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ÉCONOMIE

TotalEnergies engrange 5,8 milliards au trimestre et relance la bataille sur les superprofits payés par les automobilistes

Les profits de TotalEnergies repartent fortement à la hausse avec la flambée des prix de l’énergie. En France, la gauche, le RN et le gouvernement s’opposent désormais sur une taxe exceptionnelle ou sur le blocage des prix.

superprofits TotalEnergies

Quand un groupe pétrolier affiche des milliards de profits en pleine crise géopolitique, la question revient aussitôt : qui paie l’addition, et qui doit encaisser la hausse ? En France, le débat sur les “superprofits” de TotalEnergies repart donc de plus belle.

Un trimestre dopé par les prix de l’énergie

TotalEnergies a annoncé, le 29 avril 2026, un bénéfice net ajusté de 5,4 milliards de dollars au premier trimestre, ainsi qu’un cash-flow de 8,6 milliards de dollars. D’autres reprises de presse ont évoqué un bénéfice net de 5,8 milliards de dollars sur la même période, soit 4,96 milliards d’euros, en hausse d’environ 51 % sur un an. Le groupe a aussi annoncé une hausse de 5,9 % de son acompte sur dividende.

Dans sa communication, l’entreprise relie cette progression à la hausse des prix du pétrole et à des activités de négoce mieux rémunérées dans un contexte de fortes tensions au Moyen-Orient. Le groupe souligne aussi qu’une partie de ses résultats provient de ses activités mondiales, pas seulement de la France.

Le timing compte. Quand l’énergie se renchérit, la marge du producteur augmente mécaniquement. À l’inverse, pour les ménages et les entreprises, la facture de carburant, de chauffage ou de transport pèse davantage. C’est ce décalage qui nourrit, depuis 2022, la demande d’un prélèvement exceptionnel sur les profits jugés liés à une crise extérieure.

À gauche, la taxe comme réponse politique

La gauche parlementaire veut reprendre la main sur ce terrain. La France insoumise plaide pour un blocage des prix des carburants, avec un retour à des niveaux antérieurs aux hausses liées à la guerre. L’argument est simple : si le coût d’extraction ne change pas autant que le prix de vente, le groupe profite d’une rente de crise. Cette mesure bénéficierait d’abord aux automobilistes, aux ménages dépendants de la voiture et aux entreprises de transport.

Les socialistes défendent, eux, une taxe sur les “superprofits”. Leur logique : capter une partie des gains exceptionnels pour les remettre dans le budget public. Une proposition de loi a été déposée pour viser les entreprises au-delà d’un certain niveau de chiffre d’affaires, avec un calcul fondé sur l’excédent de profits par rapport à une moyenne des trois dernières années. Le PS avance un rendement d’environ deux milliards d’euros. Les bénéficiaires visés par ce camp sont clairs : l’État, qui récupérerait des recettes, et les ménages, si ces recettes financent des mesures de pouvoir d’achat.

Les écologistes poussent la même idée, mais avec une mécanique plus brutale dans leur version. Marine Tondelier estime qu’une hausse de plus de 20 % des profits au-delà de la moyenne devrait être taxée à 66 %. Là encore, le message politique vise les groupes pétroliers, accusés de tirer avantage d’une crise internationale qui frappe d’abord les consommateurs.

Le gouvernement temporise, le RN hésite sur la méthode

Dans le camp présidentiel, le ton est plus prudent. Le gouvernement dit ne rien s’interdire “par principe”, mais refuse une réforme improvisée en cours d’année. L’argument est technique et politique à la fois : un nouvel impôt se construit dans les débats budgétaires, pas dans l’urgence médiatique. Pour l’exécutif, il s’agit aussi d’éviter de fragiliser un grand groupe français jugé stratégique, employeur et contributeur fiscal.

La plupart des gouvernements européens ont pourtant déjà testé, sous une forme ou une autre, des prélèvements sur les rentes énergétiques. La Commission européenne a aussi encouragé des contributions de solidarité dans le secteur de l’énergie après la flambée des prix liée à la guerre en Ukraine. En France, le cadre fiscal de l’énergie existe déjà, mais il reste centré sur les accises et les taxes habituelles, pas sur un mécanisme permanent de capture des surprofits.

Au Rassemblement national, le discours est plus ambigu. Marine Le Pen défend l’idée d’une taxation des surprofits comme une mesure de justice sociale. Jordan Bardella, lui, dit ne rien vouloir “s’interdire”, mais refuse d’ajouter de nouveaux impôts dans un pays déjà très taxé. Les deux convergent toutefois sur un point : ils saluent le plafonnement des prix annoncé par TotalEnergies dans ses stations françaises. Pour les automobilistes, le gain est immédiat. Pour l’entreprise, c’est aussi un moyen de contenir la colère politique sans changer le cadre fiscal général.

Ce qui se joue derrière le mot “superprofits”

Le mot est devenu un outil politique. Il décrit moins un concept juridique précis qu’un jugement moral : un profit jugé excessif parce qu’il naît d’une guerre, d’une pandémie ou d’une crise énergétique, et non d’un investissement ou d’une innovation. C’est ce flou qui rend le sujet explosif. Les partisans de la taxe y voient une correction de marché. Ses adversaires y voient une fiscalité punitive, instable, et potentiellement décourageante pour l’investissement.

Concrètement, la mesure ne toucherait pas les mêmes acteurs de la même façon. Pour l’État, elle créerait une recette ponctuelle ou récurrente. Pour les ménages modestes, elle peut soutenir des aides ciblées ou limiter la hausse des carburants. Pour TotalEnergies, elle réduirait la part des gains redistribués aux actionnaires ou réinvestis dans l’amont pétrolier, le raffinage et les transitions énergétiques. Pour les petits distributeurs ou les transporteurs, en revanche, le risque principal reste ailleurs : la volatilité du prix du baril, plus que la taxe elle-même.

Le débat va donc se déplacer vers le budget. Le gouvernement renvoie la question à l’année prochaine, tandis que la gauche tente d’inscrire le sujet dans le calendrier parlementaire. La vraie bataille commencera au moment où il faudra trancher entre trois options : laisser faire, taxer temporairement, ou créer un mécanisme plus durable. C’est à ce moment-là qu’on verra si la colère politique se transforme en mesure fiscale, ou en simple séquence de communication.

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