La mort de Kozo Okamoto ravive le débat sur Lod, la cause palestinienne et la limite entre hommage et apologie
Kozo Okamoto est mort à Beyrouth à 78 ans. Son rôle dans l’attaque de Lod en 1972 et les réactions autour de son nom relancent un débat sensible en France.

Un vieux dossier du conflit israélo-palestinien refait surface
Quand un acteur du conflit meurt à des milliers de kilomètres, l’histoire ne s’arrête pas. Elle revient, avec ses victimes, ses justifications et ses procès en cours. C’est exactement ce qui s’est passé avec Kozo Okamoto, mort à Beyrouth le jeudi 23 juillet à l’âge de 78 ans. Le Front populaire de libération de la Palestine, qui l’hébergeait depuis des années, a annoncé son décès.
Okamoto était un membre de l’Armée rouge japonaise, un groupe révolutionnaire d’extrême gauche né au début des années 1970 et lié à plusieurs opérations armées internationales. Son nom reste associé à l’attaque de l’aéroport de Lod, près de Tel-Aviv, le 30 mai 1972. Cette attaque a fait 26 morts et des dizaines de blessés. Les deux autres membres du commando japonais ont été tués sur place. Okamoto, lui, a survécu, blessé puis arrêté.
Le FPLP présente encore aujourd’hui cette trajectoire comme un engagement « pour la cause palestinienne ». Mais cette lecture se heurte à une autre réalité : l’attaque de 1972 visait des passagers civils dans un aéroport. Ce n’était pas un affrontement militaire. C’était une opération meurtrière contre des civils, dans un lieu de transit ordinaire. C’est ce qui explique pourquoi, plus d’un demi-siècle plus tard, ce dossier continue de provoquer une réaction très dure en Israël et dans de nombreux pays occidentaux.
Ce que s’est-il passé à Lod en 1972 ?
Selon les éléments rappelés par l’Associated Press, le commando est arrivé sur un vol en provenance d’Europe. Les trois hommes ont ensuite récupéré des bagages contenant des armes automatiques et des grenades, puis ont ouvert le feu sur les passagers de l’aéroport. L’attaque a tué 26 personnes, parmi lesquelles 17 Américains, huit Israéliens et un Canadien.
Okamoto a été condamné à la prison à vie en Israël. Il a passé douze ans en détention avant d’être libéré en 1985 lors d’un échange de prisonniers entre Israël et des groupes palestiniens. Il a ensuite gagné le Liban, où il a obtenu l’asile politique en 2000 et a vécu jusqu’à sa mort. L’AP indique qu’il n’apparaissait plus qu’épisodiquement en public ces dernières années.
Le FPLP l’a décrit comme un homme qui aurait fait de « grands sacrifices » pour la cause palestinienne. Mais cette version n’efface pas le bilan humain de l’attaque de Lod, ni le fait que le mouvement est classé comme organisation terroriste par l’Union européenne dans son régime de sanctions contre le terrorisme.
Pourquoi sa mort compte encore aujourd’hui
La disparition de Kozo Okamoto ne change rien au passé. En revanche, elle remet en lumière un point sensible : la manière dont certains acteurs réécrivent l’histoire d’actions armées visant des civils. Pour ses soutiens, il a incarné une solidarité internationale avec les Palestiniens. Pour ses détracteurs, il reste un auteur d’attentat. Les deux lectures existent encore, mais elles ne pèsent pas pareil face aux faits.
Cette tension a pris une dimension française au printemps 2026. Fin mars, l’eurodéputée Rima Hassan a publié sur X un message mentionnant Okamoto. Le texte, ensuite supprimé, reprenait une citation attribuée au Japonais et a déclenché l’ouverture d’une procédure pour apologie du terrorisme. Le parquet de Paris a ensuite renvoyé l’affaire à octobre, après une première garde à vue en avril.
Le cœur du dossier est juridique, mais aussi politique. Pour les soutiens de l’élue de La France insoumise, la justice criminalise un message de soutien à la cause palestinienne. Pour ses opposants, la citation d’un homme lié à un attentat meurtrier franchit une ligne rouge. Dans cette affaire, le bénéfice politique est clair : les uns veulent montrer leur solidarité avec les Palestiniens, les autres veulent fixer une limite nette entre engagement militant et apologie de la violence.
Ce que cela change, concrètement, pour les différents camps
Pour les victimes et leurs proches, la mort d’Okamoto n’efface rien. Elle peut même raviver le souvenir d’une attaque longtemps restée dans la mémoire israélienne et dans celle des familles touchées. Pour les soutiens du FPLP et d’une lecture militante du conflit, elle permet au contraire d’entretenir une figure de combat, presque patrimoniale, autour de la lutte armée. Pour les gouvernements européens, elle rappelle qu’une référence jugée « politique » peut aussi basculer dans le champ pénal dès lors qu’elle valorise une action terroriste.
Il y a aussi un enjeu très concret de circulation des récits. Sur les réseaux sociaux, une citation, un hommage ou une image peuvent voyager plus vite que le contexte historique. C’est ce qui rend ces dossiers explosifs. Un message bref peut suffire à relancer une polémique, à alimenter une enquête ou à pousser un responsable politique à réagir. Dans le cas d’Okamoto, le passé ne reste pas dans les archives. Il continue d’avoir des effets bien réels dans le débat public français.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Le prochain rendez-vous est judiciaire. Le procès de Rima Hassan doit se tenir en octobre 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris, après son renvoi demandé par la défense. Ce sera le moment où la justice française dira si la citation d’Okamoto relève, ou non, de l’apologie du terrorisme. En parallèle, la mort du militant japonais devrait continuer à susciter des prises de position contrastées entre défenseurs de la cause palestinienne et adversaires de toute glorification de la violence politique.



