Marine Le Pen 2027 suspendue au verdict de la justice, le RN prépare déjà l’alternative Bardella
Le 7 juillet, la cour d’appel de Paris dit si Marine Le Pen peut encore viser l’Élysée en 2027. Au RN, la perspective d’un plan B avec Jordan Bardella s’impose déjà.

À quelques mois de 2027, le RN joue bien plus qu’un dossier judiciaire
Une seule question domine désormais au RN : Marine Le Pen pourra-t-elle encore être la candidate naturelle de son camp en 2027, ou faudra-t-il basculer vers Jordan Bardella ? Ce 7 juillet 2026, la cour d’appel de Paris doit rendre son arrêt dans l’affaire des assistants parlementaires européens, et cette décision peut verrouiller — ou rouvrir — l’horizon présidentiel du parti.
Le sujet dépasse le seul RN. Il touche à une règle simple : en France, une condamnation peut entraîner une peine d’inéligibilité, c’est-à-dire l’interdiction de se présenter à une élection pendant une durée donnée. Le code électoral prévoit aussi, selon les cas, que l’inéligibilité s’applique à toutes les élections.
Ce que dit le dossier, et pourquoi il pèse autant
L’affaire remonte à l’emploi d’assistants parlementaires européens payés avec des fonds du Parlement européen, mais présentés comme travaillant en réalité pour le parti en France. En première instance, en mars 2025, Marine Le Pen a été reconnue coupable de détournement de fonds publics. Le tribunal a chiffré le préjudice à 2,9 millions d’euros et a décrit un système organisé, selon la formulation retenue dans le jugement.
La peine prononcée alors a été lourde : cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate, quatre ans de prison dont deux ferme aménagés sous bracelet, et une amende. C’est cette exécution immédiate qui a tout changé politiquement. Sans elle, la sanction reste grave. Avec elle, elle ferme aussitôt la porte d’une nouvelle candidature.
En appel, les débats se sont terminés en février 2026, et la cour a fixé la date de décision au 7 juillet à 13 h 30. Le parquet général a de nouveau requis cinq ans d’inéligibilité, mais sans demander cette fois l’exécution immédiate de la peine. La différence est majeure : une peine sans exécution provisoire laisse davantage de place à des recours, alors qu’une peine exécutoire bloque tout de suite une candidature.
Ce que cela change concrètement pour Marine Le Pen et pour Jordan Bardella
Pour Marine Le Pen, l’enjeu est brutal. Si la cour d’appel confirme une inéligibilité suffisamment longue et assortie d’une exécution immédiate, elle ne pourra pas se présenter à la présidentielle de 2027. Si la peine est allégée à deux ans ou moins, plusieurs sources judiciaires relèvent qu’elle resterait théoriquement éligible. Entre ces deux bornes, toute une stratégie politique se joue.
Pour le parti, le gain ou la perte ne sont pas les mêmes selon le visage affiché. Marine Le Pen apporte l’expérience, la notoriété et une base militante qui la connaît par cœur. Jordan Bardella offre, lui, un profil plus jeune et plus lisse, déjà testé dans l’opinion. Mais il reste moins installé sur certains dossiers lourds, notamment économiques et internationaux. C’est l’une des raisons pour lesquelles le RN a gardé, jusqu’au bout, une ligne officielle très prudente sur le fameux « plan B ».
Cette différence se lit aussi dans les sondages. En 2026, les baromètres Ifop montrent Bardella en tête des intentions ou des pronostics de candidature au sein de l’espace RN, tandis que Marine Le Pen reste très présente dans les souhaits et les projections de vote. Autrement dit, le parti ne choisit pas entre un héritier faible et une cheffe incontestable. Il arbitre entre deux atouts, mais pas pour les mêmes électeurs ni au même horizon.
Le RN s’organise, mais ses adversaires n’ont pas la même lecture
Depuis la condamnation de première instance, le RN a réagi en bloc, dénonçant une décision politique et lançant une stratégie de mobilisation autour de Marine Le Pen. Jordan Bardella a organisé une manifestation de soutien, tandis que plusieurs responsables du camp présidentiel ont répondu qu’il n’y avait rien d’exceptionnel à voir une peine prononcée et exécutée. La ligne de fracture est claire : le RN parle de démocratie confisquée, ses adversaires parlent d’État de droit.
Ce désaccord bénéficie aussi à des camps différents. Le RN gagne à transformer la procédure en récit politique, car cela ressoude ses rangs et maintient Marine Le Pen au centre du jeu. Ses opposants, eux, ont intérêt à faire de cette affaire un rappel simple : un candidat potentiel n’est pas au-dessus des règles de financement public. Dans une présidentielle, la distinction compte, parce qu’elle touche autant la morale publique que la crédibilité du projet de pouvoir.
Le parti a aussi préparé le terrain de l’après. Marine Le Pen a fini par admettre qu’elle avait demandé à Jordan Bardella de se tenir prêt, tout en répétant qu’elle entendait se battre pour rester candidate. En parallèle, le RN a continué à travailler son implantation locale, avec les municipales comme étape intermédiaire. C’est logique : un parti qui vise l’Élysée a besoin d’élus, de maires, de réseaux et de relais territoriaux, pas seulement d’une figure nationale.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
À court terme, tout dépend de l’arrêt de la cour d’appel de Paris. S’il confirme une forte inéligibilité, le RN devra rendre public, très vite, le visage de sa campagne 2027. S’il allège la sanction, Marine Le Pen peut reprendre la main, mais avec une épée judiciaire au-dessus d’elle : un éventuel pourvoi en cassation, qui pourrait encore prolonger l’incertitude. La décision du jour ne clôt donc pas forcément le dossier. Elle dit surtout si le RN entre en campagne avec sa candidate historique, ou avec son successeur déjà prêt dans le rang.



