Supprimer l’Ademe et l’OFB : le pari du RN pour financer les pompiers sans affaiblir la prévention des incendies
Le RN propose de supprimer ou de réduire plusieurs agences publiques, dont l’Ademe et l’OFB, pour réaliser des économies. Cette stratégie pose la question du financement des pompiers et de la prévention des risques dans les territoires.

Le Rassemblement national propose de supprimer ou de réduire l’Ademe et l’Office français de la biodiversité afin de dégager des économies. Le parti souhaite rediriger ces moyens vers les collectivités et les services d’incendie, mais ce transfert pourrait fragiliser l’expertise nationale et accentuer les écarts entre territoires.
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Quand les incendies ravagent des milliers d’hectares, une question revient immédiatement : faut-il renforcer les moyens de terrain ou revoir l’organisation de l’État ? En pleine crise des feux de forêt, le Rassemblement national a choisi de remettre au centre du débat la suppression de plusieurs agences publiques.
Le RN veut réduire le nombre d’agences publiques
Jeudi 20 août 2022, Franck Allisio, député RN des Bouches-du-Rhône, a défendu la suppression des agences « qui coûtent beaucoup plus que ce qu’elles rapportent », y compris en matière d’efficacité.
L’élu estime que l’ensemble de ces structures représente environ 80 milliards d’euros. Le RN propose d’en économiser 8 milliards, sans détailler dans cette déclaration la méthode permettant d’atteindre ce montant.
Cette prise de position intervient alors qu’un incendie dans le nord du bassin d’Arcachon, en Gironde, avait brûlé 42 000 hectares. Il s’agissait alors du feu le plus vaste recensé en France depuis 1949.
Le contexte donne donc une portée particulière aux propos du député. Les incendies posent une question immédiate de sécurité civile. Ils relancent aussi le débat sur la prévention, l’aménagement des forêts et les moyens consacrés à la transition écologique.
L’Ademe dans le viseur du parti
Le RN ciblait notamment l’Agence de la transition écologique, plus connue sous le nom d’Ademe. Cet établissement public accompagne les politiques liées à l’énergie, au climat, à la réduction des déchets et à la sortie des énergies fossiles.
Le ministère de la Transition écologique présente l’Ademe comme un acteur chargé d’accélérer la transition écologique et énergétique. L’agence produit aussi des expertises, accompagne les collectivités et expérimente des solutions dans les territoires. Les missions officielles de l’Ademe dans la transition écologique dépassent donc le seul versement de subventions.
Selon les chiffres cités par Franck Allisio, l’Ademe dispose d’un budget de 1,3 milliard d’euros. Environ 90 % de cette somme seraient reversés sous forme d’aides ou de subventions aux collectivités, aux entreprises et aux particuliers.
Le député RN conteste toutefois la nécessité de conserver une agence dédiée. Son idée consiste à redistribuer directement les crédits, sans passer par cet intermédiaire. Dans cette logique, les collectivités recevraient les moyens sans structure nationale chargée de les orienter ou de les accompagner.
Le raisonnement présente un avantage politique clair pour le RN : il permet de promettre des économies tout en affirmant que les politiques publiques pourraient continuer autrement. Mais il soulève une question pratique. Qui sélectionnerait les projets ? Qui contrôlerait l’utilisation des fonds ? Qui fournirait l’expertise technique aux communes disposant de peu de moyens ?
Une suppression ne ferait pas disparaître les missions
Une agence publique n’est pas seulement une ligne budgétaire. Elle regroupe des agents, des compétences et des dispositifs de financement. La supprimer impose donc de transférer ses missions vers un ministère, une collectivité ou un autre opérateur.
Ce transfert pourrait simplifier certaines procédures. Il pourrait aussi déplacer les coûts plutôt que les supprimer. Une commune devrait, par exemple, disposer de ses propres ingénieurs pour monter un projet de rénovation énergétique ou de prévention des risques.
La différence serait importante entre les territoires. Les grandes métropoles possèdent souvent des services techniques étoffés. Les petites communes et les territoires ruraux dépendent davantage de l’appui d’experts extérieurs. Pour elles, la disparition d’un guichet national peut signifier davantage de responsabilités, mais pas forcément davantage de capacité d’action.
L’Ademe intervient notamment dans des opérations locales. À Marseille, elle participe au financement de la dépollution des calanques et de la centrale de géothermie marine Thassalia. Ces projets illustrent le rôle d’intermédiaire de l’agence entre l’État, les entreprises et les collectivités.
L’OFB, autre cible de la proposition
Le RN souhaite également supprimer ou réduire fortement l’Office français de la biodiversité, l’OFB. Créé le 1er janvier 2020, cet établissement public est placé sous la tutelle des ministères chargés de l’environnement et de l’agriculture.
L’OFB ne se limite pas aux contrôles. Il exerce cinq grandes missions : produire des connaissances sur les espèces et les milieux, contribuer à la police de l’environnement, accompagner les politiques publiques, soutenir la gestion des espaces naturels et mobiliser les citoyens.
Ses agents interviennent notamment sur l’eau, les espaces naturels, la chasse, la pêche et la faune sauvage. L’office indique également employer 1 600 inspecteurs de l’environnement répartis sur le territoire. Les cinq missions de l’Office français de la biodiversité montrent l’étendue de ses responsabilités.
Pour Matthias Renault, député RN de la Somme, l’OFB incarne une « dérive bureaucratique et punitive de la politique écologique ». Il accuse l’office de multiplier les contrôles jugés absurdes ou humiliants contre les agriculteurs.
Cette critique répond à une colère réelle dans une partie du monde agricole. Les exploitants dénoncent régulièrement l’empilement des normes et le manque de lisibilité des contrôles. Toutefois, la disparition de l’OFB ne supprimerait pas les règles environnementales. Elle transférerait leur application à d’autres services.
Des dispositifs cherchent d’ailleurs à réduire les tensions. Dans l’Hérault, une charte signée en mai 2026 entre la préfecture et la chambre d’agriculture encadre les contrôles agricoles. Elle prévoit notamment une présomption de bonne foi pour l’exploitant et un périmètre défini à l’avance pour les contrôles administratifs. Le cadre départemental des contrôles agricoles dans l’Hérault illustre cette recherche d’apaisement.
Le financement des pompiers reste le point central
Face aux incendies, Franck Allisio met en avant une autre priorité : les services départementaux d’incendie et de secours, les SDIS. Ces services regroupent les sapeurs-pompiers professionnels et volontaires chargés des secours et de la lutte contre les feux.
Le député rappelle que le RN avait demandé, l’année précédente, 700 millions d’euros supplémentaires pour les SDIS. Selon lui, cette enveloppe aurait presque permis de doubler leur budget.
La question dépasse cependant le seul montant voté par l’État. Les SDIS sont principalement financés par les départements et les communes. Or leurs dépenses augmentent. Elles sont liées aux effectifs, au matériel, à la hausse des interventions de secours aux personnes et à l’intensification de certains risques climatiques.
Les dépenses des services d’incendie et de secours sont passées de 3,24 milliards d’euros en 2002 à 5,66 milliards en 2022, soit une progression de 74,3 %. Les dépenses de personnel représentaient alors 83 % de leurs dépenses de fonctionnement. Les données du Sénat sur le financement et les dépenses des SDIS montrent donc un problème structurel, et pas seulement une difficulté liée à un été marqué par les incendies.
Renforcer les pompiers répond à une urgence visible. Mais la prévention suppose aussi de mieux connaître les risques, d’entretenir les espaces naturels, d’adapter l’urbanisme et de réduire la vulnérabilité des territoires. Ces missions mobilisent plusieurs acteurs, dont les agences publiques contestées par le RN.
Deux visions de l’action publique s’opposent
Le RN défend une organisation plus directe, davantage confiée aux communes, aux départements et aux régions. Le parti y voit un moyen de réduire les dépenses administratives et de rapprocher la décision du terrain.
Les défenseurs des agences mettent en avant un autre argument. Ces établissements concentrent des compétences rares et assurent une coordination nationale. Ils peuvent aussi aider les collectivités les moins dotées à accéder à des financements et à une expertise spécialisée.
Le débat oppose donc deux risques. D’un côté, une organisation jugée trop complexe et coûteuse. De l’autre, une décentralisation qui pourrait accentuer les écarts entre territoires. Dans les deux cas, la question décisive reste la même : quelles missions sont conservées, avec quels agents et quel financement ?
Les prochaines étapes à surveiller
La proposition du RN ne constitue pas, à elle seule, une suppression juridique de l’Ademe ou de l’OFB. Une telle réforme nécessiterait des textes budgétaires et législatifs, puis des arbitrages sur le transfert des compétences et des personnels.
Il faudra donc surveiller les programmes présidentiels, les débats budgétaires et les amendements déposés au Parlement. Le financement des SDIS constituera également un indicateur important. La question sera de savoir si de nouveaux crédits sont accordés aux secours sans affaiblir les moyens consacrés à la prévention des incendies et à la protection de l’environnement.



