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ÉCONOMIE & SOCIéTé L’État face au défi pétrolier

Nationaliser TotalEnergies peut-il vraiment faire baisser les prix à la pompe et protéger les Français des crises énergétiques ?

Sandrine Rousseau défend une prise de contrôle publique de TotalEnergies au nom du climat et de la souveraineté énergétique. Une proposition qui promet davantage de contrôle, mais soulève de lourdes questions financières et industrielles.

Une pompe à carburant dans une station-service, avec plusieurs pistes de ravitaillement en arrière-plan.
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En bref

Sandrine Rousseau propose que l’État entre au capital de TotalEnergies, voire nationalise le groupe, pour agir sur les prix, les investissements et les approvisionnements. Ses soutiens invoquent le pouvoir d’achat, le climat et la souveraineté énergétique. Ses opposants soulignent le coût de l’opération et les limites d’un contrôle national sur un marché mondial.

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À la pompe, une question revient dès que les prix remontent : l’État pourrait-il reprendre la main sur TotalEnergies pour protéger les automobilistes et réduire la dépendance aux énergies fossiles ? Sandrine Rousseau répond oui. La députée écologiste propose d’entrer au capital du groupe, voire de le nationaliser.

Une proposition portée au nom du climat et de la souveraineté

Invitée sur BFMTV vendredi 18 septembre 2026, Sandrine Rousseau a défendu une prise de contrôle publique de TotalEnergies. « Je pense que nous devrions rentrer au capital de TotalEnergies et nationaliser Total », a-t-elle déclaré.

La députée considère le groupe comme « extrêmement dangereux pour notre avenir ». Elle met en cause son rôle dans le réchauffement climatique, mais aussi ses activités internationales. Selon elle, TotalEnergies réalise des bénéfices dans des pays avec lesquels la France peut être en conflit, notamment la Russie.

Son objectif est donc double. Il s’agit de réduire l’influence d’une grande entreprise pétrolière sur la politique énergétique française. Il s’agit aussi de donner à l’État un moyen d’agir sur les prix, les investissements et les approvisionnements.

Sandrine Rousseau reconnaît toutefois qu’une telle mesure ne dispose pas, à ce stade, d’une majorité à l’Assemblée nationale. Une nationalisation désigne le transfert d’une entreprise privée vers le contrôle de l’État, généralement en échange d’une indemnisation des actionnaires.

La députée présente cette opération comme une protection contre deux risques. Le premier est climatique. Le second est géopolitique, dans un contexte où les tensions internationales peuvent perturber les marchés de l’énergie.

Une idée déjà défendue à gauche

La proposition ne vient pas de nulle part. Depuis plusieurs années, plusieurs responsables de gauche réclament un contrôle public accru sur TotalEnergies.

Fabien Roussel a notamment menacé de soutenir une nationalisation si le groupe refusait de réduire ses marges. Le secrétaire national du Parti communiste français associait cette mesure au blocage des prix du carburant.

Son raisonnement est différent de celui de Sandrine Rousseau. Il insiste d’abord sur le pouvoir d’achat. Pour lui, l’État doit pouvoir imposer des prix plus bas lorsque les ménages et les entreprises subissent une forte hausse à la pompe.

La députée La France insoumise Clémence Guetté a également estimé qu’une nationalisation pourrait être rentable dès la première année. Elle a toutefois évoqué le ciblage de certaines activités, notamment le raffinage et la distribution, plutôt qu’une reprise intégrale de toutes les activités du groupe.

Cette nuance est importante. TotalEnergies n’est pas seulement un réseau de stations-service. Le groupe intervient dans l’extraction, le raffinage, la distribution, le gaz, l’électricité et les énergies renouvelables. Une nationalisation totale ne produirait donc pas les mêmes effets qu’une prise de contrôle limitée aux activités françaises.

Un groupe mondial, mais un levier national limité

TotalEnergies exerce l’essentiel de ses activités à l’international. L’État français pourrait donc contrôler une entreprise dont une grande partie des bénéfices, des actifs et des risques se trouve hors de France.

Cette dimension complique la promesse d’une baisse rapide des prix à la pompe. Le tarif payé par les automobilistes dépend du prix mondial du pétrole, du coût du raffinage, du transport, des taxes et des marges des distributeurs.

Une entreprise publique pourrait choisir de réduire sa marge en France. Toutefois, cette décision aurait un coût pour les finances publiques ou pour les autres activités du groupe. Elle ne ferait pas disparaître les tensions internationales qui influencent le prix du pétrole.

Les ménages dépendants de leur voiture pourraient bénéficier d’un plafonnement ou d’une baisse des prix. Les habitants des zones rurales et périurbaines seraient particulièrement concernés. Les transporteurs, les agriculteurs et les petites entreprises pourraient aussi y voir un soutien direct.

En revanche, un prix artificiellement bas peut réduire l’incitation à diminuer la consommation de pétrole. Il peut également retarder l’investissement dans les transports collectifs, les véhicules moins polluants ou la rénovation énergétique.

La question se pose aussi pour les contribuables. Une nationalisation suppose d’indemniser les actionnaires, sauf décision juridique exceptionnelle. Le montant dépendrait de la valeur de l’entreprise, du périmètre repris et des conditions de l’opération.

Les arguments des partisans et des opposants

Les partisans d’une nationalisation défendent un principe simple : l’énergie serait trop stratégique pour dépendre des décisions d’un groupe privé. L’État pourrait orienter les investissements vers les renouvelables, sécuriser les approvisionnements et limiter les distributions aux actionnaires.

Ils considèrent aussi qu’une entreprise publique pourrait mieux aligner sa stratégie sur les objectifs climatiques. Cette logique rejoint la demande d’une planification énergétique, avec des choix décidés au niveau politique plutôt que par les seuls marchés.

Les opposants soulignent, à l’inverse, le coût et la complexité d’une telle opération. Ils contestent l’idée selon laquelle la nationalisation ferait automatiquement baisser les prix. Le pétrole resterait acheté sur un marché mondial, tandis que les taxes continueraient de peser sur le prix final.

Ils mettent également en avant le risque de faire supporter aux finances publiques les pertes d’activités devenues moins rentables. Le raffinage européen connaît déjà de fortes contraintes. La concurrence internationale peut fragiliser les installations françaises, même lorsque le groupe reste bénéficiaire à l’échelle mondiale.

Pour TotalEnergies, la question est aussi celle de la concurrence. Le groupe défend sa capacité à investir dans plusieurs secteurs et à financer sa transition énergétique grâce à ses résultats dans les hydrocarbures. Ses dirigeants estiment généralement qu’une intervention trop forte de l’État pourrait réduire cette capacité d’investissement.

Le débat oppose donc deux priorités. La première consiste à reprendre le contrôle d’un secteur jugé stratégique. La seconde vise à préserver la solidité financière d’un groupe exposé à une compétition mondiale. Entre les deux, les automobilistes attendent surtout une réponse immédiate à la hausse des prix.

Une annonce inscrite dans une crise énergétique

La déclaration de Sandrine Rousseau intervient alors que la flambée des carburants alimente les inquiétudes sur le pouvoir d’achat. Le même jour, Emmanuel Macron réunissait les chefs de parti pour évoquer la dégradation de la situation internationale et ses conséquences sur l’énergie.

Le chef de l’État a appelé à traiter les causes de la hausse avant d’augmenter les aides publiques. Il a aussi rappelé que de nouvelles dépenses impliqueraient soit davantage de déficit, soit une hausse des impôts.

Cette position s’oppose à la logique défendue par les élus favorables à une nationalisation. Ces derniers veulent utiliser le contrôle public pour agir directement sur les prix et les choix industriels. L’exécutif privilégie plutôt la réduction des dépendances, la coopération internationale et des aides ajustées selon l’évolution de la crise.

Dans les prochaines semaines, le débat devrait se concentrer sur trois points : l’évolution des prix du pétrole, le niveau des marges dans le raffinage et la capacité des partis à transformer la nationalisation en proposition législative. Sans majorité parlementaire, l’idée restera pour l’instant un marqueur politique. Mais la question du contrôle public de l’énergie pourrait prendre de l’ampleur si la crise se prolonge.

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