PFAS dans l’eau et les sols : des riverains demandent à l’État d’agir enfin face à une pollution durable
Des associations et des riverains saisissent le tribunal administratif de Paris pour dénoncer l’inaction de l’État face aux PFAS. Ils veulent faire cesser les rejets, accélérer la dépollution et obtenir la reconnaissance des préjudices subis.

Quand l’eau, les sols et même l’air inquiètent les habitants
Boire l’eau du robinet, cultiver un jardin, laisser jouer les enfants dehors : des gestes banals deviennent une source d’angoisse quand les PFAS s’invitent dans l’environnement. C’est précisément ce que dénoncent plusieurs associations et des riverains en demandant à l’État de répondre, enfin, à une pollution qu’ils jugent durable et mal prise en charge.
Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées, forment une grande famille chimique utilisée dans de nombreux produits industriels et de consommation. Leur problème est connu : elles se dégradent très peu, circulent longtemps dans les milieux naturels et peuvent s’accumuler dans les organismes. L’Anses rappelle qu’elles ont été détectées dans l’eau distribuée, l’eau brute, les sédiments, l’air, les poussières et les aliments.
Ce que les requérants reprochent à l’État
Trois associations — Générations Futures, Notre Affaire à Tous et Bloom — ainsi que six particuliers ont saisi le tribunal administratif de Paris. Leur ligne est simple : l’État aurait laissé durer une pollution connue, sans agir assez vite ni assez fort. Ils demandent que l’État fasse cesser les rejets, organise la dépollution et prenne en charge les coûts environnementaux et sanitaires.
Le cœur du dossier tient dans l’idée de « carence fautive ». En droit administratif, cela signifie que l’État n’aurait pas exercé correctement ses pouvoirs réglementaires ou de police pour protéger la population. Les requérants invoquent aussi un préjudice d’anxiété, c’est-à-dire l’angoisse liée à une exposition durable à une substance suspectée d’effets sanitaires graves. Ce type d’argument ne sert pas seulement à obtenir une reconnaissance symbolique. Il peut aussi ouvrir la voie à des mesures concrètes et, parfois, à une indemnisation.
Le dossier arrive dans un contexte particulier. En 2023, le tribunal administratif de Paris a déjà reconnu une carence fautive de l’État dans un autre contentieux environnemental, celui des pesticides. Cette jurisprudence nourrit l’espoir des plaignants : elle montre qu’un juge administratif peut sanctionner l’inaction publique quand les obligations de protection ne suivent pas les risques documentés.
Pourquoi l’affaire dépasse le seul cas des riverains
Cette procédure ne concerne pas seulement quelques communes de Haute-Savoie ou du Bas-Rhin. Elle touche une question plus large : qui paie, qui contrôle et qui nettoie quand une pollution est diffuse, ancienne et coûteuse à traiter ? Les riverains subissent d’abord l’inquiétude sanitaire et la baisse de confiance dans l’eau, les sols et les produits locaux. Les collectivités, elles, se retrouvent souvent en première ligne pour gérer les alertes, les analyses et parfois les solutions de traitement.
Les industriels, de leur côté, sont aussi pris dans le sujet. Les PFAS ont été massivement utilisés dans des secteurs très différents : textiles, mousses anti-incendie, emballages, revêtements, produits phytosanitaires. Quand la réglementation se durcit, les coûts ne se répartissent pas de la même manière. Les grandes entreprises peuvent souvent absorber plus facilement les changements de procédés ou les travaux de dépollution. Les plus petites, elles, demandent davantage de délais et de dérogations. C’est l’un des nœuds politiques du dossier.
Le gouvernement, lui, conteste implicitement l’idée d’une totale inaction. Le ministère de la Transition écologique a mis en ligne un outil de suivi des mesures de PFAS dans l’eau, alimenté par plus de 3,1 millions d’analyses et mis à jour chaque mois. Il rappelle aussi que les agences régionales de santé ont déjà engagé le contrôle sanitaire de ces substances dans les eaux destinées à la consommation humaine, avec une généralisation attendue depuis janvier 2026.
Autrement dit, l’État ne nie pas le sujet. Il affirme agir, mais par étapes. Ce choix reflète une réalité politique et technique : les PFAS sont nombreux, les sources de pollution sont multiples et la surveillance ne se met pas en place en un jour. L’Anses souligne d’ailleurs que la présence de ces substances dans l’eau de consommation restait, jusqu’à récemment, encore insuffisamment connue.
Une loi existe déjà, mais elle ne règle pas tout
Le Parlement a pourtant adopté une loi spécifique le 27 février 2025. Elle interdit progressivement certains usages de PFAS, avec une entrée en vigueur à partir de 2026 pour plusieurs produits comme les cosmétiques, les farts de ski et certains textiles d’habillement, puis à partir de 2030 pour l’ensemble des textiles. Elle prévoit aussi un renforcement du contrôle dans l’eau et une redevance sur les rejets industriels.
Mais cette réponse législative reste contestée. Dans un rapport parlementaire récent, des rapporteurs jugent la trajectoire quinquennale de réduction des rejets industriels trop lente et estiment que le décret d’application manque de précision, notamment sur le contrôle des objectifs intermédiaires. Cette critique est importante : elle montre que le débat ne porte plus seulement sur le principe d’agir, mais sur la vitesse, les moyens de vérification et le niveau d’exigence demandé aux industriels.
L’Anses, elle, apporte un autre élément de contexte : sur les 35 PFAS recherchés lors de sa campagne nationale dans l’eau du robinet, 20 ont été détectés dans l’eau brute et 19 dans l’eau distribuée. Parmi les substances les plus souvent retrouvées figurent le PFHxS, le PFOS et le PFHxA. L’agence précise aussi que le TFA a été retrouvé dans 92 % des échantillons d’eau brute comme distribuée. Ces chiffres expliquent pourquoi la question a quitté le seul cercle des spécialistes.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se jouera devant le tribunal administratif de Paris. Les juges devront dire si l’État a effectivement commis une carence fautive, et si les associations comme les riverains peuvent obtenir une injonction de faire, voire une réparation. Leur décision comptera bien au-delà de ce dossier. Elle dira jusqu’où l’État peut être tenu responsable d’une pollution diffuse, ancienne et largement partagée entre plusieurs acteurs publics et privés.
En parallèle, un autre front s’ouvre déjà ailleurs : les textes d’application, les normes de l’eau potable et la surveillance des rejets industriels. Sur les PFAS, le vrai test n’est donc plus seulement politique. Il est aussi administratif, technique et budgétaire. C’est là que se jouera la crédibilité de la réponse publique.



