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ÉLECTIONS Le pari du candidat commun

Bayrou renonce à 2027, mais veut imposer une primaire pour éviter un duel Mélenchon-Le Pen au second tour

François Bayrou exclut une nouvelle candidature en 2027, tout en défendant une primaire allant du centre à la gauche sociale-démocrate. Son objectif : éviter la dispersion des voix et un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

Élu local anonyme prenant des notes dans une mairie française, symbole du débat sur la primaire présidentielle de 2027
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En bref

François Bayrou annonce qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle de 2027, mais souhaite peser sur le choix du futur représentant du centre et de la droite modérée. Il défend une primaire large pour éviter la dispersion des voix, malgré les réticences d’Édouard Philippe et de plusieurs responsables de droite.

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François Bayrou ne sera pas sur la ligne de départ en 2027. Mais il entend peser sur le choix du candidat qui représentera le centre, la droite modérée et une partie de la gauche. Pour les électeurs, la question est donc simple : qui portera cette ligne politique face au Rassemblement national et à La France insoumise ?

Bayrou renonce à une nouvelle candidature

François Bayrou a annoncé, jeudi 10 septembre, qu’il ne serait pas candidat à l’élection présidentielle de 2027. L’ancien Premier ministre et président du MoDem a été clair : « Je ne serai pas candidat ».

Cette décision ferme l’hypothèse d’une quatrième candidature présidentielle. François Bayrou avait déjà participé aux scrutins de 2002, 2007 et 2012. Son meilleur résultat reste celui de 2007, avec 18,57 % des voix au premier tour.

Le centriste ne souhaite pourtant pas se retirer du débat. Il a assuré qu’il prendrait « position sans aucun doute » en 2027. Autrement dit, il ne sollicitera pas les suffrages, mais il entend soutenir ou contribuer à désigner un candidat.

Cette nuance est importante. François Bayrou conserve une influence dans l’espace politique situé entre la gauche réformiste, le centre et la droite modérée. Son parti, le MoDem, participe par ailleurs au bloc central qui a soutenu Emmanuel Macron depuis 2017.

La peur d’un duel Mélenchon-Le Pen

Pour expliquer sa position, François Bayrou met en avant un scénario qu’il juge dangereux : un second tour opposant Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen. « S’il n’y a pas de primaire, vous aurez un deuxième tour Mélenchon-Le Pen », a-t-il prévenu.

Une primaire est une consultation organisée pour départager plusieurs candidats avant une élection. Dans le scénario défendu par François Bayrou, elle permettrait aux forces politiques situées entre le RN et LFI de choisir une candidature commune.

L’objectif serait d’éviter la dispersion des voix au premier tour. Plusieurs personnalités issues du centre, de la droite et de la gauche sociale-démocrate pourraient alors se présenter à un vote commun. Le vainqueur deviendrait le candidat de ce rassemblement.

François Bayrou défend déjà l’idée d’une primaire large, allant du Parti socialiste jusqu’aux gaullistes. La proposition vise les électeurs qui refusent à la fois le Rassemblement national et La France insoumise. Elle cherche aussi à répondre à la multiplication des candidatures dans le bloc central et à droite.

Le raisonnement est stratégique. Plus les candidatures sont nombreuses, plus les voix du même espace politique se divisent. Dans une élection à deux tours, cette fragmentation peut empêcher un candidat pourtant majoritaire dans son camp d’atteindre le second tour.

Une proposition qui avantage le centre

La primaire proposée par François Bayrou ne serait pas neutre pour les partis. Elle donnerait un avantage aux formations capables de mobiliser rapidement leurs électeurs et leurs militants. Les grandes organisations disposeraient de réseaux, de moyens financiers et d’une visibilité médiatique supérieure.

À l’inverse, les candidats moins installés pourraient avoir du mal à faire entendre leur voix. Une consultation commune pourrait aussi réduire la place des programmes très spécifiques. Le candidat retenu devrait construire un compromis entre plusieurs familles politiques.

Pour le MoDem, cette stratégie permettrait de préserver une ligne centriste dans la présidentielle. Elle offrirait aussi à François Bayrou un rôle d’arbitre, même sans candidature personnelle. Le parti pourrait participer à la définition du programme et au choix de la personnalité chargée de le défendre.

Pour les électeurs, l’enjeu serait concret. Une candidature commune pourrait limiter le nombre de bulletins proches au premier tour. Mais elle pourrait aussi rendre le choix moins lisible, avec un candidat soutenu par des partis aux priorités différentes sur l’économie, l’immigration, les services publics ou l’Europe.

Le rassemblement se heurte aux rivalités

La difficulté principale ne réside pas dans l’organisation matérielle d’une primaire. Elle se trouve dans l’accord politique nécessaire pour l’accepter. Les partis doivent d’abord renoncer à présenter leur propre candidat, ou accepter de soutenir le vainqueur.

Cette perspective suscite des résistances. Édouard Philippe, déjà engagé dans la course présidentielle, défend une stratégie autonome pour Horizons. Le parti refuse, à ce stade, de s’effacer derrière une primaire commune. De son côté, une partie de la droite estime que le centre et la droite ne partagent pas la même identité politique.

Laurent Wauquiez a notamment critiqué l’idée d’une primaire réunissant des familles politiques trop éloignées. Ses proches considèrent qu’une consultation allant du Parti socialiste aux gaullistes ressemblerait davantage à un premier tour de présidentielle qu’à une véritable sélection interne.

Cette critique met en lumière le principal risque du projet. Une primaire peut produire un candidat rassembleur, mais elle peut aussi accentuer les divisions. Les candidats battus peuvent refuser de soutenir le vainqueur. Les partis peuvent également contester les règles, le corps électoral ou le périmètre du vote.

Le précédent de la primaire de la droite et du centre en 2016 reste présent dans les mémoires. François Fillon avait remporté le scrutin avant de connaître une campagne présidentielle profondément déstabilisée par les révélations sur les emplois de son épouse. L’épisode a renforcé la prudence de certains responsables politiques face aux procédures de sélection ouvertes.

Un rôle d’influence plutôt qu’une candidature

En renonçant à se présenter, François Bayrou évite une nouvelle campagne personnelle. Il peut désormais se concentrer sur le choix du projet et du candidat. Cette position lui offre davantage de liberté pour discuter avec plusieurs responsables politiques.

Elle comporte aussi une limite. Son influence dépendra de sa capacité à convaincre des partis qui ont leurs propres candidats et leurs propres intérêts. Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau ou encore les responsables socialistes n’ont pas nécessairement intérêt à adopter le calendrier proposé par le président du MoDem.

Le débat porte donc autant sur la méthode que sur le nom du futur candidat. Une primaire ouverte donnerait la parole aux électeurs. Une désignation entre partis permettrait de négocier plus facilement. Une candidature autonome, enfin, préserverait l’identité de chaque formation, mais augmenterait le risque de dispersion.

François Bayrou présente son choix comme une réponse au danger d’un duel entre les deux forces qu’il situe aux extrêmes de l’échiquier politique. Ses opposants y voient plutôt une tentative du centre pour imposer son propre calendrier et conserver une position centrale dans la future présidentielle.

Les prochaines étapes à surveiller

La question décisive sera celle de la participation à cette éventuelle primaire. Les partis devront préciser s’ils acceptent le principe d’un vote commun, son périmètre et ses règles. Ils devront aussi déterminer si les candidats battus s’engageront à soutenir le vainqueur.

Le calendrier constituera un autre test. Une primaire organisée trop tard laisserait peu de temps au candidat désigné pour structurer son équipe, financer sa campagne et obtenir les parrainages nécessaires. Organisée trop tôt, elle pourrait être dépassée par les événements politiques ou par l’évolution des rapports de force.

François Bayrou a donc quitté la compétition directe, mais pas la bataille de 2027. Dans les prochains mois, il faudra observer si son idée de primaire rassemble réellement le centre, la droite modérée et la gauche sociale-démocrate, ou si chaque parti choisit finalement de défendre sa propre candidature.

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