbitrages sur les dividendes. En clair : il gagnerait un levier, mais aussi une responsabilité immense.

Pour les contribuables, la question centrale est donc simple : l’achat d’un tel géant serait-il remboursé par les dividendes et par la valeur stratégique du contrôle public, comme le soutient Manuel Bompard, ou bien enfermerait-il l’État dans une opération coûteuse et risquée ? Le débat porte moins sur le principe que sur le bilan réel, et ce bilan dépend autant des cours mondiaux que de la trajectoire industrielle du groupe.

Les arguments qui s’opposent

Les partisans d’une intervention publique mettent en avant un principe : un secteur essentiel ne devrait pas obéir seulement à la logique de rendement financier. Ils rappellent aussi qu’en période de crise, l’État intervient déjà pour amortir le choc. Le gouvernement a ainsi annoncé, le 22 avril 2026, une aide pour les « grands rouleurs », équivalente à 20 centimes par litre sur une consommation moyenne de trois mois. Cela montre bien que la collectivité finit déjà par soutenir les usages dépendants du carburant.

En face, la direction de TotalEnergies défend une lecture inverse. Elle insiste sur la capacité du groupe à investir, à financer ses projets et à absorber les chocs du marché. Dans sa présentation des résultats du premier trimestre 2026, elle dit vouloir poursuivre les rachats d’actions dans le haut de la fourchette annoncée et maintenir un taux de distribution élevé. Elle considère aussi que ses résultats reflètent sa capacité à « capturer » les hausses de marché grâce à son modèle intégré.

Le conflit politique est donc clair. D’un côté, ceux qui veulent transformer une rente de marché en outil public. De l’autre, ceux qui voient dans la rentabilité de TotalEnergies la preuve qu’une grande major étatique serait trop lourde, trop exposée et moins agile dans un secteur où les investissements se décident à l’échelle mondiale. Les syndicats, les économistes et les associations de consommateurs n’aborderaient pas tous ce dossier avec les mêmes priorités : emplois, prix, souveraineté, fiscalité, transition. C’est aussi cela qui rend la question si explosive.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Dans les prochains jours, le vrai test sera politique. Faut-il seulement taxer davantage les profits exceptionnels des énergéticiens, comme certains le réclament, ou ouvrir un chantier plus radical sur la propriété du secteur ? La question pourrait revenir au Parlement si les prix à la pompe restent élevés et si la guerre continue de perturber les marchés.

Autre point à suivre : la réaction de l’exécutif. Pour l’instant, l’État compense par des aides ciblées et par des leviers réglementaires, sans aller jusqu’à reprendre le contrôle d’un grand groupe pétrolier. Entre correction ponctuelle et reprise en main stratégique, le choix reste entier. Et il dira beaucoup de la manière dont la France veut gérer sa dépendance aux énergies fossiles dans les mois qui viennent.

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