Présidentielle 2027 : comment Jordan Bardella transforme la réélection au RN en tremplin national
Seul candidat à sa succession, Jordan Bardella devrait conserver la présidence du RN lors du congrès d’octobre. Le parti prépare déjà la présidentielle de 2027, entre ancrage local, unité affichée et succession possible de Marine Le Pen.

Jordan Bardella devrait être reconduit à la présidence du Rassemblement national lors du congrès d’octobre, où il est le seul candidat. Le parti organisera ensuite son premier grand meeting présidentiel. Cette séquence renforce le rôle de Bardella dans la préparation de 2027, sans régler officiellement la question de la candidature du RN.
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Jordan Bardella peut-il préparer la présidentielle de 2027 tout en restant officiellement concentré sur la direction de son parti ? Au Rassemblement national, les deux calendriers avancent désormais presque côte à côte. Pour les militants, le congrès d’octobre servira à élire un président du mouvement. Pour le pays, il devrait surtout montrer qui porte déjà la prochaine bataille présidentielle.
Un congrès interne qui ressemble déjà à une rampe de lancement
Le Rassemblement national réunira ses adhérents à Orléans les 24 et 25 octobre 2026. Le samedi, les résultats de l’élection à la présidence du parti seront annoncés. Le lendemain, un grand meeting lancera la campagne présidentielle, selon le calendrier publié par le mouvement.
Jordan Bardella est le seul candidat déclaré à sa propre succession. Il devrait donc conserver la présidence du RN, qu’il exerce depuis novembre 2022. À l’époque, il avait été élu avec 85 % des voix face à Louis Aliot.
Le vote interne se déroulera en ligne du 21 septembre au 22 octobre. Seuls les adhérents à jour de cotisation au 20 septembre pourront participer. Les candidatures à la présidence nécessitaient aussi le parrainage d’au moins 20 % des membres du conseil national élargi.
Ce mécanisme donne au scrutin une portée très différente de celle d’une primaire ouverte. Les électeurs concernés sont les membres du parti, pas l’ensemble des Français. Le congrès ne désignera donc pas juridiquement le candidat à l’élection présidentielle.
Mais son calendrier ne doit rien au hasard. Le meeting présidentiel est programmé dès le lendemain de la réélection attendue de Bardella. Le parti organise ainsi une continuité visuelle et politique entre la direction du mouvement et la préparation de 2027.
À Breteuil, le parti entretient son ancrage local
Cette séquence a commencé dans les fédérations. Le samedi 19 septembre, Jordan Bardella a participé à la rentrée commune des militants de l’Oise, de la Somme et de l’Aisne, à Breteuil, dans l’Oise.
La commune compte environ 4 000 habitants. Elle se situe au bord de l’autoroute A16 et constitue un point de rencontre pour les trois fédérations picardes du RN. Le parti y avait organisé une « grande fête » militante.
Le choix du lieu rappelle la stratégie du mouvement. Le RN ne veut plus apparaître comme une force limitée aux grands rendez-vous nationaux. Il cherche à montrer que sa progression repose aussi sur des réseaux départementaux, des élus locaux et des rendez-vous réguliers avec ses adhérents.
Breteuil offre également un symbole électoral favorable. La commune avait placé Marine Le Pen en tête au premier tour de la présidentielle de 2022, avec 42 % des suffrages. Elle a aussi élu une députée RN, Claire Marais-Beuil, lors des législatives.
Le rassemblement réunissait des militants de l’Oise, de la Somme et de l’Aisne. Ce choix dépasse donc la seule animation locale. Il permet à Bardella de s’adresser à une base militante attachée à ses territoires, alors que le RN défend parallèlement un discours très centralisé sur l’État et la nation.
Le paradoxe d’un parti qui se méfie des régions
Le rassemblement picard crée un paradoxe politique. Le RN s’appuie sur des fédérations départementales et sur des identités territoriales fortes. Pourtant, le parti a longtemps critiqué l’organisation régionale issue des réformes territoriales.
Marine Le Pen défend encore la suppression des régions. Elle leur reproche notamment d’ajouter un niveau administratif et de compliquer la répartition des compétences. Cette position cohabite avec un travail militant fondé sur des implantations locales très concrètes.
Pour le RN, les départements et les communes servent de relais électoraux. Ils permettent de recruter, de former des candidats et de rendre le parti visible en dehors des grandes villes. Pour les élus locaux, cette implantation peut aussi faciliter l’accès aux investitures et aux responsabilités.
La contrepartie est claire. Les militants de terrain doivent faire vivre une ligne nationale décidée par la direction. Ils défendent leurs particularités locales, mais leurs campagnes restent structurées par les thèmes fixés à Paris : immigration, sécurité, pouvoir d’achat et souveraineté.
Bardella, président du parti et possible visage de 2027
Le congrès intervient dans un contexte particulier pour le RN. Marine Le Pen demeure la figure historique du mouvement et conserve une forte influence sur ses orientations. Jordan Bardella apparaît toutefois comme le principal relais de la génération suivante.
Sa réélection à la tête du parti renforcerait cette position. Elle ne suffirait pas à trancher la question de la candidature présidentielle. Elle installerait néanmoins Bardella comme le responsable chargé de préparer l’échéance, de mobiliser les adhérents et de porter le discours national du RN.
Le parti présente Marine Le Pen et Jordan Bardella comme un tandem. Cette organisation permet de préserver l’unité interne. Elle évite aussi, pour l’instant, de transformer la succession en affrontement public.
Mais cette unité a ses limites. Les deux dirigeants ne portent pas toujours les mêmes priorités. Bardella cherche à élargir son audience et à incarner une génération plus jeune. Marine Le Pen conserve une expérience électorale, une histoire politique et une relation particulière avec le socle traditionnel du parti.
Cette différence peut peser sur la ligne du RN. Un discours plus centré sur l’autorité et l’identité peut mobiliser le noyau militant. Une approche davantage tournée vers le pouvoir d’achat et la crédibilité gouvernementale peut viser des électeurs plus hésitants. Le parti devra combiner ces publics sans brouiller son message.
Le débat porte aussi sur la place des adhérents. Ils éliront le président du RN, mais ils ne décideront pas directement du candidat à la présidentielle. Cette distinction donne à la direction une marge de manœuvre importante. Elle permet de reporter l’arbitrage final tout en lançant déjà la campagne sur le terrain.
Ce qu’il faudra surveiller à Orléans
La première échéance est fixée au lundi 21 septembre 2026. Le vote électronique des adhérents doit commencer ce jour-là. Il se terminera le jeudi 22 octobre, deux jours avant l’annonce des résultats au congrès.
Il faudra ensuite observer le discours prononcé le samedi 24 octobre. Le score de Bardella, même sans adversaire, donnera un indicateur de mobilisation et d’adhésion interne. La composition du conseil national sera également importante. Cette instance joue un rôle central dans l’équilibre des pouvoirs au sein du parti.
Enfin, le meeting du dimanche 25 octobre constituera le véritable test politique. Le RN devra montrer s’il présente une candidature déjà arrêtée ou s’il maintient encore une formule à deux visages autour de Marine Le Pen et de Jordan Bardella.
Le congrès d’Orléans ne sera donc pas seulement un rendez-vous statutaire. Il dira jusqu’où le RN veut personnaliser sa préparation présidentielle autour de Bardella, tout en conservant l’autorité de Marine Le Pen sur son camp.



