Quand le RN parle d’assistanat, les allocataires du RSA deviennent la cible d’un débat social plus dur
Marine Le Pen remet l’« assistanat » au centre de son discours social. Derrière ce mot, le RN oppose travail et aides publiques, sur fond de pauvreté persistante et de réforme du RSA.

Pourquoi le mot « assistanat » revient au centre du débat
Pour beaucoup de Français, la vraie question est simple : quand l’argent manque, faut-il d’abord aider sans condition, ou surtout pousser vers l’emploi ? C’est sur cette ligne de fracture que le Rassemblement national a choisi d’appuyer au printemps 2026, en remettant le mot « assistanat » au cœur de son discours social.
Le sujet tombe dans un pays où la pauvreté reste massive. En 2023, le taux de pauvreté monétaire atteint 15,4 % en France métropolitaine, selon l’Insee, et 1,84 million de foyers touchent le RSA fin 2024, d’après la Drees. Le RSA n’est pas une aide marginale : c’est un minimum de revenu pour les personnes sans ressources ou avec très peu de revenus.
Ce que dit le RN, et ce que cela change politiquement
Dans sa ligne actuelle, le RN oppose les « travailleurs » à ceux qu’il présente comme dépendants des aides. Marine Le Pen a déjà défendu une logique de « priorité nationale » pour l’accès à certaines aides sociales, et le projet du parti continue d’afficher l’idée de réserver les prestations de solidarité aux Français, avec une condition de cinq ans de travail en France.
Politiquement, ce discours sert un objectif clair : élargir la base du RN chez les actifs, les salariés modestes et une partie des classes moyennes qui ont le sentiment de financer un système qu’ils jugent trop généreux. Il parle à ceux qui veulent voir une contrepartie aux aides. Il dit aussi aux employeurs et aux élus locaux favorables à un encadrement plus dur des prestations qu’un futur pouvoir RN ne défendrait pas une solidarité sans conditions.
Mais ce cadrage ne tombe pas dans un vide. Depuis le 1er janvier 2025, les allocataires du RSA, leurs conjoints et certains jeunes sont inscrits automatiquement à France Travail, dans le cadre de la loi pour le plein emploi. Le système prévoit désormais un accompagnement renforcé et des obligations accrues. Autrement dit, l’idée de « devoirs » existe déjà dans le droit.
Le contre-champ : ce que reprochent syndicats et défenseurs du modèle social
Face à ce discours, les syndicats disent voir autre chose qu’un simple rappel à l’effort. La CFDT juge le RN hostile aux droits sociaux et estime que le parti constitue une « impasse pour les travailleurs ». La CGT, de son côté, accuse le RN de défendre des recettes patronales tout en jouant sur le ressentiment social.
Leur critique est double. D’abord, le mot « assistanat » stigmatise des personnes déjà très exposées à la pauvreté, au sous-emploi ou aux ruptures de parcours. Ensuite, il déplace le débat : au lieu de parler de bas salaires, de coût du logement, de santé ou de transport, il met la focale sur les allocataires. Les perdants sont donc d’abord les ménages pauvres et les travailleurs précaires. Les gagnants, eux, sont surtout les acteurs qui veulent conditionner davantage la solidarité publique sans remettre en cause les écarts de revenus ou les exonérations dont bénéficient les entreprises.
Le débat est aussi budgétaire. Les dépenses sociales pèsent lourd, et la Cour des comptes rappelle régulièrement la tension sur les comptes sociaux. Dans ce contexte, attaquer « l’assistanat » permet de promettre des économies et de donner des gages de rigueur. Mais cela ne dit pas comment traiter le non-recours aux droits, la précarité durable ou le fait que 26 % des bénéficiaires du RSA de 35 à 64 ans fin 2023 en percevaient déjà un chaque année depuis 2013.
Pourquoi cette ambiguïté compte pour la suite
Le RN avance donc sur une ligne étroite. D’un côté, il veut apparaître comme le parti des travailleurs, des petites paies et des gens qui se lèvent tôt. De l’autre, il entretient une lecture très restrictive de la solidarité, souvent centrée sur la nationalité, la durée de travail ou la suspicion envers les allocataires. Cette ambivalence lui permet de parler à des électorats différents, mais elle ouvre aussi une faiblesse : plus le parti parle de protection sociale, plus on peut lui demander ce qu’il protège exactement, et pour qui.
Dans les faits, cette bataille se joue sur des sujets très concrets : RSA, assurance chômage, logement social, services publics, pouvoir d’achat. Les ménages pauvres attendent d’abord des droits simples, lisibles et accessibles. Les salariés modestes, eux, veulent sentir que le travail paie davantage que l’inactivité. Entre ces deux attentes, le RN cherche à occuper tout l’espace. C’est là que se joue son pari social.
La séquence à surveiller est désormais claire : la prochaine confrontation programmatique sur la protection sociale, à mesure que la présidentielle de 2027 se rapproche. Le RN devra préciser s’il veut seulement durcir l’accès aux aides ou refondre plus largement le modèle social. Et ses adversaires, syndicats comme partis de gouvernement, devront répondre sur le même terrain : celui du travail, des salaires et de la dignité des bénéficiaires.



