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ÉCONOMIE & SOCIéTé

Primaire fermée au PS, canicule et 2027 : Olivier Faure tente d’imposer l’union malgré les divisions et l’urgence climatique

Olivier Faure défend la primaire fermée choisie par les militants socialistes, tout en appelant Raphaël Glucksmann à participer au débat. Il dénonce aussi une réponse trop tardive de l’État face à une nouvelle vague de canicule.

Salle municipale lumineuse avec chaise vide, micros et dossiers flous dans une ambiance politique calme.

Quand la gauche cherche son candidat, une autre urgence prend tout l’espace : comment tenir un pays sous 40 °C ?

À gauche, la présidentielle de 2027 s’installe déjà dans le débat. Mais sur le terrain, les maires, les hôpitaux, les entreprises et les familles doivent surtout faire face à une canicule qui se prolonge et qui pèse sur tout le pays. Vendredi 10 juillet, Météo-France annonçait encore neuf départements de l’ouest en vigilance rouge, puis 24 départements concernés le lendemain.

C’est dans ce décor qu’Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a défendu deux idées en même temps : accélérer la bataille pour 2027, et dénoncer l’impréparation de l’État face aux vagues de chaleur. Cette double ligne dit beaucoup de la séquence politique du moment. D’un côté, la gauche cherche sa méthode. De l’autre, la chaleur rappelle que la politique ne se résume pas à une confrontation électorale.

Au PS, les militants ont choisi la voie la plus fermée

Jeudi 9 juillet, les militants socialistes ont tranché. À 55,5 %, ils ont retenu une primaire réservée au « pôle socialiste », c’est-à-dire aux militants du PS et des organisations qui s’en réclament, avec une adhésion possible jusqu’au vote d’octobre. Le parti a confirmé ce choix le lendemain.

Pour Olivier Faure, c’est un revers. Il défendait une primaire ouverte, plus large, censée tester les forces de toute la gauche non insoumise. Il dit respecter le vote, tout en regrettant qu’il « privatise » le choix. En clair, il perd sur la méthode, mais il veut garder la main sur le calendrier et sur la ligne politique.

Le choix des militants ne règle pourtant rien. Il ne désigne pas encore un candidat. Il fixe seulement le cadre du départage. Le vote interne prévu en octobre doit trancher entre plusieurs figures, dans une procédure encore à construire par un comité interpartis. Ce mécanisme a un mérite : il évite le flou. Mais il a aussi une limite évidente : il ne suffit pas à créer l’unité.

Ce que change cette primaire, et pour qui

Pour le PS, la décision protège d’abord son appareil. Une primaire fermée réduit le risque d’un vote venu de l’extérieur, ce que redoutent plusieurs cadres du parti. Ses opposants internes, comme Boris Vallaud, Nicolas Mayer-Rossignol ou Hélène Geoffroy, ont justement plaidé pour un périmètre plus resserré. Leur logique est simple : si le PS veut désigner son candidat, il doit le faire avec ses propres forces.

Pour Olivier Faure, l’enjeu est inverse. Il veut maintenir ouverte la perspective d’un rassemblement à gauche, mais à partir d’un candidat socialiste légitime et identifié. C’est un pari politique classique : sécuriser son camp avant de tendre la main aux autres. Ce pari peut fonctionner si le candidat désigné apparaît assez solide pour attirer au-delà du PS. Il peut aussi échouer si la primaire ressemble à un entre-soi.

Pour Raphaël Glucksmann, la pression monte. Olivier Faure l’appelle à participer à la primaire, au nom du « départage démocratique ». Mais l’eurodéputé a déjà dit non à cette logique, à plusieurs reprises, préférant construire une offre autonome. En réalité, chacun défend son intérêt. Le PS veut éviter d’être écrasé par un allié plus visible. Glucksmann veut éviter d’être enfermé dans une procédure qu’il ne maîtrise pas.

À ce stade, la question n’est donc pas seulement « qui sera candidat ? ». Elle est aussi « qui accepte les règles du jeu ? ». Et c’est là que le rapport de force compte : le PS possède encore une organisation locale, des élus et une histoire. Mais il ne dispose plus, seul, d’une dynamique présidentielle évidente. La primaire sert à combler ce vide. Elle peut aussi le rendre plus visible.

Sur la canicule, le gouvernement active des outils connus… mais tardifs

Dans le même entretien, Olivier Faure a attaqué la réponse gouvernementale à la canicule. L’exécutif a activé le plan ORSEC « chaleurs extrêmes », qui s’inscrit dans le dispositif sanitaire des vagues de chaleur. Ce type de plan prévoit notamment des centres de rafraîchissement, la coordination préfectorale et des mesures de protection pour les publics fragiles.

Le problème politique, pour la majorité, est simple : ce dispositif existe déjà, mais il apparaît souvent comme une réponse d’urgence plus que comme une préparation de long terme. Météo-France indiquait le 10 juillet que la canicule devait encore durer au moins jusqu’au mardi 14 juillet, avec des pointes à 37-39 °C sur une large partie du pays. Le ministère de la Santé, lui, rappelait que la phase 3 du plan ORSAN EPI CLIM avait déjà été activée fin juin, et qu’une enveloppe exceptionnelle de 100 millions d’euros avait été débloquée pour les hôpitaux.

Autrement dit, l’État agit, mais il agit sous contrainte. Les hôpitaux doivent rafraîchir des bâtiments souvent anciens. Les employeurs doivent adapter l’organisation du travail. Les communes doivent trouver des lieux frais pour les personnes âgées, les sans-abri, les enfants et les personnes malades. Le ministère demande d’ailleurs aux employeurs de fournir des moyens de protection et de rafraîchissement, et les règles récentes rappellent que le risque chaleur doit entrer dans le document unique d’évaluation des risques professionnels.

Ce sont donc les mêmes vagues de chaleur qui révèlent les mêmes fractures. Les grandes entreprises peuvent s’équiper plus vite. Les petites structures, elles, disposent de moins de marge. Les centres-villes peuvent ouvrir des lieux climatisés. Les zones périurbaines ou rurales restent souvent plus exposées. Et les ménages modestes, qui vivent dans des logements mal isolés, subissent davantage la chaleur sans avoir toujours les moyens de s’en protéger.

Perspectives : un test politique pour le PS, un test de crédibilité pour l’État

Le Parti socialiste veut maintenant aller vite. Son calendrier prévoit un débat pendant tout le mois de septembre, puis un vote en octobre. C’est l’étape qui dira si la primaire fermée reste une procédure de famille, ou si elle peut encore devenir un point de rassemblement pour d’autres forces de gauche.

En face, Raphaël Glucksmann continue de jouer sa propre partition. Son refus d’entrer dans une primaire montre qu’une partie de la gauche ne croit plus aux solutions procédurales. Elle préfère une stratégie plus directe : programme, image de gouvernement et rapport de force personnel. Ce désaccord est profond. Il ne porte pas seulement sur le nom du candidat. Il porte sur la façon de gagner, ou au moins d’exister, en 2027.

Sur le front climatique, le prochain test sera concret : la capacité de l’État à tenir plusieurs jours de chaleur extrême sans se contenter d’annonces d’urgence. Le plan Orsec, les centres de rafraîchissement et les conseils sanitaires sont nécessaires. Mais ils ne remplacent pas les investissements dans les bâtiments, les transports, les écoles, les hôpitaux et les réseaux d’eau. C’est ce retard-là qu’Olivier Faure pointe, et c’est ce retard-là que la séquence actuelle rend impossible à ignorer.

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