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INTERNATIONAL

En Algérie, la fermeté réclamée par le RN bouscule la stratégie de Darmanin sur les relations France Algérie

Gérald Darmanin se rend en Algérie pour relancer la coopération judiciaire et évoquer le cas de Christophe Gleizes. Le RN, lui, pousse une ligne de fermeté et veut revoir les accords de 1968.

Réunion diplomatique bilatérale dans un salon ministériel français, avec deux silhouettes en costume et un drapeau tricolore discret.

Pourquoi Paris remet l’Algérie au centre de l’agenda judiciaire

Quand un Français est détenu à l’étranger, la question devient vite très concrète : peut-il être visité, défendu, transféré, ou simplement jugé dans des conditions normales ? C’est le cœur du dossier Christophe Gleizes, journaliste français emprisonné en Algérie depuis 2025, et l’un des sujets que Gérald Darmanin doit évoquer à Alger ce lundi 18 mai.

Cette visite s’inscrit dans un moment de détente prudente entre Paris et Alger, après une longue séquence de crispation politique et judiciaire. Depuis plusieurs mois, les deux capitales ont recommencé à rouvrir des canaux de discussion, notamment sur la coopération sécuritaire et judiciaire. Mais la relation reste fragile, parce qu’elle touche à des sujets très sensibles des deux côtés : expulsions, dossiers judiciaires, mémoire coloniale et pressions politiques internes.

Ce que Gérald Darmanin va chercher à Alger

Le garde des Sceaux doit d’abord parler justice. Selon les éléments disponibles, l’objectif affiché est de rétablir des liens de travail entre les deux appareils judiciaires, abîmés par des mois de tensions. Le dossier Christophe Gleizes reste au centre des échanges, avec l’espoir d’obtenir au minimum des avancées concrètes sur sa situation carcérale et ses voies de recours.

Le cas du journaliste est devenu un symbole. Arrêté en 2024 puis condamné à sept ans de prison pour des accusations liées au terrorisme, il a vu sa situation se durcir au fil de la crise diplomatique entre les deux pays. Sa détention illustre une réalité simple : quand les relations bilatérales se dégradent, les dossiers individuels deviennent souvent des otages politiques, même si chaque gouvernement nie cette logique.

Sur le terrain pratique, la visite peut aussi servir à débloquer des échanges administratifs et judiciaires plus larges. Pour la France, cela concerne notamment l’exécution de demandes d’entraide, les personnes à remettre aux autorités françaises et, plus largement, la coopération contre les réseaux criminels transnationaux. Pour Alger, l’enjeu est tout autre : montrer qu’elle reste maîtresse du tempo diplomatique et qu’elle ne cède pas à la pression publique française.

La ligne dure du RN : à qui profite ce discours ?

Laurent Jacobelli, porte-parole du Rassemblement national, a choisi l’angle frontal. Il appelle à arrêter ce qu’il décrit comme une « diplomatie de la courbette » et à lui préférer une « diplomatie de la fermeté ». Politiquement, ce discours profite d’abord à son camp : il permet d’installer l’idée qu’avec Alger, la France doit parler plus sèchement, conditionner ses gestes et ne rien concéder sans contrepartie visible.

Le RN pousse aussi une autre ligne, plus structurée : la remise en cause des accords franco-algériens du 27 décembre 1968. Ces accords organisent un régime particulier pour la circulation, le séjour et l’emploi des ressortissants algériens en France. Ils ont déjà été pris pour cible à l’Assemblée nationale, où une résolution visant à les dénoncer a été adoptée à l’automne 2025.

Cette proposition parle à un électorat qui voit dans ces accords un symbole d’exception migratoire. Mais elle se heurte à une autre réalité : ces textes structurent depuis des décennies un pan entier de la relation franco-algérienne. Les toucher ne relève pas d’un simple geste politique. Cela ouvrirait un bras de fer juridique, diplomatique et administratif, avec des effets sur des milliers de familles, de travailleurs et d’usagers des préfectures.

Ce que changerait une fermeté assumée

Dans le récit du RN, la fermeté protège la souveraineté française. En pratique, elle viserait à rendre tout échange plus conditionnel : coopération judiciaire contre coopération judiciaire, geste consulaire contre geste consulaire, et éventuellement pression sur le dossier migratoire. Les partisans de cette ligne y voient un moyen de sortir d’une relation jugée asymétrique depuis trop longtemps.

Mais la contrepartie est immédiate. Plus la France durcit le ton, plus elle prend le risque de bloquer des dossiers concrets : extraditions, échanges de magistrats, visites consulaires, et protection de ses propres ressortissants détenus en Algérie. Autrement dit, la fermeté peut donner une satisfaction politique rapide, mais elle peut aussi ralentir les canaux utiles pour obtenir des résultats tangibles.

Le gouvernement, lui, joue une partition différente. Il cherche à montrer qu’un contact direct avec Alger peut produire quelque chose de concret, sans renoncer à la pression politique. Cette approche bénéficie surtout aux acteurs qui veulent des résultats rapides : familles, diplomates, magistrats, et services chargés des expulsions ou de l’entraide pénale. Elle expose en revanche l’exécutif à une critique classique : parler à Alger serait-il un signe de pragmatisme, ou une faiblesse ?

Le vrai test des prochains jours

Le point à surveiller, c’est d’abord la suite donnée à la visite de Darmanin et à la visite annoncée à Paris de son homologue algérien dans les prochains jours. Si ces échanges produisent des gestes visibles sur le dossier Gleizes ou sur la coopération judiciaire, l’apaisement pourra se consolider. Sinon, le retour des tensions sera presque mécanique, avec la migration et les accords de 1968 au premier plan du débat politique français.

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