La progression des Houthis menace le commerce mondial et complique la sécurité des routes maritimes vers l’Asie
En contrôlant une large partie de la côte yéménite, les Houthis se rapprochent du détroit de Bab el-Mandeb. Leur offensive accentue la pression sur l’Arabie saoudite et inquiète le commerce maritime mondial.

Les Houthis ont progressé sur la côte yéménite et renforcé leur position près du détroit de Bab el-Mandeb. Cette avancée fragilise les forces soutenues par l’Arabie saoudite, menace les exportations énergétiques et pourrait renchérir le transport maritime. Elle confirme aussi la capacité du mouvement à survivre malgré les frappes et les offensives menées contre lui.
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Que peut encore faire l’Arabie saoudite face à un mouvement qui contrôle désormais presque toute la façade yéménite sur la mer Rouge ? La progression des Houthis ne menace pas seulement l’équilibre militaire au Yémen. Elle touche aussi une route maritime essentielle pour le commerce et les exportations de pétrole.
Une offensive qui change la carte du Yémen
Entre le 3 et le 10 septembre 2026, les Houthis ont lancé une offensive rapide dans la plaine côtière de Tihama. En une semaine, ils ont pris le contrôle d’environ 150 kilomètres de littoral qui leur échappaient encore.
Le mouvement s’est emparé de Mokha, un ancien port situé au sud-ouest du pays. Il a également progressé vers l’île de Perim, au cœur du détroit de Bab el-Mandeb. Cette voie maritime relie la mer Rouge au golfe d’Aden, entre le Yémen et la Corne de l’Afrique.
La prise de Mokha ne suffit pas, à elle seule, à bouleverser le rapport de force au Yémen. La ville reste moins peuplée et moins importante qu’Aden ou Taïz. Mais sa position est stratégique. Elle rapproche les Houthis du détroit et menace les lignes d’approvisionnement des forces opposées.
Des sources militaires yéménites citées par Reuters ont indiqué que les forces soutenues par l’Arabie saoudite s’étaient retirées de Perim. Les Houthis auraient aussi pris Dhubab, une localité située face à l’île. Cette avancée leur donne une capacité supplémentaire de surveillance et de pression sur les navires qui empruntent le passage.
Pourquoi les Houthis résistent depuis douze ans
Depuis la prise de Sanaa en 2014, les Houthis ont survécu à plusieurs campagnes militaires. La plus importante a commencé en 2015, lorsque l’Arabie saoudite a pris la tête d’une coalition pour soutenir le gouvernement reconnu par la communauté internationale.
Les bombardements n’ont pas détruit le mouvement. Ils ont même parfois renforcé son discours. Les Houthis se présentent comme une force nationale qui résiste à une intervention étrangère. Ce récit leur permet de recruter au-delà de leur base religieuse et régionale, notamment dans les zones du nord du pays.
Le groupe dispose aussi d’un avantage géographique. Il contrôle les montagnes et les hauts plateaux du nord-ouest, une région difficile à conquérir. Ses combattants connaissent le terrain. Ils peuvent déplacer leurs armes, disperser leurs unités et utiliser des positions fortifiées.
Les Houthis ont également développé une organisation militaire plus solide que celle de leurs adversaires. Ils combinent forces terrestres, drones, missiles balistiques et unités navales. Cette capacité leur permet d’attaquer à distance, tout en conservant une forte présence au sol.
L’appui iranien joue un rôle important. Téhéran fournit des armes, des conseils et une aide technique, selon plusieurs sources régionales et militaires. Toutefois, les Houthis ne sont pas de simples exécutants iraniens. Ils poursuivent leurs propres objectifs politiques au Yémen et gardent une autonomie opérationnelle.
Le gouvernement yéménite, un adversaire affaibli
Face aux Houthis, le gouvernement reconnu internationalement reste divisé. Ses forces dépendent largement de soutiens étrangers. Elles regroupent des unités aux intérêts différents, parfois rivales entre elles.
Certains combattants défendent l’unité du Yémen. D’autres soutiennent l’autonomie du Sud. Plusieurs groupes locaux privilégient surtout la protection de leur territoire, de leurs ports ou de leurs réseaux économiques.
Cette fragmentation réduit l’efficacité militaire du camp anti-houthi. Elle complique aussi la négociation d’un accord durable. Même lorsqu’une offensive est décidée, les forces engagées ne partagent pas toujours le même objectif.
La trêve conclue en 2022 avait suspendu une grande partie des combats directs. Elle n’avait cependant pas réglé les causes du conflit. Les salaires, le partage des revenus, le contrôle des ports et l’avenir politique du pays restaient en suspens.
Les combats avaient donc diminué sans disparaître. Les Houthis ont profité de cette période pour consolider leurs positions, renforcer leur administration et préparer de nouvelles capacités militaires.
Le véritable duel oppose Riyad et les Houthis
Sur le terrain, le gouvernement yéménite est l’adversaire officiel des Houthis. Mais le principal rapport de force oppose désormais le mouvement à l’Arabie saoudite.
Riyad veut empêcher l’installation, à sa frontière sud, d’une force hostile soutenue par l’Iran. Le royaume cherche aussi à protéger ses infrastructures énergétiques et ses voies d’exportation.
Les Houthis ont déjà tiré des missiles et lancé des drones vers le territoire saoudien. Ils menacent désormais les navires liés au royaume dans la mer Rouge et autour de Bab el-Mandeb. Cette pression vise directement l’économie saoudienne.
Le détroit est en effet une porte de sortie majeure vers l’océan Indien. Lorsque le passage par le détroit d’Ormuz est perturbé, Bab el-Mandeb devient une route alternative pour les hydrocarbures du Golfe à destination de l’Asie.
Si cette route est bloquée, les navires doivent contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance ou utiliser des itinéraires plus longs. Le transport coûte alors davantage. Les délais augmentent. Les assureurs peuvent aussi relever leurs tarifs, ce qui pèse sur l’ensemble du commerce mondial.
Les grands groupes disposent parfois de solutions de remplacement. Les petits importateurs yéménites, eux, n’ont pas cette marge. Dans un pays déjà marqué par la pauvreté et les déplacements de population, chaque perturbation des ports ou des routes renchérit les produits essentiels.
Une menace régionale, mais aussi humanitaire
La reprise des combats aggrave une situation humanitaire déjà très fragile. Les civils vivant sur la côte sont les premiers exposés aux bombardements, aux déplacements forcés et aux pénuries.
La prise de Mokha a provoqué de nouveaux mouvements de population. Les familles qui fuient les combats se retrouvent souvent sans logement stable, sans revenus et avec un accès limité aux soins.
Le contrôle des ports donne aussi aux Houthis un levier économique. Ils peuvent taxer les marchandises, contrôler les flux et utiliser les infrastructures comme instruments de pression. Pour leurs adversaires, cela réduit les ressources disponibles et complique l’acheminement de l’aide.
Riyad conserve toutefois des moyens importants. L’Arabie saoudite dispose d’une aviation moderne, de ressources financières considérables et de réseaux militaires locaux. Mais une nouvelle intervention terrestre risquerait de reproduire les difficultés des années précédentes.
Une contre-offensive saoudienne et gouvernementale est annoncée dans les prochains jours. Elle viserait à repousser les Houthis loin du détroit. Son succès dépendra de la coordination entre les forces engagées, de l’aide extérieure et de la capacité à éviter une nouvelle dispersion du camp anti-houthi.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Le premier indicateur sera l’évolution autour de Perim, de Dhubab et de Mokha. Un contrôle durable de ces points renforcerait la capacité des Houthis à menacer le trafic maritime.
Il faudra aussi suivre les attaques contre les infrastructures pétrolières saoudiennes. Elles pourraient pousser Riyad à intensifier les frappes ou, au contraire, à rechercher un accord indirect avec les Houthis.
Enfin, la réaction des grandes puissances sera déterminante. Une implication militaire américaine, européenne ou asiatique pourrait internationaliser davantage le conflit. À l’inverse, une pression diplomatique pourrait ouvrir la voie à des discussions.
Pour l’instant, une conclusion s’impose : les Houthis ne sont pas près de disparaître. Ils contrôlent un territoire vaste, disposent d’un appareil militaire structuré et exploitent les divisions de leurs adversaires. La question n’est donc plus de savoir s’ils peuvent survivre, mais jusqu’où ils peuvent encore avancer.



