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INTERNATIONAL

Au Liban, la France et l’Italie veulent éviter un vide sécuritaire avec une coalition pour le Liban après la Finul

Paris et Rome proposent une coalition multinationale pour prendre le relais de la Finul au Liban. L’objectif est d’éviter un vide sécuritaire au sud du pays et de soutenir davantage l’armée libanaise.

Dans une rédaction parisienne, un journaliste consulte un écran avec une carte européenne abstraite sur le Liban.

Dans le sud du Liban, qui prend le relais si l’ONU part ?

La question est simple, mais décisive : qui surveille la frontière entre le Liban et Israël si la Finul s’efface ? Paris et Rome veulent éviter un vide sécuritaire. Leur réponse tient en une idée : une coalition multinationale, centrée sur le soutien à l’armée libanaise.

Cette séquence arrive à un moment sensible. Le Conseil de sécurité a prolongé une dernière fois le mandat de la Finul jusqu’au 31 décembre 2026, avant un désengagement organisé. Il a aussi demandé au secrétaire général de présenter, avant le 1er juin 2026, des options pour l’après-Finul. Autrement dit, l’horloge tourne déjà.

Une mission née en 1978, durcie en 2006, puis rattrapée par la crise

La Finul n’est pas une force classique de combat. Créée en 1978, elle a été renforcée après la guerre de 2006 pour surveiller la cessation des hostilités, accompagner l’armée libanaise au sud du pays et faciliter l’aide humanitaire. Son mandat repose sur la résolution 1701 du Conseil de sécurité, toujours la boussole juridique du dossier.

Mais la mission a été prise dans l’engrenage des violences récentes. En mars 2026, le secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de paix a décrit devant le Conseil de sécurité des frappes quotidiennes, des ordres de déplacement émis par l’armée israélienne dans la zone d’opérations de la Finul et des violations continues de la résolution 1701. L’ONU dit aussi que six Casques bleus ont été tués depuis la reprise des hostilités.

Ce que Paris et Rome mettent sur la table

Jeudi 25 juin 2026, Emmanuel Macron a expliqué vouloir bâtir avec l’Italie une “coalition” appelée à succéder à la Finul. L’idée est de donner un mandat “le plus clair” possible, une mission “la plus efficace” possible et un format “avec le plus de monde possible”, a-t-il dit, tout en précisant que cette structure viendrait en appui des forces armées libanaises.

Le message français n’est pas nouveau. Le 19 juin, le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait déjà indiqué que la France était prête à maintenir des soldats au Liban après la Finul, en lien avec les autorités locales. De son côté, l’Italie a confirmé à plusieurs reprises qu’elle cherchait, avec les partenaires de l’ONU et de l’Union européenne, une “nouvelle voie” pour la stabilisation du pays après la mission onusienne.

Rome n’est pas un acteur secondaire. L’Italie commande la Finul et fournit le plus gros contingent national, selon son ministère des affaires étrangères. Elle a aussi dit financer des actions bilatérales pour renforcer les capacités logistiques et infrastucturelles de l’armée libanaise, notamment via les missions MIBIL et MTC4L.

Ce que cela changerait concrètement sur le terrain

Pour le Liban, l’enjeu est d’abord politique. Une coalition multinationale pourrait éviter une disparition brutale de la présence internationale au sud du pays. Elle offrirait aussi un filet de sécurité pendant que l’armée libanaise tente de reprendre davantage de contrôle. Le président Joseph Aoun a d’ailleurs salué l’initiative franco-italienne, y voyant un soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban.

Pour l’armée libanaise, le bénéfice serait clair : du temps, des moyens, et une expertise que la seule institution nationale ne peut pas encore entièrement remplacer. L’ONU et plusieurs analyses soulignent que la future architecture devra aider le déploiement de l’armée au sud du Litani, là où se joue une grande partie du rapport de force. C’est aussi ce que le Conseil de sécurité a demandé d’explorer pour l’après-Finul.

Pour les habitants du Sud, l’enjeu est immédiat. Une présence internationale peut limiter le risque d’incidents et maintenir des canaux de coordination. Mais elle ne règle ni les destructions, ni les déplacements, ni les frappes. La sécurité quotidienne dépendra surtout de la capacité des acteurs locaux et extérieurs à tenir le cessez-le-feu et à empêcher une nouvelle escalade.

Les réserves sont réelles, et elles ne viennent pas seulement d’Israël

Dans ce dossier, chacun a ses intérêts. La France et l’Italie cherchent à préserver une présence européenne dans un dossier où l’ONU risque de se retirer. Le Liban veut éviter un trou noir sécuritaire. Israël, lui, préfère réduire au minimum toute présence internationale qui limiterait sa liberté d’action face à ce qu’il considère comme une menace à sa frontière nord. Plusieurs analyses notent aussi qu’un nouveau dispositif exigerait un mandat clair du Conseil de sécurité et un soutien durable des capitales contributrices.

Il existe aussi une critique plus structurelle : une mission de transition ne suffit pas si le cadre politique reste fragile. Des centres de recherche rappellent que la stabilité durable dépendra autant d’un accord régional et d’un consensus libanais sur le monopole de la force que du format exact de la future présence internationale. En clair, la coalition peut contenir la crise, mais pas la résoudre à elle seule.

La France et l’Italie avancent donc avec un argument pragmatique : mieux vaut une structure de relais, même imparfaite, qu’un départ sec de la Finul. Le coût politique d’un échec serait élevé pour les deux pays, mais surtout pour le Liban, qui subirait en première ligne le retour des ambiguïtés militaires dans le sud.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines

Le prochain jalon est précis : le rapport attendu du secrétaire général de l’ONU sur les options post-Finul, demandé pour le 1er juin 2026, puis la traduction diplomatique de ce travail dans les discussions entre membres du Conseil de sécurité. Il faudra aussi suivre la capacité de Paris et de Rome à rallier d’autres contributeurs européens ou arabes, sans quoi la “coalition” restera un mot plus qu’un dispositif.

Sur le terrain, l’autre variable sera la tenue du cessez-le-feu et l’évolution des opérations autour de la ligne bleue. Si les violences repartent, toute architecture de remplacement deviendra plus difficile à bâtir. Si elles se calment, la discussion pourra enfin porter sur le cœur du sujet : qui garantit, demain, la sécurité au sud du Liban.

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