Ce que la sortie de l’Union européenne changerait pour les retraites, l’emploi et le pouvoir de décision des Français
Nicolas Dupont-Aignan défend une sortie de l’Union européenne pour restaurer les marges de décision nationales. Son programme combine protectionnisme, réforme des retraites, contrôle migratoire et référendum d’initiative citoyenne.

Nicolas Dupont-Aignan propose de quitter l’Union européenne pour reprendre le contrôle des frontières, de la politique économique et des choix budgétaires. Son programme prévoit aussi un protectionnisme national, un départ à la retraite à 62 ans et neuf mois, un fonds souverain et un référendum d’initiative citoyenne. Cette stratégie doit encore convaincre au-delà de son électorat souverainiste.
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Que changerait concrètement une sortie de l’Union européenne pour les Français ? À Yerres, Nicolas Dupont-Aignan a présenté cette rupture comme le point de départ de son projet présidentiel, lors de sa rentrée politique du samedi 19 septembre.
Un projet entièrement construit autour du « Frexit »
Le président de Debout la France a appelé à « décoloniser la France ». Par cette formule, il entend reprendre le contrôle de plusieurs domaines qu’il estime soumis à des décisions européennes ou internationales.
Son plan repose sur quatre axes. Le premier est politique, avec la sortie de l’Union européenne. Le deuxième est économique, grâce à un protectionnisme présenté comme « intelligent ». Le troisième concerne l’immigration, avec un renforcement du pouvoir régalien de l’État. Le dernier est culturel, par la défense de la langue française.
Pour Nicolas Dupont-Aignan, le « Frexit » serait le seul moyen de rendre à la France son indépendance. Il permettrait, selon lui, de rétablir des frontières nationales, de modifier la politique migratoire et de réduire certaines dépenses liées à la participation française à l’Union européenne.
Le candidat affirme aussi que d’autres pays suivraient la France si elle quittait l’Union. Cette hypothèse constitue l’un des ressorts politiques de son discours. Elle présente le départ français non comme un isolement, mais comme le début d’une nouvelle réorganisation européenne.
Réindustrialiser en protégeant davantage les entreprises françaises
Le volet économique de son programme s’inspire notamment des États-Unis et de la Chine. Nicolas Dupont-Aignan veut mettre en place un protectionnisme français. L’objectif serait de favoriser les productions nationales et de limiter les délocalisations.
Il propose notamment de ne plus subventionner les entreprises qui déplacent leurs activités à l’étranger. Il vise aussi la relocalisation de deux millions d’emplois. Cette stratégie donnerait la priorité aux entreprises produisant en France, plutôt qu’aux groupes organisant leur activité à l’échelle mondiale.
Une telle orientation bénéficierait d’abord aux secteurs industriels exposés à la concurrence internationale. Elle pourrait aussi soutenir certains territoires désindustrialisés. En revanche, les entreprises dépendantes des importations ou des marchés européens devraient revoir leurs chaînes d’approvisionnement.
La sortie de l’Union modifierait également les échanges commerciaux. Elle impliquerait de renégocier les relations entre la France et ses voisins. Les conséquences dépendraient donc des accords obtenus après le départ, mais aussi de la capacité des entreprises françaises à absorber de nouvelles règles douanières.
Travail, aides sociales et retraites : un équilibre à trouver
Le candidat veut « remettre les Français au boulot » et récompenser davantage l’activité professionnelle. Il propose de défiscaliser les heures supplémentaires. Il souhaite aussi supprimer les droits de succession sur la résidence principale.
Autre mesure annoncée : plafonner le cumul des aides sociales à un niveau inférieur au salaire minimum. L’objectif affiché consiste à rendre la reprise d’un emploi financièrement plus intéressante. Cette proposition s’adresse notamment aux travailleurs modestes et aux personnes qui comparent le revenu du travail avec celui des prestations sociales.
Ses adversaires pourraient toutefois y voir un risque de pression accrue sur les bénéficiaires des aides. Le débat porte alors sur le niveau de vie garanti, mais aussi sur la disponibilité réelle des emplois, les salaires proposés et les coûts de transport ou de logement.
Sur les retraites, Nicolas Dupont-Aignan refuse de désindexer les pensions. Il ne veut donc pas réduire leur évolution par rapport à l’inflation. Pour financer les générations futures, il propose cependant de fixer l’âge de départ à 62 ans et neuf mois.
Il défend également un minimum retraite par capitalisation. Ce mécanisme consiste à épargner pendant la vie professionnelle afin de compléter ensuite la pension publique. Il souhaite enfin créer un fonds souverain, sur le modèle norvégien, pour investir dans des entreprises françaises.
Ce dispositif profiterait surtout aux actifs capables d’épargner régulièrement et aux entreprises sélectionnées par le fonds. Les salariés aux carrières discontinues ou aux revenus faibles pourraient, eux, avoir moins de possibilités pour accumuler un complément de retraite.
Le référendum d’initiative citoyenne comme outil de rupture
Pour appliquer son programme, le candidat mise sur le référendum d’initiative citoyenne, ou RIC. Ce mécanisme permettrait aux citoyens de proposer ou de contester directement une mesure, sous certaines conditions.
Nicolas Dupont-Aignan veut l’utiliser pour « redonner le pouvoir au peuple » et contourner ce qu’il appelle le « gouvernement des juges ». Il critique ainsi le rôle du Conseil constitutionnel et, plus largement, celui des institutions chargées de vérifier la conformité des lois au droit supérieur.
Cette proposition répond à une demande de démocratie directe portée depuis plusieurs années par différents mouvements politiques. Elle soulève toutefois une question institutionnelle majeure : jusqu’où un référendum pourrait-il modifier les règles constitutionnelles, les engagements européens ou les libertés protégées par le droit ?
La question européenne est particulièrement sensible. Le droit de l’Union s’applique dans de nombreux domaines, comme le commerce, la concurrence et certaines normes économiques. Un départ nécessiterait donc une période de transition et des négociations complexes avec les autres États membres.
Une candidature souverainiste face à un rapport de force électoral difficile
À Yerres, le candidat a appelé les abstentionnistes et les électeurs opposés au traité constitutionnel européen de 2005 à se mobiliser. Il estime que cette réserve électorale peut former une majorité politique.
Son parcours électoral montre cependant la difficulté de transformer cette ligne souverainiste en dynamique nationale. À la présidentielle de 2012, il avait obtenu 1,79 % des suffrages exprimés. En 2017, il avait atteint 4,70 %, avec 1 695 000 voix, selon les résultats officiels des élections présidentielles.
Cette progression lui avait permis de s’installer davantage dans le débat public. Elle restait toutefois insuffisante pour franchir le seuil de 5 %, qui permet notamment le remboursement intégral des dépenses de campagne sous certaines conditions.
La campagne devait donc répondre à un double défi. Le premier consistait à imposer le Frexit comme une question centrale. Le second était de convaincre au-delà de l’électorat déjà favorable à la souveraineté nationale.
Les électeurs attirés par la protection industrielle pouvaient soutenir son programme économique. Ceux qui restent attachés au marché européen ou aux financements communs pouvaient, au contraire, redouter le coût d’une rupture. Les retraités, les agriculteurs, les entreprises exportatrices et les ménages modestes n’auraient pas tous les mêmes intérêts dans ce changement.
Les prochaines étapes de la campagne
Nicolas Dupont-Aignan annonçait alors qu’il restait sept mois pour rassembler les électeurs. L’enjeu était de transformer un ensemble de propositions radicales en candidature capable de franchir le premier tour.
Il fallait notamment préciser le calendrier d’une sortie de l’Union, le financement du programme social et les conséquences commerciales d’un retour aux frontières nationales. La capacité à obtenir les parrainages nécessaires constituait également une étape déterminante.
Le scrutin présidentiel devait finalement mesurer le poids réel du souverainisme autonome, entre une droite nationale déjà structurée et les électeurs attachés à une transformation de l’Union plutôt qu’à sa disparition.



