Quand le prix du GNR grimpe, agriculteurs et entreprises freinent leurs achats et attendent des aides plus claires
Le prix du GNR pèse sur les exploitations et les entreprises de travaux publics. En Côte-d’Or, les professionnels remplissent leurs cuves par petits coups, entre hausse des coûts et aides temporaires.

Quand remplir sa cuve devient un calcul politique
Pour un agriculteur ou une entreprise de travaux publics, acheter du gazole non routier n’est plus un geste banal. C’est devenu un pari sur les prochaines semaines, entre récoltes à préparer, trésorerie à préserver et prix qui peuvent encore bouger.
Ce carburant, utilisé pour les tracteurs, les engins agricoles et une partie des machines de chantier, pèse lourd dans les comptes. En Côte-d’Or, près de Dijon, des professionnels disent remplir leur cuve par petites touches, faute de visibilité sur la suite.
Le GNR reste sous tension
Le gazole non routier, ou GNR, reste au cœur de la nervosité du secteur. Selon les éléments recueillis sur le terrain, le litre est passé de 0,73 euro avant la guerre en Iran à 1,12 euro aujourd’hui. Cette hausse dépasse 30 % en un an.
Le gouvernement a d’ailleurs annoncé, le 21 avril 2026, une nouvelle aide de 15 centimes par litre pour le mois de mai, après une première prise en charge en avril. Le ministère de l’Agriculture présente cette mesure comme une réponse à la persistance de prix élevés des carburants et à des tensions internationales qui continuent de peser sur les marchés de l’énergie. En parallèle, l’Insee a relevé qu’en avril 2026, les prix de l’énergie ont accéléré de 14,3 % sur un an, avec une hausse particulièrement forte des produits pétroliers. Le contexte reste donc défavorable pour les exploitations qui consomment beaucoup de carburant. mesure gouvernementale sur le GNR agricole évolution récente des prix de l’énergie selon l’Insee
Dans les exploitations, l’effet est immédiat. Didier et Stéphane, père et fils, élèvent 85 vaches laitières et un taureau. Leur cuve de 6 000 litres n’est remplie que pour moitié. Ils achètent au compte-gouttes, en espérant une baisse. Mais ils savent aussi que certains travaux ne peuvent pas attendre.
Des économies partout où c’est possible
Dans ce type d’exploitation, chaque litre compte. Les éleveurs réduisent l’usage des moteurs quand ils le peuvent. Ils distribuent parfois l’ensilage à la fourche plutôt qu’avec du matériel motorisé. Ils repoussent aussi certains achats de carburant, pour ne pas immobiliser trop de trésorerie dans une cuve déjà coûteuse.
Le calcul est simple. Si le prix redescend, ceux qui ont attendu auront économisé. S’il remonte, ceux qui ont pris du retard risquent de payer plus cher au pire moment, juste avant les foins ou les moissons. C’est ce dilemme qui pousse beaucoup de professionnels à limiter les remplissages complets.
Le cas n’est pas isolé. L’entreprise de livraison suivie dans la tournée constate elle aussi un recul d’activité. Son responsable parle de 30 à 40 % de baisse de volume sur mars et avril chez sa clientèle agricole. Le ralentissement touche donc toute la chaîne : acheteurs, livreurs, et entreprises de travaux publics qui répercutent elles aussi le surcoût sur leurs tarifs.
Pour les plus petites structures, la hausse est plus rude encore. Elles ont moins de marge pour absorber un carburant plus cher. Les grandes exploitations, elles, disposent parfois d’une trésorerie plus solide ou d’un meilleur pouvoir de négociation. Mais elles ne sont pas immunisées : quand le GNR monte, c’est toute la rentabilité des chantiers et des campagnes de travaux qui se fragilise.
Des aides, mais pas de répit durable
La prise en charge de 15 centimes par litre annoncée par le gouvernement en mai apporte un soulagement ponctuel. Le ministère l’évalue à environ 53 millions d’euros. Mais sur le terrain, beaucoup y voient seulement un ballon d’oxygène temporaire. L’aide baisse le coût d’achat, sans supprimer l’incertitude sur les semaines suivantes. détail des dispositifs d’aide liés à la crise du GNR
Les soutiens ne profitent pas de la même manière à tous. Les exploitants qui consomment beaucoup de carburant, comme les céréaliers, les éleveurs ou les entreprises de travaux agricoles, y gagnent davantage. À l’inverse, ceux qui ont déjà réduit leurs volumes de mécanisation restent exposés à un effet pervers : ils reçoivent une aide, mais continuent de subir des coûts élevés sur l’ensemble de leur activité.
Les organisations agricoles ne défendent pas toutes la même réponse. La FNSEA demande depuis longtemps une compensation intégrale sur le GNR, au nom de la compétitivité des exploitations. La Confédération paysanne, elle, estime que les aides d’urgence restent insuffisantes et qu’elles entretiennent une logique de rustine. Elle plaide pour des outils de régulation et pour un changement plus profond du modèle agricole, afin de réduire la dépendance aux intrants et aux carburants. revendications de la FNSEA sur la compensation du GNR critique de la Confédération paysanne sur les mesures de crise
Le point de friction est là. Les aides soutiennent immédiatement la trésorerie des exploitations et des entreprises de travaux. Mais elles coûtent aussi cher à l’État et ne règlent rien si les prix restent volatils. Pour les intermédiaires, elles ne changent pas non plus le risque de voir les volumes se tasser lorsque les professionnels préfèrent attendre.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochains jours
La suite se jouera sur deux fronts. D’abord, la tenue des prix de l’énergie, toujours sensibles aux tensions internationales et aux marchés pétroliers. Ensuite, la mise en œuvre concrète des aides annoncées, qui dira si les exploitants les plus exposés peuvent réellement souffler.
Il faudra aussi observer le comportement des agriculteurs avant les grands travaux de saison. Si les prix se calment, les commandes de GNR pourraient repartir rapidement. Si la volatilité continue, les achats resteront prudents, au détriment de l’activité des livreurs et des entreprises rurales qui vivent de ces volumes.



