Face à la mer qui avance, qui paiera pour protéger les habitants et relocaliser les communes du littoral français ?
Les Écologistes présentent un fonds dédié à l’érosion côtière et proposent d’agir sur le logement touristique, la pêche et l’éducation maritime.

Les Écologistes veulent créer un fonds érosion côtière pour aider les communes à acheter des biens menacés et organiser la relocalisation des activités. Leur programme prévoit aussi de limiter certaines locations touristiques, de relancer les classes de mer et de rendre la pêche plus durable. Son financement reste à préciser.
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Que se passe-t-il quand une maison, une route ou un camping se retrouve menacé par l’avancée de la mer ? Pour les habitants du littoral, la question n’est plus théorique. Elle touche déjà le logement, l’activité économique et l’avenir des communes côtières.
Le littoral français face à un risque qui s’installe
Le recul du trait de côte désigne le déplacement progressif de la limite entre la terre et la mer. Il résulte notamment de l’érosion des plages et des falaises. La montée du niveau marin et la multiplication des événements météorologiques extrêmes peuvent accentuer le phénomène.
Les données publiques donnent une idée de l’ampleur du défi. Selon la mise à jour 2026 de l’indicateur national du Cerema, 19,8 % des profils étudiés présentent un recul du trait de côte. En incluant les secteurs équipés d’ouvrages destinés à limiter l’érosion, 27,6 % du littoral français est concerné par une problématique d’érosion côtière. La proportion atteint 50,1 % sur les secteurs de plage. Les données 2026 du Cerema sur l’érosion côtière permettent désormais de suivre ces évolutions avec davantage de précision.
Le risque est aussi immobilier. Les services de l’État estiment qu’environ 500 000 logements pourraient être menacés à l’horizon 2100, pour une valeur vénale totale proche de 86 milliards d’euros. Cette estimation inclut environ 100 000 résidences secondaires. Le ministère de la Transition écologique détaille les biens exposés et les outils d’adaptation.
Les Écologistes proposent un fonds pour les communes
Dans ce contexte, Les Écologistes et leur candidate à l’élection présidentielle de 2027, Marine Tondelier, ont présenté le lundi 14 septembre 2026 un livret consacré aux littoraux. Le document compte une vingtaine de pages et rassemble plusieurs dizaines de propositions.
La mesure la plus structurante est la création d’un « fonds érosion côtière ». Son objectif serait d’aider les collectivités à acheter des terrains et des logements menacés par la montée de la mer. Ces acquisitions permettraient ensuite d’organiser le déplacement d’activités ou la renaturation de certains espaces.
Le député écologiste Damien Girard a expliqué que ce fonds devait notamment permettre aux collectivités de « préempter un ensemble de terrains et surtout d’habitations qui, demain, vont être menacées par la montée de l’océan ». Le droit de préemption permet à une collectivité d’acheter un bien en priorité lorsqu’il est mis en vente, afin de réaliser un projet d’intérêt général.
Cette proposition répond à une difficulté concrète. Une commune littorale peut savoir qu’un quartier sera exposé dans quelques décennies, sans disposer pour autant des moyens financiers nécessaires pour agir aujourd’hui. Les collectivités doivent alors financer les études, acheter des biens, déplacer des équipements et parfois démolir ou renaturer des secteurs entiers.
Logement, tourisme et pêche dans le même programme
Le livret ne se limite pas à la gestion des biens menacés. Les Écologistes proposent aussi de limiter le nombre d’autorisations administratives permettant de louer un logement pour de courtes périodes à des touristes.
Dans les communes côtières, cette question oppose souvent plusieurs intérêts. Les propriétaires de locations saisonnières bénéficient de revenus supplémentaires. Les professionnels du tourisme y voient une offre utile aux visiteurs. En revanche, les habitants à l’année et les salariés locaux peuvent subir la raréfaction des logements accessibles.
Les communes disposent déjà de leviers pour encadrer les meublés de tourisme. Depuis la loi du 19 novembre 2024, elles peuvent notamment réduire à 90 jours par an la durée maximale de location d’une résidence principale dans certaines conditions. Elles peuvent aussi instaurer des quotas ou renforcer les obligations d’enregistrement. Les règles applicables aux locations touristiques et les pouvoirs des maires montrent que le débat porte désormais sur l’utilisation concrète de ces outils.
Le parti écologiste souhaite également « relancer les classes de mer ». Ces séjours scolaires doivent, selon lui, renforcer le lien entre les jeunes et les espaces maritimes. Leur développement dépend toutefois des budgets des établissements, du coût des transports et de la capacité d’accueil des structures littorales.
Autre volet : la transformation du secteur de la pêche « avec les professionnels ». Les Écologistes veulent rendre cette activité plus durable. Une telle évolution suppose de tenir compte des revenus des pêcheurs, du prix du carburant, de l’état des ressources et de la concurrence sur les marchés. Les petits navires et les entreprises familiales ne disposent pas des mêmes marges d’adaptation que les grandes structures.
Une proposition politique qui devra préciser ses moyens
Le projet écologiste s’inscrit dans une politique publique déjà engagée. La France a créé des outils pour cartographier le recul du trait de côte et accompagner la recomposition des territoires. Le Fonds vert peut financer des études, des cartes locales et certains projets d’aménagement. Les collectivités peuvent aussi utiliser le bail réel d’adaptation à l’érosion côtière, un dispositif qui permet d’occuper temporairement un bien exposé tout en préparant l’évolution du site.
La proposition d’un fonds spécifique pose donc une question centrale : viendrait-il compléter les dispositifs existants ou les remplacerait-il en partie ? Son efficacité dépendrait aussi de son financement, de ses critères d’intervention et du partage des responsabilités entre l’État, les régions, les départements, les intercommunalités et les communes.
Les habitants concernés auront également besoin de garanties. Une acquisition publique peut protéger une collectivité à long terme, mais elle peut inquiéter un propriétaire qui craint de perdre une partie de la valeur de son logement. Elle peut aussi déplacer une activité économique vers un autre secteur. La transition ne sera donc pas seulement technique. Elle sera sociale et financière.
Les prochaines étapes de la campagne
Marine Tondelier a annoncé d’autres livrets thématiques sur les ruralités, les territoires ultramarins et les quartiers populaires. Le document consacré au littoral constitue ainsi une première déclinaison programmatique de la campagne écologiste pour 2027.
Le débat devra désormais porter sur le calendrier et le financement. Il faudra aussi suivre la manière dont les autres candidats répondent à trois questions : qui paie la protection ou le déplacement des biens ? Où construire lorsque certains secteurs deviennent inhabitables ? Comment préserver l’accès au logement, aux plages et aux activités maritimes ?
Pour les communes côtières, l’échéance est déjà engagée. Les cartes locales d’exposition, les décisions d’urbanisme et les projets de relocalisation détermineront concrètement les quartiers qui pourront encore se développer et ceux qui devront progressivement laisser davantage de place à la mer.



