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ÉCONOMIE & SOCIéTé Le plafond de verre européen

Pourquoi l’égalité femmes-hommes reste hors d’atteinte malgré les progrès dans la politique, l’emploi et la recherche

La progression de l’égalité femmes-hommes reste trop lente pour atteindre les objectifs de 2030. Représentation politique, salaires, travail domestique et accès aux responsabilités révèlent des écarts persistants en Europe et dans le monde.

Salle de conseil municipal vide avec sièges et pupitres, illustrant la place des femmes dans les instances locales.
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En bref

Les femmes progressent dans les parlements, les postes de direction et la recherche, mais restent minoritaires dans les lieux de pouvoir et moins rémunérées. Elles assument aussi une part bien plus importante du travail domestique. Sans accélération des politiques publiques, l’objectif d’égalité fixé pour 2030 restera hors d’atteinte.

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À ce rythme, une enfant qui naît aujourd’hui pourrait attendre plusieurs générations avant de connaître une égalité réelle entre les femmes et les hommes. Le constat d’ONU Femmes est net : les progrès existent, mais ils restent trop lents pour atteindre l’objectif fixé à 2030.

Un objectif mondial qui s’éloigne

L’égalité entre les sexes constitue l’Objectif de développement durable numéro 5, adopté par les États membres de l’ONU. Il vise notamment l’accès des femmes aux responsabilités, l’autonomie économique, la santé, la sécurité et la participation aux décisions publiques.

À quatre ans de l’échéance de 2030, aucune des cibles de cet objectif n’est considérée comme étant sur la bonne trajectoire. Selon le rapport Gender Snapshot d’ONU Femmes, il faudrait encore 171 ans au rythme actuel pour parvenir à l’égalité entre les sexes.

Cette estimation ne signifie pas que les sociétés n’ont pas progressé. Elle mesure plutôt l’écart entre les avancées observées et la vitesse nécessaire pour atteindre une égalité effective. Autrement dit, les droits peuvent progresser sans que les rapports de pouvoir, les revenus ou le partage des responsabilités changent assez vite.

En politique, les femmes restent minoritaires aux postes décisifs

La représentation politique illustre ce décalage. Dans l’Union européenne, les femmes occupaient 34,9 % des sièges dans les instances délibératives locales en 2025. Mais elles ne représentaient que 18,9 % des maires.

La différence est importante. Participer à une assemblée permet de débattre et de voter. Diriger une commune donne toutefois accès à d’autres leviers : l’exécutif local, les arbitrages budgétaires, les recrutements et la représentation publique du territoire.

À l’échelle nationale, les femmes détenaient 27,4 % des sièges parlementaires en janvier 2026, contre 22,3 % en 2015. La progression est réelle, mais elle reste lente. Les dernières données européennes disponibles donnent une moyenne plus élevée pour l’ensemble des parlements nationaux de l’Union, à 33,6 % en 2025. Cet écart s’explique notamment par les différences de périmètre et de méthode entre les indicateurs.

La France figure parmi les pays européens les mieux classés sur certains indicateurs de représentation. Elle n’est pourtant pas parvenue à supprimer les écarts. Le Parlement, les exécutifs locaux et les fonctions les plus influentes ne sont pas encore occupés à parts égales.

Les femmes restent également minoritaires à la tête des gouvernements. Fin 2025, elles représentaient 15 % des chefs de gouvernement dans l’Union européenne. Les postes ministériels sont un peu plus ouverts, mais les portefeuilles liés aux finances, à l’économie ou à la sécurité restent souvent davantage confiés à des hommes.

La progression ne garantit pas l’égalité des carrières

La même logique apparaît dans le monde professionnel. À l’échelle mondiale, les femmes occupaient 30,5 % des postes de direction en 2025, contre 26,9 % dix ans plus tôt.

Cette hausse ne suffit pas à effacer les écarts de rémunération. Entre 2020 et 2025, les femmes gagnaient un salaire horaire inférieur à celui des hommes dans 66 des 83 pays et territoires étudiés par le rapport.

En France, l’écart horaire entre les femmes et les hommes occupant des fonctions de direction atteignait 19,7 %. Il s’élevait à 22,4 % en Finlande et à 7,2 % au Royaume-Uni. La comparaison doit toutefois être interprétée avec prudence : les structures salariales, les métiers concernés et les règles statistiques peuvent varier selon les pays.

La présence de femmes dans les postes de responsabilité ne suffit donc pas. Il faut aussi examiner les responsabilités confiées, le niveau de rémunération et les possibilités de progression. Une entreprise peut afficher davantage de dirigeantes tout en conservant des écarts de salaire ou en concentrant les femmes dans les fonctions les moins rémunérées.

Le travail invisible pèse encore sur les femmes

Les écarts professionnels sont liés à une autre inégalité : le partage du travail domestique et du soin aux proches. En 2023, les femmes consacraient en moyenne 2,5 fois plus de temps que les hommes à ces activités dans le monde.

Cette charge réduit le temps disponible pour l’emploi, la formation, les responsabilités politiques ou la création d’une entreprise. Elle pèse particulièrement sur les mères, les familles monoparentales et les personnes qui doivent aider un proche âgé ou dépendant.

Le problème n’est donc pas seulement celui de la volonté individuelle. Il dépend aussi de l’accès aux crèches, du coût des services à la personne, de l’organisation du travail et des congés parentaux. Les ménages les plus aisés peuvent plus facilement déléguer une partie de ces tâches. Les autres doivent souvent réduire leur activité professionnelle ou renoncer à certaines opportunités.

Des écarts persistants dans la santé, la recherche et la technologie

L’autonomie des femmes reste également incomplète dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive. Dans le monde, seules 56,3 % des femmes âgées de 15 à 49 ans, mariées ou vivant en couple, disposaient en 2025 d’un pouvoir de décision complet concernant la contraception, les relations sexuelles et les soins de santé reproductive.

L’Europe se situe à un niveau nettement supérieur, avec 87,2 %. Ce résultat ne signifie pas que tous les problèmes sont réglés. L’accès aux soins, les délais, les inégalités territoriales et les différences de revenus continuent de peser sur les choix réels des femmes.

Dans la recherche européenne, les femmes représentaient 35,6 % des effectifs en 2023, contre 34,6 % l’année précédente. Elles restent toutefois moins nombreuses dans les secteurs scientifiques et technologiques les plus influents. À l’échelle mondiale, elles ne représentaient qu’environ 22 % des professionnels de l’intelligence artificielle et moins de 14 % des dirigeants dans ce domaine.

Cette sous-représentation peut avoir des effets concrets. Les technologies sont conçues par des équipes qui ne reflètent pas toujours la diversité de leurs utilisateurs. Les biais dans les données ou les algorithmes risquent alors de se reproduire, notamment dans le recrutement, le crédit, la santé ou la sécurité.

Les progrès existent, mais ils restent fragiles

Le rapport recense aussi des avancées. La part des femmes dans les parlements nationaux a augmenté depuis 2015. Des réformes juridiques ont supprimé certaines discriminations. Dans l’Union européenne, plusieurs pays approchent la parité dans les assemblées nationales ou régionales.

Mais ces progrès ne sont ni uniformes ni irréversibles. Trente-six pays ont enregistré une baisse de la représentation des femmes dans leurs parlements nationaux. Vingt-sept ont reculé dans les gouvernements locaux et trente-quatre dans les fonctions de direction.

Les défenseurs de l’égalité demandent donc des mesures plus contraignantes : règles de parité, transparence salariale, services publics de garde, lutte contre les violences et investissements dans la formation scientifique. Les entreprises et les responsables politiques y voient aussi un enjeu économique, car une participation plus large des femmes peut accroître l’emploi et élargir le vivier de compétences.

À l’inverse, les critiques de certaines politiques de quotas redoutent une sélection fondée sur le sexe plutôt que sur les compétences. Cet argument ne répond toutefois pas à une difficulté centrale : les écarts persistent précisément dans les secteurs où les décisions de recrutement et de promotion restent peu transparents.

Ce qu’il faudra surveiller

Les prochaines échéances porteront sur la mise en œuvre des engagements internationaux et sur l’évolution des données nationales. Le point clé sera de voir si les progrès de représentation s’accompagnent enfin d’une réduction des écarts de rémunération et d’un meilleur partage du travail domestique.

L’enjeu dépasse donc la seule présence des femmes dans les institutions. Il concerne la possibilité réelle de décider, de gagner autant, de disposer de son corps et de construire sa carrière sans supporter une charge disproportionnée. Sans accélération, l’égalité restera un objectif affiché plutôt qu’une réalité vécue.

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