Gabriel Attal veut rééquilibrer les pouvoirs, mais doit encore convaincre face à Édouard Philippe en 2027
Gabriel Attal veut porter une réforme constitutionnelle donnant davantage de place aux collectivités. Il tente aussi de se distinguer d’Édouard Philippe et d’assumer l’héritage d’Emmanuel Macron.

Gabriel Attal présente sa candidature à la présidentielle de 2027 autour d’une réforme constitutionnelle destinée à mieux répartir les pouvoirs, notamment avec les collectivités territoriales. Il cherche aussi à se différencier d’Édouard Philippe, tout en reconnaissant sa responsabilité dans le bilan d’Emmanuel Macron et en avançant des pistes sur l’école et les retraites.
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À quoi reconnaîtra-t-on le projet de Gabriel Attal pour 2027 ? À sa volonté de modifier en profondeur les règles du pouvoir, mais aussi de se distinguer d’Édouard Philippe et du bilan d’Emmanuel Macron.
Une candidature qui cherche encore sa place
Gabriel Attal a présenté sa vision de la présidentielle 2027 lors d’une interview diffusée mardi 1er septembre sur France 2. Le candidat de Renaissance veut installer une ligne politique personnelle, alors que le bloc central compte déjà plusieurs prétendants.
Édouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat d’Horizons, occupe une place centrale dans cette compétition. Bruno Retailleau, à droite, entend également peser dans la recomposition du centre et de la droite.
Cette concurrence fragilise l’idée d’une candidature commune. Pourtant, plusieurs responsables du bloc central estiment qu’un seul candidat aurait davantage de chances de se qualifier pour le second tour.
Gabriel Attal défend lui aussi cette perspective. Mais il refuse de renoncer trop tôt à sa propre campagne. « On est dans un temps où chacun doit présenter sa vision », a-t-il expliqué.
Réécrire les règles pour mieux répartir le pouvoir
La proposition la plus institutionnelle concerne la Constitution. Gabriel Attal souhaite une « réforme constitutionnelle profonde » afin de « mieux partager le pouvoir ».
Il cite notamment les collectivités territoriales. Régions, départements et communes pourraient ainsi obtenir davantage de responsabilités ou de marges de décision. Cette orientation répond à une critique ancienne : celle d’un État trop centralisé, qui décide à Paris et laisse aux élus locaux la charge d’appliquer des politiques qu’ils maîtrisent mal.
Modifier la Constitution ne consiste toutefois pas à voter une loi ordinaire. Le texte devrait être adopté dans les mêmes termes par l’Assemblée nationale et le Sénat, puis approuvé par référendum ou par le Parlement réuni en Congrès, à la majorité des trois cinquièmes.
Le projet soulève donc une question politique avant même de devenir juridique : quels pouvoirs seraient transférés, avec quels moyens financiers et sous quel contrôle démocratique ?
Pour les grandes collectivités, une autonomie accrue pourrait faciliter l’expérimentation et l’adaptation des politiques publiques. Pour les communes rurales ou les territoires disposant de moins de ressources, le risque serait différent. Sans mécanisme de péréquation, c’est-à-dire de redistribution entre territoires riches et moins favorisés, la décentralisation pourrait renforcer les écarts.
Se distinguer d’Édouard Philippe sans diviser durablement
Interrogé sur ses différences avec Édouard Philippe, Gabriel Attal a répondu sans détailler l’ensemble de son programme. « Si j’avais le même projet qu’Édouard Philippe, je serais au premier rang de son meeting », a-t-il lancé.
La formule vise à marquer une différence politique. Elle ne suffit pas encore à dessiner deux projets totalement opposés. Les deux hommes ont travaillé sous la présidence d’Emmanuel Macron. Ils défendent tous deux une candidature issue du centre droit et cherchent à attirer une partie de l’électorat modéré.
Leur affrontement porte donc autant sur les idées que sur le leadership. Gabriel Attal veut apparaître comme le candidat d’un renouvellement générationnel et d’une nouvelle étape. Édouard Philippe mise davantage sur son expérience gouvernementale et son implantation politique.
Dans ce contexte, la recherche d’une candidature unique pourrait prendre la forme d’un accord, d’une primaire ou d’un rapport de force. Le comité de liaison du bloc central, qui réunit notamment Renaissance, Horizons, le MoDem et l’UDI, tente de maintenir un dialogue entre ces formations.
Mais les responsables politiques favorables à l’unité ne partagent pas tous la même méthode. Certains veulent départager les candidats rapidement. D’autres préfèrent attendre que les rapports de force électoraux se précisent.
Le bilan Macron : l’héritage difficile à contourner
Gabriel Attal doit aussi répondre à une difficulté majeure : il ne peut pas présenter sa candidature comme une rupture complète avec Emmanuel Macron.
Il a été ministre puis Premier ministre. « J’assume les responsabilités qui ont été les miennes », a-t-il déclaré. Il a également affirmé ne pas vouloir « prendre les Français pour des imbéciles » et reconnu avoir participé au gouvernement.
Cette position présente un avantage. Elle lui permet de revendiquer une expérience concrète de l’État et des décisions publiques. Elle comporte aussi un coût politique. Les électeurs qui contestent le bilan des dernières années peuvent lui demander des comptes sur les réformes menées, les déficits, les services publics ou la méthode de gouvernement.
Le candidat doit donc trouver un équilibre. Il lui faut conserver la crédibilité liée à son expérience, tout en convainquant qu’il peut ouvrir un nouveau cycle.
Cette difficulté concerne aussi Édouard Philippe. Le maire du Havre cherche lui aussi à prendre ses distances avec le macronisme, alors qu’il a dirigé le gouvernement de 2017 à 2020. Le bloc central ne pourra pas seulement compter sur le rejet du Rassemblement national ou de La France insoumise. Il devra présenter un projet suffisamment lisible pour mobiliser au-delà de son socle politique.
École et retraites : les promesses face à la contrainte financière
Gabriel Attal a également évoqué la rémunération des enseignants. Il dénonce la « smicardisation » du métier, un terme qui désigne la baisse relative des salaires et de l’attractivité de la profession.
Une revalorisation pourrait répondre aux difficultés de recrutement et à la perte de pouvoir d’achat. Elle aurait cependant un coût budgétaire important. Elle devrait aussi tenir compte des différences entre débutants, enseignants expérimentés et personnels exerçant dans les établissements les plus difficiles.
La question des retraites impose la même prudence. Interrogé sur une éventuelle désindexation, qui consisterait à augmenter les pensions moins vite que l’inflation, Gabriel Attal a insisté sur la nécessité de « changer notre système ».
Pour les finances publiques, une telle réforme pourrait réduire les dépenses à court terme. Pour les retraités, elle entraînerait une baisse du niveau de vie si les prix progressent plus vite que les pensions. Les ménages modestes seraient particulièrement exposés, car ils consacrent une part plus importante de leur budget aux dépenses contraintes.
Le financement dépendra aussi de l’évolution du nombre de retraités, de l’emploi, des salaires et de la durée de cotisation. Une réforme ne pourra donc pas se limiter à une formule de campagne. Elle devra préciser qui paie, qui bénéficie des mesures et sur quelle trajectoire budgétaire.
Les prochaines étapes de la bataille centriste
Gabriel Attal veut désormais transformer ses prises de position en programme cohérent. La question institutionnelle devra être précisée, notamment sur le rôle du Parlement, des collectivités et des citoyens.
Le bloc central devra également trancher sa méthode de sélection. Tant que plusieurs candidatures restent en concurrence, chaque déplacement et chaque proposition servent à mesurer le rapport de force entre les prétendants.
Les prochains mois seront donc décisifs. Il faudra surveiller les discussions entre Renaissance, Horizons et leurs partenaires, les annonces programmatiques d’Édouard Philippe et la capacité de Gabriel Attal à convertir sa volonté de rupture en mesures chiffrées.



