Présidentielle 2027 : la hausse des salaires enseignants peut-elle améliorer l’école sans fermer de classes ?
Raphaël Glucksmann propose une hausse immédiate de 10 % pour les enseignants, jusqu’à 25 % dans certains cas. Son plan mise aussi sur l’encadrement des élèves et la mixité sociale.

Raphaël Glucksmann veut revaloriser les salaires enseignants de 10 % pour tous, puis davantage selon la carrière et le niveau d’enseignement. Il estime la mesure à 6 milliards d’euros et souhaite utiliser la baisse démographique pour renforcer l’encadrement, plutôt que fermer automatiquement des classes. Son projet inclut aussi des objectifs de mixité sociale dans les établissements subventionnés.
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Un professeur des écoles en milieu de carrière peut-il encore vivre correctement de son métier, tout en faisant face à des classes chargées et à une charge de travail croissante ? C’est sur cette question très concrète que Raphaël Glucksmann veut placer l’un des premiers axes de sa campagne pour l’élection présidentielle de 2027.
Une hausse immédiate de 10 % pour tous les enseignants
Le député européen et candidat à la présidentielle a présenté, dimanche 30 août 2026, plusieurs mesures de son futur « Plan école ». Il doit en détailler le contenu au début de la semaine du 31 août.
Sa proposition centrale est claire : augmenter de 10 % les salaires de l’ensemble des enseignants. Cette hausse générale serait ensuite complétée par des augmentations progressives, liées à l’évolution de la carrière.
« Il faut augmenter le salaire des enseignants », a déclaré Raphaël Glucksmann. Il souhaite « une augmentation pour tous de 10 %, et ensuite, une augmentation graduelle en fonction de la carrière ».
Le candidat estime que cette revalorisation doit être différenciée. Autrement dit, tous les enseignants bénéficieraient d’une première hausse, mais certains pourraient obtenir davantage selon leur ancienneté, leur niveau d’enseignement ou leur situation professionnelle.
Raphaël Glucksmann avance un coût total de 6 milliards d’euros pour cette réforme. Ce montant reste, à ce stade, une estimation politique. Son financement et son calendrier devront être précisés dans le « Plan école » complet.
Le primaire au cœur du rattrapage salarial
Le candidat de Place publique cible particulièrement les professeurs des écoles. Il juge leur rémunération insuffisante au regard de leur niveau de qualification et de leurs responsabilités.
« Aujourd’hui, les enseignants en France sont les plus maltraités d’Europe », a-t-il affirmé. Il a notamment comparé la situation française à celle de pays comme la Slovénie ou le Portugal, où les enseignants du primaire seraient mieux rémunérés selon les indicateurs retenus.
Ces comparaisons doivent toutefois être lues avec prudence. Les statistiques internationales ne mesurent pas toutes la même chose. Certaines comparent les salaires statutaires, prévus par les grilles. D’autres prennent en compte les rémunérations effectivement perçues, les primes, les heures supplémentaires et le niveau général des prix.
Les données de l’OCDE sur la rémunération des enseignants montrent néanmoins un problème récurrent pour la France : la rémunération des professeurs demeure particulièrement faible en début et en milieu de carrière par rapport à celle de nombreux diplômés du supérieur.
Le cas des enseignants du premier degré est central. Raphaël Glucksmann estime qu’un professeur des écoles situé au milieu de sa carrière pourrait bénéficier d’une hausse totale allant jusqu’à 25 %. Cette progression serait cumulative : elle additionnerait la hausse générale de 10 % et les mesures ciblées sur la carrière.
Cette priorité répond aussi à une réalité professionnelle. Dans le primaire, les enseignants disposent de moins de possibilités d’heures supplémentaires que leurs collègues du collège et du lycée. Les primes et les compléments de rémunération y sont également plus limités.
Transformer la baisse du nombre d’élèves en moyens supplémentaires
Le projet ne porte pas uniquement sur les salaires. Raphaël Glucksmann veut utiliser la baisse démographique pour améliorer les conditions d’enseignement.
Son objectif est de ne pas réduire mécaniquement le nombre de classes ou d’écoles lorsque les effectifs diminuent. Il propose plutôt d’augmenter le taux d’encadrement, c’est-à-dire le nombre d’enseignants disponibles pour un certain nombre d’élèves.
La tendance démographique donne une importance particulière à ce débat. D’après les projections de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, les effectifs du premier degré devraient continuer à baisser jusqu’en 2029.
Pour la rentrée 2025, le ministère anticipait déjà une diminution de 27 200 élèves dans le premier degré. La baisse devait ensuite s’accentuer jusqu’à la rentrée 2028, avant de ralentir en 2029.
Pour les familles, l’enjeu est concret. Une baisse du nombre d’élèves peut permettre de réduire les effectifs par classe, de renforcer le remplacement des enseignants absents ou de mieux accompagner les élèves en difficulté. Mais elle peut aussi entraîner des fermetures d’écoles, surtout dans les communes rurales et les territoires où chaque classe compte.
Le choix dépend donc de l’usage qui sera fait des postes libérés par la démographie. Ils peuvent devenir une marge d’économie budgétaire. Ils peuvent aussi servir à améliorer l’encadrement, la formation et l’accompagnement des élèves.
La mixité sociale, autre pilier du projet
Le candidat veut également faire de la mixité sociale une priorité. Il dénonce une mise en concurrence entre l’école publique et des établissements privés sous contrat, qui bénéficient de financements publics.
Son objectif est d’imposer des règles de mixité sociale à toutes les écoles subventionnées par l’État. Cette proposition viserait donc aussi le secteur privé sous contrat, dans lequel les familles ne sont pas réparties de la même manière que dans le public.
Le sujet est politiquement sensible. Les défenseurs d’un encadrement renforcé estiment que la concentration des élèves favorisés dans certains établissements accentue les écarts de réussite et fragilise les écoles accueillant les publics les plus précaires.
À l’inverse, les établissements privés sous contrat mettent généralement en avant la liberté de choix des familles et leur projet pédagogique. Les mesures de mixité pourraient modifier leur recrutement. Elles pourraient aussi susciter des résistances locales, notamment dans les zones où le privé occupe une place importante.
Une promesse qui devra être financée et organisée
Raphaël Glucksmann n’est pas le seul candidat à mettre la rémunération des enseignants au centre de la présidentielle. Édouard Philippe a déjà proposé une hausse de 20 % sur cinq ans. Les deux projets diffèrent cependant par leur rythme et par la manière de cibler les augmentations.
Une revalorisation salariale ne règle pas tout. Les syndicats enseignants demandent aussi des effectifs suffisants, un remplacement plus efficace, une réduction de la charge administrative et une meilleure reconnaissance du travail effectué en dehors des heures de cours.
Le coût annoncé de 6 milliards d’euros devra donc être mis en regard des autres priorités de l’Éducation nationale. Le ministère compte environ 1,2 million d’agents, dont une large majorité travaille dans les établissements scolaires. Toute réforme salariale aurait un effet durable sur les dépenses publiques.
Le détail du dispositif sera décisif. Une hausse uniforme profiterait immédiatement à tous les enseignants. Une progression davantage concentrée sur les débuts et les milieux de carrière pourrait renforcer l’attractivité du métier. En revanche, des critères trop complexes risqueraient de créer de nouvelles différences entre personnels.
Les prochaines étapes à surveiller
Raphaël Glucksmann doit présenter plus précisément son « Plan école » au début de la semaine du 31 août 2026. Il faudra alors vérifier trois éléments : le calendrier de la hausse de 10 %, les critères retenus pour les augmentations supplémentaires et les recettes mobilisées pour financer la mesure.
La suite de la campagne permettra aussi de comparer les propositions des autres candidats. Le débat ne portera pas seulement sur le montant des hausses. Il concernera également l’usage de la baisse démographique, l’avenir des petites écoles et les règles de mixité sociale dans les établissements financés par l’argent public.



