Primaire à gauche : pourquoi le PS hésite encore entre un vote de rassemblement et une désignation plus directe pour 2027
Karim Bouamrane juge la primaire de gauche trop lourde et trop tardive pour 2027. En parallèle, il défend une réponse locale au narcotrafic, fondée sur l’aménagement urbain et la reprise de l’espace public.

À gauche, la question n’est plus seulement de savoir qui sera candidat en 2027. Elle est déjà plus simple, et plus brutale : faut-il encore organiser une primaire, ou passer tout de suite à une autre méthode pour éviter une nouvelle guerre interne ?
Ce débat arrive dans un PS encore travaillé par ses lignes de fracture. Olivier Faure défend depuis plusieurs mois une primaire de la gauche et des écologistes, avec une date annoncée au 11 octobre 2026. Boris Vallaud, lui, a pris ses distances avec la direction socialiste début mai 2026, ce qui a affaibli le camp des partisans du processus. Le congrès socialiste de 2025 avait pourtant confirmé Olivier Faure à la tête du parti, avec 51,15 % des voix exprimées, mais sans effacer les tensions de fond.
La primaire, un outil contesté
Karim Bouamrane ne cache pas sa ligne. Le maire socialiste de Saint-Ouen-sur-Seine juge que « tout le projet primaire prend du plomb dans l’aile ». Il reprend surtout un argument qu’il porte depuis longtemps : une primaire coûte du temps, de l’énergie et de l’argent, alors que la présidentielle de 2027 se rapproche vite. Son idée est claire : à moins d’un an de l’échéance, le calendrier devient trop serré pour construire une campagne lisible et solide.
Cette position a des bénéficiaires évidents. Elle favorise ceux qui veulent aller plus vite vers une désignation plus politique, plus resserrée, voire plus négociée entre formations. Elle sert aussi les responsables socialistes qui redoutent qu’une primaire ne transforme un débat d’idées en bataille de clans, avec un vainqueur fragile et des perdants rancuniers. À l’inverse, le camp d’Olivier Faure parie sur un autre calcul : sans mécanisme de sélection commun, la gauche risque de partir encore plus divisée en 2027.
Le conflit est donc moins tactique qu’on ne le dit souvent. Il oppose deux visions de la reconstruction à gauche. D’un côté, la primaire comme moyen d’agréger des forces dispersées. De l’autre, une construction plus politique, avec des accords de fond avant de trancher la tête de liste. La récente défection de Boris Vallaud de la direction du PS a donné du poids à cette seconde lecture, même si elle ne règle rien.
Dans les villes, le narcotrafic laisse une trace durable
Karim Bouamrane a aussi parlé d’un autre sujet très concret pour les habitants : le narcotrafic. À Saint-Ouen, comme dans beaucoup de villes populaires d’Île-de-France, le sujet ne se limite pas aux interpellations et aux saisies. Après la fermeture d’un point de deal, la difficulté commence souvent ensuite : empêcher le retour du trafic, garder l’espace public ouvert, et éviter qu’un quartier bascule dans une économie parallèle.
Le maire insiste sur l’aménagement urbain. Il parle de « redémocratiser ce que j’appelle le beau ». Derrière cette formule, il y a une idée très simple : un quartier qui se dégrade attire plus facilement la domination de quelques groupes sur les rues, les halls et les commerces. À l’inverse, des espaces entretenus, lumineux et habités limitent la privatisation de l’espace public. Cette approche ne remplace pas la police. Elle la complète.
Ce raisonnement rejoint d’ailleurs une partie des outils mis en avant par l’État. Le ministère de l’Intérieur rappelle que la lutte contre les stupéfiants passe à la fois par le démantèlement des points de deal, la sanction des consommateurs, le contrôle des flux et des mesures de prévention. La loi du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic a aussi renforcé l’arsenal contre la criminalité organisée. Pour les collectivités, cela signifie une chose : la réponse ne se joue pas seulement dans les commissariats, mais aussi dans l’urbanisme, l’école, l’emploi et la présence du service public.
Qui paie, qui gagne, et ce qu’il faut surveiller
Sur la primaire, les grands gagnants d’un maintien du calendrier seraient les équipes qui croient encore à une recomposition large de la gauche autour d’une candidature commune. Les perdants potentiels sont ceux qui craignent un processus chronophage et une séquence de déchirement public. En clair, la primaire peut produire de l’unité si elle est acceptée par tous. Mais elle peut aussi accélérer l’éclatement si elle sert de champ de bataille à des ambitions incompatibles.
Sur le narcotrafic, les habitants des quartiers les plus exposés sont les premiers touchés par la fermeture ou le retour des points de deal. Les commerçants, les bailleurs sociaux, les associations de quartier et les élus locaux vivent aussi la même équation : quand le trafic recule, le quotidien respire un peu. Quand il revient, il impose sa loi. Les grands perdants restent les plus jeunes, surtout quand le trafic devient une option d’emploi de fait, faute d’autres débouchés visibles.
La suite se jouera donc sur deux fronts. À gauche, il faudra voir si la date du 11 octobre tient encore face aux divisions internes. Dans les villes concernées par le trafic, il faudra observer si les mesures de sécurisation et d’aménagement tiennent dans la durée, ou si les points de deal se reforment dès que la pression policière baisse. C’est là que se mesure, très concrètement, la solidité des discours.



