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ÉLECTIONS Le calcul à trois bandes

Candidature Zemmour 2027 : pourquoi sa présence peut aider Marine Le Pen tout en divisant l’extrême droite

Éric Zemmour confirme sa volonté de se présenter en 2027. Avec un score estimé autour de 4 %, sa candidature pourrait diviser l’électorat nationaliste tout en renforçant la stratégie de normalisation du RN.

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En bref

Éric Zemmour a confirmé sa volonté de se présenter à l’élection présidentielle de 2027, même si l’annonce formelle est attendue à l’automne. Crédité d’environ 4 % dans plusieurs hypothèses, il peut prendre des voix au RN au premier tour, mais aussi permettre à Marine Le Pen de se présenter comme une candidate plus modérée.

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Que change, pour les électeurs, l’entrée en lice d’Éric Zemmour dans la présidentielle de 2027 ? Pour l’instant, surtout une certitude : l’extrême droite devrait compter une candidature de plus, face au Rassemblement national.

Une candidature annoncée, mais encore à formaliser

Éric Zemmour a confirmé sa volonté de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Invité sur BFMTV le jeudi 17 septembre, le président de Reconquête a déclaré : « Je ne suis pas politicien. Je suis candidat à la présidence de la République », avant de reformuler : « Je serai candidat à la présidentielle. »

Cette déclaration lève un doute qui persistait depuis plusieurs mois. Sarah Knafo, députée européenne et figure montante de Reconquête, avait parfois été présentée comme une candidate possible. Le parti semble toutefois s’orienter de nouveau vers son fondateur. La déclaration officielle de candidature doit encore intervenir à l’automne.

Le calendrier est important. En France, une candidature présidentielle ne se résume pas à une annonce médiatique. Le candidat doit notamment obtenir 500 parrainages d’élus habilités, issus d’au moins 30 départements ou collectivités différentes. Cette étape conditionne la présence sur les bulletins de vote.

Éric Zemmour connaît déjà cette mécanique. En 2022, il avait recueilli 2,48 millions de voix, soit 7,07 % des suffrages exprimés au premier tour, d’après les résultats officiels du ministère de l’Intérieur.

Un socle électoral plus réduit qu’en 2022

La situation politique n’est pourtant plus la même. Au début de la campagne de 2022, Éric Zemmour avait bénéficié d’une forte exposition médiatique. Son arrivée avait obligé Marine Le Pen et le Rassemblement national à répondre à un concurrent situé sur une ligne plus radicale sur l’immigration, l’identité et l’islam.

Quatre ans plus tard, son espace électoral paraît plus étroit. Les enquêtes disponibles le situent généralement autour de 4 % des intentions de vote, avec des variations selon les hypothèses et les candidats testés. Un sondage Ifop publié en mai 2026 le plaçait à 4,6 % dans une configuration donnée. Ces chiffres ne prédisent pas le résultat final, mais ils montrent que le candidat ne retrouve pas, à ce stade, la dynamique de 2021.

Son positionnement reste cependant très identifiable. Sur le plan économique, Éric Zemmour défend une ligne libérale. Sur les sujets de société, il porte un conservatisme marqué. Son discours se concentre surtout sur l’immigration, l’identité nationale et la lutte contre ce qu’il présente comme une transformation démographique de la France.

Il défend notamment la « remigration », un terme qui désigne, dans son projet politique, le renvoi progressif d’étrangers vers leur pays d’origine. Cette proposition est rejetée par ses adversaires, qui y voient une politique discriminatoire et incompatible avec l’égalité devant la loi. Elle constitue, à l’inverse, un marqueur central pour une partie de son électorat.

Cette ligne s’accompagne de prises de parole régulièrement contestées. Éric Zemmour a été condamné à plusieurs reprises par la justice, notamment pour provocation à la haine. Ses soutiens y voient la conséquence de propos volontairement transgressifs. Ses détracteurs estiment que cette stratégie banalise des discours visant des groupes en raison de leur origine ou de leur religion.

Pourquoi le RN peut voir cette candidature d’un bon œil

À première vue, la présence d’Éric Zemmour devrait diviser le même électorat. Il peut attirer des électeurs sensibles à l’immigration, à la sécurité et à la défense d’une identité nationale stricte. Dans cette logique, chaque voix obtenue par Reconquête pourrait manquer au Rassemblement national.

Mais le calcul du RN est plus complexe. En portant des propositions très radicales, Éric Zemmour permet à Marine Le Pen de se présenter comme une candidate plus institutionnelle. Le contraste peut renforcer la stratégie de normalisation engagée par le RN depuis plusieurs années.

Le mécanisme est classique : lorsqu’un parti plus dur occupe une partie du débat, son concurrent peut chercher à apparaître comme plus modéré, même s’il conserve des positions fermes sur l’immigration ou la sécurité. La candidature de Reconquête peut donc fournir au RN un point de comparaison utile.

Cette situation ne garantit toutefois aucun bénéfice électoral. Une campagne peut déplacer les lignes. Un débat télévisé, une crise politique ou une controverse peuvent modifier rapidement les rapports de force. De plus, les électeurs de Zemmour ne sont pas automatiquement acquis à Marine Le Pen au second tour.

Les enquêtes disponibles montrent néanmoins des passerelles entre les deux électorats. Une analyse publiée en septembre 2026 indique qu’une part importante des électeurs ayant choisi Éric Zemmour en 2022 se tournerait vers Marine Le Pen dans certaines hypothèses de second tour. Ce transfert reste une intention déclarée, pas un vote garanti.

Un discours en phase avec certaines inquiétudes, mais pas avec toutes

Éric Zemmour mise sur l’immigration et l’identité. Ces sujets comptent dans les préoccupations nationales, mais ils ne résument pas les attentes des Français. L’enquête « Fractures françaises 2025 », réalisée par Ipsos pour plusieurs partenaires dont le CEVIPOF, plaçait le pouvoir d’achat en tête des préoccupations. La délinquance et l’immigration arrivaient ensuite, à égalité.

Cette hiérarchie limite la portée d’une campagne centrée sur les thèmes identitaires. Pour convaincre au-delà de son socle, Éric Zemmour devra aussi répondre aux questions concrètes sur les salaires, les services publics, la dette, l’école et la santé.

Le défi est d’autant plus important que Reconquête reste une formation plus petite que le RN. Elle dispose de moins d’élus, de moins de relais locaux et de moyens militants plus limités. Pour un grand parti, une campagne nationale peut s’appuyer sur un réseau territorial dense. Pour une formation plus réduite, chaque parrainage, chaque meeting et chaque séquence médiatique comptent davantage.

Sarah Knafo pourrait toutefois jouer un rôle important dans cette stratégie. Son profil est différent de celui d’Éric Zemmour. Elle porte davantage les sujets économiques et financiers et bénéficie d’une image moins directement associée aux polémiques identitaires. Son maintien aux côtés du candidat peut aider Reconquête à élargir son discours, sans abandonner sa ligne politique.

Une candidature utile au RN, mais risquée pour Zemmour

Pour Marine Le Pen, la candidature d’Éric Zemmour présente donc un double effet. Elle peut fragiliser le RN au premier tour en prélevant quelques points. Mais elle peut aussi rendre sa propre candidature plus acceptable auprès d’électeurs de droite et du centre droit.

Pour Éric Zemmour, l’enjeu est différent. Il doit démontrer que Reconquête n’est pas seulement une force de réaction médiatique. Son objectif sera de conserver son socle, d’obtenir les parrainages nécessaires et de transformer une audience politique en organisation durable.

La prochaine étape sera la déclaration formelle annoncée pour l’automne. Il faudra ensuite observer les premiers déplacements, la composition de l’équipe de campagne et la place accordée aux thèmes économiques. Les sondages mesureront aussi si cette candidature reste autour de 4 % ou si elle parvient à retrouver une dynamique comparable à celle de 2022.

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