Au RN, la réélection sans rival de Bardella pose déjà la question du pouvoir pour la présidentielle de 2027
Jordan Bardella devrait conserver la tête du Rassemblement national sans concurrent lors du prochain congrès. Ce scrutin interne dessinera aussi les équilibres du parti avant la présidentielle de 2027.

Qui dirigera le Rassemblement national à l’approche de la présidentielle de 2027 ? À ce stade, la réponse est déjà connue : sauf événement imprévu, Jordan Bardella conservera la présidence du parti après le prochain congrès.
Un scrutin interne sans suspense
Jordan Bardella sera le seul candidat à sa propre réélection à la tête du Rassemblement national. L’information a été annoncée par Yoann Gillet, député du Gard et chargé de l’organisation du prochain congrès.
Le rendez-vous aura lieu les 24 et 25 octobre 2026 à Orléans. Le vote des adhérents pour la présidence du parti se déroulera en ligne, du 21 septembre au 22 octobre. Le XIXe congrès du Rassemblement national à Orléans doit aussi renouveler les instances dirigeantes du mouvement.
Le résultat ne devrait donc pas réserver de surprise. Aucun responsable du RN n’a déposé de candidature concurrente. Jordan Bardella est ainsi assuré de rester président du parti, fonction qu’il occupe depuis novembre 2022.
Il avait d’abord pris la direction du mouvement par intérim, en septembre 2021, après le départ de Marine Le Pen. Un an plus tard, il avait été élu face à Louis Aliot. Il avait alors obtenu 85 % des voix des adhérents.
Jordan Bardella aura 31 ans en septembre 2026. Il restera donc à la tête du RN au moment où le parti préparera directement la prochaine élection présidentielle.
Une direction soutenue par les cadres
Le président du RN bénéficie d’un soutien très large au sein de l’appareil. Selon Yoann Gillet, 421 parrainages ont été recueillis pour sa candidature.
Ce chiffre correspond au nombre de candidatures déposées pour le renouvellement du Conseil national. Cette instance constitue, en quelque sorte, le Parlement interne du parti. Elle débat de la stratégie et participe à la désignation des principales orientations du mouvement.
La composition de cette instance va également évoluer. Parmi les 421 candidats, 307 sont des hommes et 114 sont des femmes. Seuls les cent candidats les mieux élus entreront au Conseil national.
Jordan Bardella ne figure pas sur cette liste. Sa fonction lui garantit toutefois une place automatique. Les statuts du RN font du président un membre de droit du Conseil national.
Il pourra aussi désigner vingt membres supplémentaires. Cette possibilité lui permettra de conserver une influence importante sur la composition de l’instance, au-delà du résultat du vote électronique.
Marine Le Pen, elle, ne sera pas candidate au renouvellement du Conseil national. Elle devrait cependant rester une figure centrale du parti. Elle pourra notamment être intégrée à cette instance par cooptation, comme membre désigné par la direction.
Pourquoi cette réélection compte pour 2027
Le scrutin interne dépasse la seule question de la présidence du RN. Il intervient à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027. Le congrès d’Orléans doit donc servir à organiser le rapport de force au sommet du parti.
Jordan Bardella est présenté depuis plusieurs années comme le principal successeur politique de Marine Le Pen. Il pourrait devenir candidat à l’Élysée si elle ne pouvait pas se présenter. En avril 2025, il avait déclaré qu’il serait le candidat du RN si Marine Le Pen était empêchée de concourir.
Cette perspective donne à sa réélection une portée particulière. Pour les cadres qui le soutiennent, maintenir Bardella à la tête du parti permet d’assurer la continuité et de préparer les échéances électorales avec un responsable déjà identifié.
Le choix présente aussi un avantage pratique. Jordan Bardella dispose d’une forte visibilité nationale et européenne. Il est député au Parlement européen et dirige déjà la machine politique du RN. Le parti évite ainsi une compétition interne qui pourrait exposer ses divisions.
Pour les militants, cette stabilité peut faciliter la mobilisation. Les fédérations locales savent à qui s’adresser. Les élus disposent d’une ligne nationale claire. Les équipes peuvent se concentrer sur les élections municipales de 2026, puis sur la préparation de la présidentielle.
Mais cette organisation renforce aussi la concentration du pouvoir autour de quelques dirigeants. Le président du parti contrôle une partie de la composition du Conseil national. Marine Le Pen conserve, de son côté, une influence politique majeure, même sans être candidate aux scrutins internes.
Une unité affichée, des équilibres encore sensibles
L’absence de concurrent traduit une unité apparente autour de Jordan Bardella. Elle ne signifie pas nécessairement que toutes les questions stratégiques sont réglées.
Le principal enjeu concerne la présidentielle. Marine Le Pen reste la candidate de référence du RN tant que sa situation judiciaire n’est pas définitivement tranchée. Jordan Bardella se présente comme son soutien et comme une solution de remplacement si elle ne pouvait pas se présenter.
Cette situation crée une relation particulière. Le président du parti doit préparer une éventuelle campagne personnelle tout en évitant de donner le sentiment de contester la place de Marine Le Pen.
Les déclarations publiques des deux dirigeants montrent cette prudence. Marine Le Pen continue d’affirmer son ambition présidentielle. Jordan Bardella entretient, lui, l’hypothèse d’une candidature de secours. Le congrès devra donc préserver cette alliance tout en donnant au parti une direction opérationnelle.
La question de la représentation interne pourrait également susciter des discussions. Sur les 421 candidatures au Conseil national, 114 seulement sont portées par des femmes. Les femmes représentent donc un peu plus d’un quart des candidats à cette instance.
Ce déséquilibre ne remet pas en cause la victoire annoncée de Jordan Bardella. Il montre toutefois que le renouvellement des structures du RN ne se résume pas au choix de son président. La composition du Conseil national influencera aussi les sensibilités représentées dans les débats internes.
Enfin, une direction sans opposition électorale peut rendre les contestations moins visibles. Les désaccords ne disparaissent pas forcément. Ils peuvent se déplacer vers les investitures, la ligne économique, la stratégie d’alliance ou le choix du candidat à la présidentielle.
Le prochain test : le renouvellement du Conseil national
Le calendrier est désormais fixé. Le vote électronique commencera le 21 septembre et s’achèvera le 22 octobre 2026. Le congrès d’Orléans se tiendra ensuite les 24 et 25 octobre.
Les résultats permettront de mesurer la capacité de la direction à mobiliser ses adhérents. Ils donneront aussi une indication sur les profils qui émergent dans le parti.
Le point à surveiller ne sera donc pas seulement la reconduction de Jordan Bardella. Il faudra regarder la composition des cent membres élus du Conseil national, les personnalités cooptées et la place accordée aux proches de Marine Le Pen.
À Orléans, le RN devrait afficher une direction stable. En coulisses, le congrès dessinera surtout l’équilibre du parti pour la présidentielle de 2027.



