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ÉLECTIONS La gauche au pied du vote

Primaire de gauche : les électeurs face au prix du vote et aux divisions qui menacent le rassemblement

La primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique suscite de fortes tensions à gauche. Entre coût de participation, candidatures concurrentes et critiques internes, son résultat devra convaincre au-delà des appareils.

Journaliste préparant un sujet sur une primaire politique dans une rédaction locale française, avec micro et carte floue
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En bref

En septembre 2021, le Parti socialiste et Place publique préparent une primaire pour désigner leur candidat à la présidentielle de 2022. Ségolène Royal demande aux personnalités extérieures au scrutin de ne pas le critiquer, tandis que le coût de 15 euros et le périmètre limité du vote alimentent les réserves. La participation sera décisive.

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Que vaut une primaire quand plusieurs figures de la gauche refusent d’y participer, tout en restant intéressées par la présidentielle ? À la mi-septembre 2021, cette question fragilise déjà une tentative de rassemblement avant l’élection présidentielle de 2022.

Une primaire conçue pour départager la gauche social-démocrate

Le Parti socialiste et Place publique ont décidé d’organiser une primaire commune. Le scrutin doit désigner un candidat issu de la gauche socialiste et sociale-démocrate pour la présidentielle de 2022.

Une primaire est une élection organisée par un parti, ou par plusieurs formations, afin de choisir un candidat avant le scrutin officiel. Elle peut mobiliser les seuls adhérents ou s’ouvrir à des sympathisants plus larges.

Dans le dispositif retenu en 2021, les électeurs non adhérents doivent payer 15 euros pour voter. Ségolène Royal critique ce montant, qu’elle attribue à Raphaël Glucksmann. Elle appelle néanmoins les sympathisants à dépasser cet obstacle financier.

Le premier tour est prévu les 9 et 10 octobre 2021. Le second doit se tenir les 16 et 17 octobre, si aucun candidat n’obtient la majorité nécessaire au premier tour.

Ce calendrier laisse peu de temps au futur vainqueur. Il doit rapidement construire une campagne présidentielle, alors que la gauche est déjà divisée entre plusieurs candidatures et plusieurs stratégies.

Ségolène Royal demande aux non-participants de se taire

Candidate à cette primaire, Ségolène Royal a vivement attaqué les responsables de gauche qui refusent d’y prendre part, tout en conservant une ambition présidentielle.

« Tous ceux qui ne participent pas à la primaire devraient s’abstenir de critiquer la primaire, taisez-vous, respectez-nous », a-t-elle déclaré le mardi 15 septembre 2021 sur CNews-Europe 1.

Son message vise notamment François Hollande. L’ancien président n’est alors pas candidat, mais son nom circule dans les hypothèses de candidature. Un sondage publié quelques jours plus tôt le crédite de 7 % dans une configuration présidentielle.

François Hollande s’est pourtant montré réservé sur le principe des primaires. Il estime qu’elles peuvent créer une dynamique, mais aussi coûter cher politiquement à ceux qui les organisent.

« Je sais ce qu’elles peuvent apporter, une dynamique, je sais aussi ce qu’elles peuvent coûter », résume-t-il alors. Cette prudence s’appuie notamment sur l’expérience de 2017, lorsque Benoît Hamon, vainqueur de la primaire socialiste, n’a pas réussi à rassembler durablement la gauche.

Karim Bouamrane, maire socialiste de Saint-Ouen, critique également le processus. Il le juge trop fermé et coûteux. Pour lui, une primaire organisée par un nombre limité de formations ne peut pas prétendre représenter l’ensemble de la gauche.

Deux visions opposées de la légitimité

Pour Ségolène Royal, le débat est désormais tranché : la primaire existe, et ses adversaires doivent attendre le résultat. « Vous avez espéré que la primaire n’existerait pas, maintenant elle existe, attendez le résultat, faites-vous discret », leur lance-t-elle.

Cette position défend une logique simple. Les candidats qui ont accepté les règles doivent pouvoir concourir sans être affaiblis par ceux qui restent à l’extérieur. La primaire offrirait ensuite une légitimité électorale au vainqueur.

Ses détracteurs répondent que cette légitimité reste limitée. Le vote ne concerne pas toute la gauche, mais seulement les électeurs qui acceptent les conditions fixées par le PS et Place publique. Le prix de 15 euros peut notamment décourager les citoyens les plus modestes ou les moins politisés.

Le mécanisme avantage aussi les organisations capables de mobiliser leurs adhérents. À l’inverse, les sympathisants éloignés des partis doivent effectuer une démarche supplémentaire et payer pour participer. Le risque est donc de transformer une primaire ouverte en scrutin dominé par les militants les plus engagés.

Le montant demandé vise aussi à financer l’organisation du vote et à limiter les participations tactiques. Mais cette justification ne règle pas le problème de l’accessibilité. Dans une primaire censée élargir la participation, le coût devient un filtre politique.

Des responsables socialistes contestent d’ailleurs eux-mêmes ce choix. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a dénoncé l’idée d’un vote censitaire, c’est-à-dire d’une participation davantage accessible aux personnes disposant de moyens financiers.

Le précédent de 2011 et l’échec de 2017 pèsent sur le scrutin

La gauche socialiste connaît déjà les effets contradictoires des primaires. En 2011, le scrutin avait créé une forte dynamique autour de François Hollande. Il avait ensuite remporté la présidentielle de 2012.

Cinq ans plus tard, la primaire de 2017 avait produit un résultat très différent. Benoît Hamon avait battu Manuel Valls, mais plusieurs responsables socialistes ne l’avaient pas soutenu pendant la campagne présidentielle. Le candidat avait terminé très loin derrière les principaux prétendants.

Ces expériences nourrissent les arguments des deux camps. Les partisans de la primaire y voient un moyen de départager les candidatures et de donner un visage à une famille politique. Ses adversaires y voient un risque de division supplémentaire, surtout lorsque les perdants ne reconnaissent pas pleinement la victoire du candidat choisi.

Le contexte de 2021 complique encore l’équation. La gauche est éclatée entre le Parti socialiste, les écologistes, La France insoumise et d’autres formations. Plusieurs personnalités souhaitent conserver leur liberté de candidature. Elles refusent donc de laisser une primaire socialiste décider seule de la stratégie de toute la gauche.

Pour les électeurs, l’enjeu est concret. Participer à la primaire revient à soutenir une méthode de désignation, mais aussi à accepter que son résultat puisse modifier l’offre électorale de la gauche. Ne pas participer permet de préserver d’autres options, au risque de renforcer la dispersion des candidatures.

Un débat télévisé pour tenter de crédibiliser la primaire

Les candidats doivent également convaincre au-delà des appareils politiques. Un rendez-vous télévisé est annoncé le dimanche 4 octobre 2021 à 20 h 45 sur BFMTV. L’émission doit être présentée par Apolline de Malherbe et Maxime Switek, en partenariat avec Libération.

Ce débat représente une étape importante. Il doit permettre aux candidats de présenter leurs priorités et de montrer que la primaire ne se limite pas à une rivalité interne. Il peut aussi donner aux électeurs une raison de participer malgré le coût du vote.

La difficulté reste entière. Une forte participation renforcerait le vainqueur. Un scrutin peu mobilisateur donnerait au contraire du poids aux critiques sur une procédure fermée et coûteuse.

Ce qu’il faut surveiller avant le vote

Dans les semaines suivantes, trois éléments doivent être observés : la capacité des candidats à mobiliser les sympathisants, les prises de position des responsables restés à l’écart et le niveau de participation au scrutin.

Le calendrier est serré. Après le premier tour des 9 et 10 octobre, les éventuelles alliances devront se nouer rapidement avant le second tour des 16 et 17 octobre. La question centrale sera alors de savoir si le vainqueur pourra rassembler au-delà du PS et de Place publique.

La primaire doit donc répondre à une double exigence. Elle doit désigner un candidat. Mais elle doit aussi prouver que cette désignation peut encore créer une dynamique électorale dans une gauche profondément fragmentée.

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