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ÉCONOMIE & SOCIéTé

L’inflation en zone euro bondit à 3,3 % en août, portée par l’énergie, et met la BCE sous pression à huit mois de 2027

Les prix à la consommation accélèrent dans les 21 pays de la monnaie unique, au plus haut depuis trois ans. L'énergie pèse lourd, la BCE se prépare à agir, et le débat présidentiel français s'en ressent.

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Combien coûtera le plein en avril 2027, quand les Français glisseront leur bulletin dans l’urne ? La question n’est pas anodine. L’inflation en zone euro a bondi à 3,3 % sur un an en août 2026, son niveau le plus élevé depuis septembre 2023, contre 2,9 % en juillet. Le coupable est identifié : l’énergie. Et derrière l’énergie, la guerre en Iran.

L’énergie, moteur unique de l’accélération

Les chiffres publiés ce mardi par Eurostat sont sans ambiguïté. Les prix de l’énergie dans les 21 pays de la monnaie unique ont grimpé de 14,3 % sur un an en août, contre 10,3 % le mois précédent. C’est la reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran début juillet, après un mois d’accalmie, qui a fait repartir les cours du pétrole et du gaz à la hausse.

Le reste du tableau est plus nuancé. Les prix des services ont ralenti à 3 % (contre 3,3 % en juillet), ceux de l’alimentation sont restés stables à 1,2 %, et les biens industriels n’ont progressé que de 1,2 %. L’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie et l’alimentation, a même légèrement reculé à 2,4 %. Autrement dit, la hausse des prix de l’énergie ne s’est pas encore propagée au reste de l’économie. Pas encore.

Leo Barincou, économiste senior chez Oxford Economics, prévient : l’inflation devrait rester nettement au-dessus de l’objectif de 2 % l’an prochain, la hausse des prix du gaz et des produits alimentaires exerçant une pression supplémentaire.

La France à 2,7 %, en hausse rapide

Parmi les grandes économies européennes, la France enregistre une inflation de 2,7 % en août, contre 2,4 % en juillet. La progression est rapide, même si elle reste inférieure à la moyenne de la zone euro. L’Allemagne affiche 2,9 %. L’Espagne se distingue avec un taux de 4,5 %, parmi les plus élevés des grandes économies. La Lituanie culmine à 5,8 %, tandis que l’Estonie affiche le taux le plus faible à 1,3 %.

Pour les ménages français, l’impact se lit d’abord à la pompe et sur la facture de gaz. L’indemnité carburant, dont le guichet de demande se fermait fin août, n’a compensé qu’une partie de la hausse. Les candidats à la présidentielle le savent : le pouvoir d’achat sera le terrain d’affrontement central de la campagne, et chaque point d’inflation supplémentaire nourrit le mécontentement.

La BCE face à un dilemme

La Banque centrale européenne se réunit le 10 septembre. Les marchés anticipent largement une hausse de 25 points de base du taux de dépôt, qui passerait à 2,5 %, après le relèvement opéré en juin. Les responsables de la BCE ont laissé entendre que les pressions sur les prix de l’énergie liées au conflit iranien pourraient maintenir l’inflation à un niveau élevé pendant plusieurs trimestres.

Le dilemme est classique : relever les taux pour contenir l’inflation freine aussi l’investissement et l’emploi. Or la croissance européenne reste fragile. L’Allemagne est en stagnation, la France peine à dépasser 1 % de croissance. Resserrer le crédit dans ce contexte revient à soigner la fièvre au risque d’affaiblir le patient.

Un élément rassure toutefois les décideurs : l’absence d’effets de second tour. Les hausses de l’énergie ne se sont pas encore diffusées aux prix des services ou des biens manufacturés. Si ce verrou tient, la BCE pourra se contenter d’un resserrement modéré. S’il saute, la trajectoire d’inflation pourrait s’installer durablement au-dessus de 3 %, avec des conséquences directes sur les taux d’emprunt des États, dont la France, déjà engagée dans un effort de consolidation budgétaire.

Un chiffre qui pèse sur la campagne

En mai, l’inflation avait déjà atteint un pic à 3,2 % avant de redescendre sous les 3 % grâce à une accalmie temporaire au Moyen-Orient. Le rebond d’août montre que la trajectoire reste liée à un facteur que ni la BCE ni les gouvernements européens ne maîtrisent : l’issue du conflit entre Washington et Téhéran. Les prochaines données sur l’inflation française, attendues mi-septembre via l’INSEE, diront si le 2,7 % d’août est un palier ou un marchepied vers des niveaux plus élevés à l’automne.

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