Après Lyhanna, Batho réclame une réponse d’urgence pour la protection de l’enfance et une justice plus réactive
Delphine Batho lie l’affaire Lyhanna aux failles de la justice et de la protection des mineurs. Elle demande un réexamen des plaintes en attente et défend une candidature écologiste indépendante pour 2027.

Quand un enfant disparaît, la question dépasse vite le fait divers. Ce que beaucoup de familles attendent alors, c’est simple : qu’un signal d’alerte soit pris au sérieux, vite, et jusqu’au bout.
L’affaire Lyhanna, dans le Gers, a remis cette attente au centre du débat. Le corps retrouvé le 4 juin 2026 a été identifié comme celui de cette collégienne de 11 ans, disparue le 29 mai à Fleurance. Le principal suspect, Jérôme Barella, a été mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineur. Plusieurs plaintes et signalements antérieurs pour violences sexuelles sur mineures avaient déjà visé cet homme, selon les informations rendues publiques par la justice et reprises par plusieurs médias.
Pourquoi cette affaire prend une dimension politique
Le dossier n’est pas seulement criminel. Il touche à la protection des mineurs, à la chaîne pénale et à la capacité de l’État à relier des alertes dispersées. Après la mort de Lyhanna, l’exécutif a parlé d’« échec » et a lancé des enquêtes administratives sur les conditions de suivi du suspect. Matignon a aussi réuni les ministres de l’Intérieur et de la Justice pour un point de situation.
Dans ce contexte, Delphine Batho a choisi un angle frontal. La députée des Deux-Sèvres, coordinatrice nationale de Génération Écologie et candidate à la présidentielle de 2027, estime que la France fait face à « un scandale énorme » sur la situation des enfants victimes. Son propre site de campagne confirme cette candidature et la présente comme une offre d’« écologie capable de gouverner ».
Les faits qu’elle met en avant
Pour Delphine Batho, le problème ne se limite pas à une erreur ponctuelle. Elle décrit un système qui laisse des plaintes en attente, des informations qui ne se recoupent pas assez vite et des victimes qui restent trop souvent sans réponse utile. Son chiffre central est celui de 70 000 plaintes « en souffrance ». Ce volume a été repris dans le débat public par le ministre de la Justice, qui a demandé aux procureurs généraux de reprendre l’examen de ces dossiers impliquant des enfants avant le 14 juillet 2026.
Sur le fond, cette lecture rejoint des constats plus larges déjà documentés par les institutions. Le ministère de l’Intérieur a enregistré en 2025 132 300 victimes de violences sexuelles, dont 76 200 mineures, soit 58 % du total. La protection de l’enfance reste elle aussi sous tension : le Sénat rappelle qu’environ 340 000 mineurs et jeunes adultes sont pris en charge par l’aide sociale à l’enfance, avec un système qui peine à répondre à tous les besoins.
Batho pousse la logique jusqu’au terrain. Elle demande un réexamen de l’ensemble des plaintes concernées, des recoupements systématiques et la création d’une brigade des mineurs dans chaque département. L’idée est claire : mieux outiller l’enquête quand la parole d’un enfant arrive, au lieu de renvoyer les dossiers de service en service.
Ce que cela changerait, concrètement
Pour les victimes et leurs familles, l’enjeu est la vitesse de traitement. Dans les affaires de violences sexuelles sur mineurs, le temps compte double : pour protéger l’enfant, mais aussi pour éviter que les preuves se dispersent ou que les récits se fragmentent. Le ministère de la Justice rappelle que les unités d’accueil pédiatrique enfants en danger doivent justement offrir une prise en charge globale et limiter l’effet traumatique du parcours.
Pour la justice, l’enjeu est celui des moyens et de l’organisation. Le ministère reconnaît aujourd’hui près de 6 000 affaires criminelles en attente de jugement, avec des délais qui peuvent aller de six à huit ans. Cela ne dit pas tout des plaintes classées, mais cela montre une machine pénale déjà sous pression. Dans ce cadre, la demande de Batho répond à une logique de chaîne courte : moins d’attente, plus de tri, plus de rapprochements entre dossiers.
Pour les magistrats et les enquêteurs, en revanche, la promesse est plus difficile à tenir sans postes, sans temps et sans coordination informatique. C’est là que se joue la différence entre une réforme de plus et une réorganisation réelle. Les moyens supplémentaires profiteraient d’abord aux juridictions les plus chargées et aux services les plus exposés aux violences intrafamiliales et sexuelles. Les petites juridictions, elles, gagneraient en réactivité si elles disposent enfin d’équipes spécialisées stables.
La présidentielle en arrière-plan
La séquence judiciaire et la séquence politique se croisent. Batho défend une candidature écologiste indépendante, hors des vieux appareils, et refuse l’idée que la gauche doive forcément passer par une primaire large pour 2027. Sur sa campagne, elle insiste sur l’urgence climatique, l’eau polluée et les pesticides, avec une ligne plus radicale sur les délais.
Elle prend aussi ses distances avec Marine Tondelier et avec Jean-Luc Mélenchon. Sur les écologistes, elle juge qu’une sortie des pesticides à l’horizon 2050 arrive trop tard. Sur LFI, elle attaque très durement le style et la personne de Jean-Luc Mélenchon. Cette séquence bénéficie d’abord à Batho elle-même, qui cherche à exister dans la course présidentielle avec une identité distincte, mais elle fragilise aussi l’idée d’un bloc écologiste ou de gauche uni derrière un seul nom.
Face à cette stratégie, les partisans d’une candidature commune à gauche avancent l’argument inverse : sans accord, les voix se dispersent et la gauche se condamne à l’impuissance. C’est la ligne défendue par plusieurs responsables écologistes et socialistes qui travaillent à un format unitaire pour 2027, même si Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann refusent, eux, d’entrer dans ce type de primaire.
Le contrechamp est politique autant que judiciaire : les victimes ont besoin d’un État plus efficace, mais les candidats ont aussi intérêt à incarner ce sujet avant les autres. Dans cette affaire, Batho capte une colère réelle. Reste à savoir si cette colère débouchera sur des moyens, ou seulement sur une séquence de plus.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Les prochains jours diront si l’exécutif transforme l’émotion en mesures concrètes. Le 14 juillet 2026 constitue déjà une échéance annoncée par Gérald Darmanin pour le réexamen des plaintes impliquant des enfants. En parallèle, il faudra suivre les suites des enquêtes administratives, les conclusions de la justice dans le dossier Lyhanna et la manière dont les candidats à 2027 tenteront, ou non, de s’emparer de ce thème sans le réduire à un slogan.



