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INTERNATIONAL

Évian 2026 : le G7 face à la nouvelle économie des ressources

Le sommet qui s’ouvre à Évian du 15 au 17 juin a les apparences d’un G7 classique. Mais derrière l’agenda officiel, une question traverse l’ensemble des négociations sans jamais être nommée directement : qui contrôlera les ressources minérales du XXIe siècle ? Et à quel prix ? Ce n’est plus un sujet de géologie. C’est devenu un sujet de puissance.

Pendant cinquante ans, la géopolitique de l’énergie s’est organisée autour du pétrole et du gaz. Les crises, les embargos, les guerres de prix – tout passait par les hydrocarbures. La transition énergétique était censée nous en libérer. Elle nous a en réalité substitué une dépendance à une autre : celle aux métaux critiques. Comme le note fort à propos l’ancien ministre et commissaire européen Thierry Breton : « Celui qui contrôle les matériaux contrôle les technologies ; celui qui contrôle les technologies contrôle l’avenir. »

Lithium pour les batteries, cobalt pour les cathodes, nickel pour la densité énergétique, terres rares pour les moteurs électriques et les éoliennes, manganèse pour la prochaine génération de cellules LMFP – la demande de matières premières critiques devrait au minimum doubler d’ici 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie. « À l’horizon 2040, la multiplication par six n’est pas exclue », selon un expert du géant suisse Trafigura, leader du trading des matières premières.

Or la géographie de ces ressources ressemble à celle du pétrole : concentrée, politiquement instable, et de plus en plus instrumentalisée. La Chine domine le raffinage de 80 à 100 % selon les métaux. Depuis 2023, elle a mis en place des restrictions successives sur les exportations – germanium, gallium, terres rares, antimoine, graphite. En octobre 2025, nouvelles restrictions sur les terres rares, suspendues jusqu’en novembre 2026. Chaque annonce a provoqué une onde de choc dans les chaînes de valeur industrielles mondiales. Ce n’est pas une coïncidence : c’est une stratégie.

Le G7 à la recherche d’une doctrine commune

Face à cette réalité, les sept grandes puissances avancent à tâtons. La présidence française a construit son agenda autour de sept filières de négociation – Finances, Développement, Commerce, Environnement/Énergie, Numérique, Intérieur, Affaires étrangères. Les métaux critiques traversent plusieurs de ces filières sans en habiter pleinement aucune. Cette dispersion est précisément le problème.

Un signal significatif est cependant apparu en mai 2026 : les ministres du Commerce du G7 ont acté la mise en place d’un secrétariat permanent sur les minerais critiques, possiblement adossé à l’AIE ou à l’OCDE – donc à Paris. La France ne serait pas spectatrice du débat mondial sur les ressources : elle l’organiserait.

L’Union européenne, elle, s’est dotée d’un cadre avec le Critical Raw Materials Act adopté en mars 2024 : 10 % des matières premières critiques extraites sur le territoire européen d’ici 2030, 40 % transformées, 25 % recyclées. Aucun pays tiers ne devra représenter plus de 65 % de l’approvisionnement en une matière stratégique. La Cour des comptes européenne a publié en avril 2026 un rapport soulignant que ces objectifs sont ambitieux et que les outils pour les atteindre restent insuffisants.

La nouvelle économie politique des ressources

Ce qui se joue à Évian, c’est en réalité la naissance d’une nouvelle économie politique des ressources – un régime de règles, de partenariats et de normes comparable à ce que le GATT puis l’OMC ont été pour le commerce. Trois questions structureront les décennies à venir.

Première question : qui extrait ? Les pays du Sud, notamment africains, disposent des gisements mais ont longtemps été cantonnés au rôle d’exportateurs de matières brutes. Or, comme le souligne Akinwumi Adesina, président de la African Development Bank et ancien ministre nigérian de l’Agriculture, « l’Afrique ne veut plus exporter sa richesse ; elle veut la transformer. » La logique des « corridors économiques » mise en avant lors de la ministérielle Développement d’avril 2026 et du sommet Africa Forward de Nairobi en mai 2026 tente d’offrir une alternative – investissements dans la transformation locale, création de valeur ajoutée sur le continent.
Deuxième question : qui transforme ? C’est le « chaînon manquant » de la souveraineté industrielle européenne. Construire des gigafactories en Europe sans maîtriser le raffinage, c’est substituer une dépendance à une autre. Les 47 projets stratégiques européens valant 22,5 milliards d’euros tentent d’y répondre mais leur mise en œuvre prendra une décennie.

Troisième question : qui fixe les règles ? La tentation de constituer un « club des pays partageant les mêmes valeurs » pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement se heurte à une réalité : les principaux pays miniers ne s’inscrivent pas tous dans cette catégorie.

La France n’est pas totalement démunie dans ce paysage. Des acteurs comme Eramet, présent sur le nickel en Indonésie via Weda Bay, le manganèse au Gabon via Comilog, et le lithium en Argentine avec Centenario, disposent de positions opérationnelles dans les trois géographies-clés des métaux critiques. Mais leur existence ne suffit pas : encore faut-il que la politique industrielle française les considère comme des instruments de souveraineté, et non comme de simples entreprises cotées soumises aux aléas du cycle.

À Évian, la France a l’occasion de poser les bases d’un multilatéralisme des ressources. Le temps presse : la transition énergétique mondiale ne peut pas attendre que la géopolitique des métaux soit résolue. Elle l’aggravera si rien n’est fait.

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