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ÉLECTIONS

À Saint-Denis, LFI veut reprendre au RN les symboles qui parlent aux électeurs et redéfinir l’idée de nation

À Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon a lancé sa campagne en assumant une riposte frontale au RN sur les symboles, les drapeaux et les slogans. LFI veut montrer qu’une autre idée de la France peut rassembler.

Salle d’association à Saint-Denis avec des habitants réunis autour d’un accueil local et de documents flous

Dans une campagne présidentielle, les mots comptent. Les symboles aussi. Quand un parti de gauche reprend des formules et des couleurs souvent associées à l’extrême droite, il ne cherche pas seulement à faire du bruit. Il veut aussi déplacer le terrain de la confrontation politique.

À Saint-Denis, Mélenchon a choisi le terrain de l’identité

Jean-Luc Mélenchon a lancé, le dimanche 7 juin 2026 à Saint-Denis, son premier meeting de campagne pour la présidentielle de 2027. Le rendez-vous s’est tenu devant l’hôtel de ville, dans une ville devenue un marqueur politique de La France insoumise. Des milliers de personnes s’y sont rassemblées pour entendre le leader insoumis défendre une idée simple : l’élection ne se jouera pas seulement sur le programme, mais aussi sur le récit national.

Le décor n’est pas neutre. Saint-Denis concentre une population populaire, très métissée, où la question de l’intégration, du logement, des salaires et des services publics se mêle au sentiment d’abandon. En choisissant cette ville, LFI parle à son socle électoral, mais elle adresse aussi un signal à toute la gauche : elle veut apparaître comme la force capable de tenir face au Rassemblement national.

Le mouvement assume donc une stratégie de confrontation directe. Jean-Luc Mélenchon a repris la formule « on est chez nous », généralement entendue dans les meetings de l’extrême droite, et la foule l’a scandée avec lui. Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, a ensuite expliqué que l’objectif était de reprendre au RN des slogans et des symboles que ce parti aurait tenté de confisquer.

Reprendre les symboles, pour qui et contre qui ?

Sur le papier, cette tactique vise à casser un monopole. Le drapeau tricolore, la Marseillaise ou l’idée de nation ne sont pas, en droit, des biens réservés à un camp. L’État rappelle même que le drapeau bleu-blanc-rouge est l’emblème national de la République, et que la Marseillaise comme le drapeau tricolore figurent parmi ses symboles officiels.

Politiquement, LFI veut donc dire ceci : le patriotisme ne doit pas être confondu avec l’exclusion. Quand Mélenchon parle de « peuple divers », il cherche à opposer une France ouverte à la définition identitaire portée par le RN. Quand Bompard dit que « on est chez nous » doit vouloir dire « on est tous chez nous », il tente de transformer une formule de fermeture en slogan d’inclusion. C’est le cœur de leur démarche.

Cette stratégie bénéficie d’abord à LFI. Elle lui permet de parler à des électeurs populaires sensibles aux questions de dignité, d’appartenance et de protection. Elle peut aussi aider le mouvement à élargir sa base au-delà des seuls électeurs déjà convaincus par son programme social. Mais elle comporte un risque : en empruntant un vocabulaire frontal et national, LFI peut brouiller sa ligne auprès d’une partie de la gauche qui redoute une forme de surenchère symbolique.

De l’autre côté, le RN perd une partie de son avantage narratif si ses adversaires occupent ses marqueurs les plus visibles. Mais il peut aussi tirer profit de la polémique. Plus l’échange se concentre sur l’identité, plus le parti d’extrême droite peut dénoncer une « imitation » ou une « récupération », et ramener le débat vers son terrain favori : l’immigration, l’ordre et la nation. Cette bataille-là ne se joue pas seulement dans les discours. Elle se joue dans la perception que les électeurs ont de la légitimité de chacun à parler au nom de la France.

Le RN n’a pas le monopole du drapeau, mais il en a fait un marqueur central

Le débat n’est pas nouveau. Marine Le Pen a souvent revendiqué les symboles nationaux comme éléments de ralliement, en présentant le drapeau ou l’unité nationale comme des biens politiques à défendre face à la division. Le RN a donc construit depuis longtemps une partie de son identité sur cette appropriation du registre patriotique.

Dans ce contexte, LFI répond sur un double plan. D’abord, elle refuse de laisser le RN définir seul ce que signifient les couleurs nationales. Ensuite, elle cherche à montrer que l’extrême droite peut être combattue non seulement par des arguments économiques ou sociaux, mais aussi par une contre-narration sur l’appartenance. C’est là que la confrontation devient stratégique : celui qui parle au nom du peuple gagne du terrain dans une présidentielle.

Reste une question concrète : cette bataille de symboles parle-t-elle aux électeurs autant qu’aux militants ? Pour les soutiens de Mélenchon, elle sert à réaffirmer qu’une France populaire, issue de l’immigration et attachée à l’égalité, fait pleinement partie du récit national. Pour les électeurs plus modérés, elle peut paraître artificielle, voire calculée. Et pour les adversaires de LFI, elle ressemble à une manœuvre de communication destinée à occuper un espace laissé libre par la droite traditionnelle.

Ce qu’il faudra surveiller dans les prochaines semaines

La suite dira si ce meeting reste un coup politique isolé ou s’il ouvre une vraie séquence de campagne. Il faudra suivre les prochaines interventions de Jean-Luc Mélenchon, les réponses du RN et la façon dont les autres forces de gauche se positionnent face à cette offensive symbolique. L’enjeu est clair : savoir si cette stratégie permet à LFI de consolider sa place de premier pôle à gauche, ou si elle ravive surtout les fractures déjà profondes dans le camp progressiste.

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