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INTERNATIONAL Le Pacifique sous tension

Îles Matthew et Hunter : le bras de fer franco-vanuatais menace de bloquer la frontière maritime du Pacifique

La France maintient ses revendications sur Matthew et Hunter, tandis que le Vanuatu saisit la justice internationale. Derrière ces îlots inhabités, la délimitation d’une vaste zone maritime reste en jeu.

Place côtière de Nouvelle-Calédonie face au Pacifique, avec habitants anonymes et embarcation de pêche au port
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En bref

La France et le Vanuatu s’opposent depuis 1980 sur le statut de Matthew et Hunter, deux îlots inhabités proches de la Nouvelle-Calédonie. Leur souveraineté détermine une vaste zone économique exclusive et complique la frontière maritime. Port-Vila saisit la justice internationale, tandis que Paris défend le dialogue sans envisager de cession territoriale.

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Deux îlots inhabités peuvent-ils peser sur la diplomatie française dans le Pacifique ? Oui. Matthew et Hunter représentent moins d’un kilomètre carré de terres émergées, mais ils donnent accès à une vaste zone maritime et nourrissent un conflit ancien entre la France et le Vanuatu.

Un différend né avec l’indépendance du Vanuatu

Les îles Matthew et Hunter, appelées Umaenupne et Leka dans la terminologie vanuataise, se trouvent à environ 300 kilomètres au sud du Vanuatu. Elles sont aussi situées à plus de 400 kilomètres à l’est de la Nouvelle-Calédonie.

La France considère ces îlots comme rattachés à la Nouvelle-Calédonie. Le Vanuatu, lui, les revendique comme une partie de son territoire. Le contentieux remonte à 1980, année de l’indépendance de l’ancien condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides, devenu le Vanuatu.

Depuis, les deux pays défendent des lectures différentes de l’histoire et du droit. Paris s’appuie notamment sur des prises de position administratives et sur des accords maritimes conclus avec des États voisins. Port-Vila met en avant ses liens historiques et culturels avec ces îles du sud de l’archipel.

Le sujet ne concerne donc pas seulement deux rochers inhabités. Il touche aussi à la délimitation de la frontière maritime entre le Vanuatu et la France, ainsi qu’au statut des espaces océaniques situés autour des îlots.

Paris refuse toute renonciation à sa souveraineté

Mercredi 2 septembre 2026, la France a réaffirmé sa position. Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie et des Partenariats internationaux, conduisait la délégation française au 55e Forum des îles du Pacifique, organisé aux Palaos.

« La position de la France est claire et ferme », a-t-elle déclaré. Selon la ministre, Paris veut maintenir le dialogue et rechercher des solutions négociées, mais sans abandonner sa souveraineté sur Matthew et Hunter.

« Discuter, négocier, essayer de trouver des solutions sans renoncer à la souveraineté. Il n’en a jamais été question », a-t-elle insisté.

Cette déclaration intervient après le dépôt, par le Vanuatu, d’une requête devant la Cour internationale de justice, l’organe judiciaire principal des Nations unies. Port-Vila demande que le différend territorial et la question de la frontière maritime soient examinés sur le plan international.

La France a indiqué qu’elle répondrait « en temps voulu ». Sa réponse devra porter sur deux points : la compétence de la Cour pour examiner l’affaire, puis le fond du désaccord si cette compétence est reconnue ou acceptée.

Pourquoi ces îlots comptent autant

Matthew et Hunter sont minuscules et inhabités. Pourtant, leur statut peut modifier le tracé des espaces maritimes. La France estime que ces deux îlots lui permettent de disposer d’une zone économique exclusive, ou ZEE, d’environ 350 000 kilomètres carrés.

Une ZEE ne donne pas à un État une souveraineté complète sur la mer. Elle lui accorde toutefois des droits économiques sur les ressources situées dans cette zone. Cela concerne notamment la pêche, les éventuelles ressources sous-marines et certaines activités scientifiques.

Le différend crée aujourd’hui une incertitude juridique pour les navires et les chercheurs. Il complique aussi la fixation de la frontière maritime entre la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu. Dans une région où les espaces océaniques sont immenses, quelques points de référence peuvent donc avoir des conséquences considérables.

La France défend une délimitation fondée sur le principe de l’équidistance. Concrètement, il s’agit de tracer une frontière située à distance comparable des côtes et des lignes de base des deux pays, sous réserve des circonstances particulières prévues par le droit de la mer.

Pour Paris, cette approche offre un cadre prévisible. Pour Port-Vila, elle risque au contraire de consolider les effets d’une souveraineté française que le Vanuatu conteste précisément.

Deux stratégies face au même blocage

Le Vanuatu affirme avoir épuisé la voie des discussions bilatérales. « Nous avons décidé que nous avions discuté de ce problème assez longtemps », a déclaré Ralph Regenvanu, ministre vanuatais de l’Environnement et responsable de la délégation de son pays au Forum.

Port-Vila veut désormais obtenir une décision ou un avis juridique international. Si la France refuse la compétence de la Cour internationale de justice, le gouvernement vanuatais envisage de demander un avis consultatif par l’intermédiaire de l’Assemblée générale des Nations unies.

Un avis consultatif ne tranche pas nécessairement un litige comme un jugement obligatoire. Il peut toutefois donner un poids politique et juridique important à l’interprétation défendue par un État.

Le Vanuatu souhaite également présenter un dossier culturel. Ralph Regenvanu cite le soutien de chefs coutumiers kanak, qui reconnaîtraient l’appartenance de Matthew et Hunter au Vanuatu. Cet argument renvoie aux liens anciens entre les populations du sud de l’archipel vanuatais, la Nouvelle-Calédonie et ces îlots.

Cette position bénéficie d’un soutien au sein du mouvement indépendantiste kanak. Le FLNKS considère depuis plusieurs années le Vanuatu comme un pays proche et a déjà exprimé sa reconnaissance des revendications vanuataises.

La France, de son côté, cherche à éviter une rupture avec le seul État francophone de la région. Elle veut aussi préserver ses intérêts en Nouvelle-Calédonie, où toute discussion sur un territoire français est suivie avec attention par les responsables favorables au maintien dans la République.

Des négociations déjà fragilisées

Les discussions entre Paris et Port-Vila ont repris en 2025. Elles portaient principalement sur la délimitation de la frontière maritime et sur les arguments liés à la souveraineté des deux îles.

La réponse officielle française à une question écrite publiée par l’Assemblée nationale en février 2026 précise qu’aucune cession de territoire ni renonciation à la souveraineté n’avait été évoquée lors des premiers échanges. Les discussions devaient se poursuivre au début de l’année 2026.

Le calendrier a cependant été repoussé. L’objectif était d’éviter un chevauchement avec des échéances électorales en Nouvelle-Calédonie, où le sujet peut rapidement prendre une dimension identitaire et institutionnelle.

En mai 2026, le Premier ministre vanuatais Jotham Napat avait accusé Paris de pratiques coloniales. Il avait menacé d’utiliser « toutes les voies diplomatiques et juridiques internationales » si le dialogue ne permettait pas d’aboutir.

Le recours à la justice internationale marque donc un changement de méthode. Il ne signifie pas nécessairement la fin des relations bilatérales, mais il réduit l’espace disponible pour un compromis discret entre les deux gouvernements.

Ce qu’il faut surveiller désormais

La prochaine étape sera la réponse française à la requête vanuataise. La question centrale portera d’abord sur la compétence de la Cour internationale de justice. Sans accord français, la procédure contentieuse pourrait rester bloquée.

Le Vanuatu pourrait alors chercher un soutien à l’Assemblée générale des Nations unies pour obtenir un avis consultatif. En parallèle, les deux pays devront décider s’ils maintiennent un canal de négociation sur la frontière maritime.

Le dossier sera également observé en Nouvelle-Calédonie. Les indépendantistes kanak peuvent y voir une question de décolonisation et de solidarité régionale. Les partisans du maintien dans la France redoutent, eux, qu’une concession territoriale fragilise la position française dans le Pacifique.

Pour les pêcheurs, les chercheurs et les navires opérant dans la zone, l’enjeu sera plus concret : savoir quelles règles s’appliquent et quel État peut les faire respecter. Tant que le statut de Matthew et Hunter restera contesté, la frontière maritime demeurera l’un des points les plus sensibles de la relation entre la France et le Vanuatu.

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