Ousmane Bamba, l’entrepreneur ivoirien qui a choisi de mettre sa réussite au service des siens
Cofondateur d'E-COM, cadre du RHDP, conseiller régional : Ousmane Bamba aurait pu se contenter de réussir. Il a choisi autre chose. Portrait d'un homme qui construit, depuis Tiébissou, un engagement social rare et continu.

Deux cents patients opérés en une seule journée, sans qu’aucun n’ait à régler une facture en sortant du bloc. C’est la 8e édition de la caravane chirurgicale gratuite organisée par la Fondation Ousmane Bamba à Tiébissou. Huit ans de continuité. Huit ans de la même promesse tenue.
Derrière ce geste annuel, il y a un parcours. Celui d’un entrepreneur ivoirien qui a commencé avec peu, construit beaucoup, et décidé de redistribuer.
Des technologies à l’entrepreneuriat de réseau
Avant de devenir l’homme que Tiébissou connaît aujourd’hui, Ousmane Bamba a d’abord construit une réputation dans les secteurs de l’électronique, de l’informatique et des télécommunications. Abidjan, dans les années 2000, est alors une ville en pleine transformation numérique. Il y développe un réseau d’affaires solide, dans un secteur où les opportunités sont encore rares pour les entrepreneurs locaux.
Le tournant intervient le 24 août 2006. Avec René Yédiéti, il cofonde EASY COM, qui deviendra Électronique Communication, E-COM. Capital de départ : 10 millions de francs CFA. Deux associés à parts égales. Une ambition commune.
Ousmane Bamba en prend rapidement les commandes opérationnelles. Sous sa direction, E-COM se développe : fourniture d’équipements, réseaux informatiques, prestations de communication, édition d’annuaires téléphoniques, contrats avec des entreprises et organismes publics. Les flux financiers gérés atteignent plusieurs milliards de francs CFA. Une trajectoire qui, en moins d’une décennie, fait de lui l’un des opérateurs économiques les plus actifs de son secteur en Côte d’Ivoire.
Un ancrage régional, des réseaux continentaux
Ousmane Bamba ne reste pas enfermé dans les frontières ivoiriennes. Au fil des années 2010, il développe des relations d’affaires en Afrique de l’Ouest, notamment au Liberia. Jeune Afrique le décrit comme « l’un des piliers » de la campagne présidentielle de George Weah en 2017, homme de confiance qui a géré la trésorerie de cette aventure électorale menée avec des moyens limités et beaucoup de détermination.
Cette capacité à naviguer entre les capitales, à tisser des liens entre Abidjan et Monrovia, entre le monde des affaires et le monde politique, constitue l’une des marques de fabrique de son parcours. Il est de ces entrepreneurs ouest-africains de la génération charnière, celle qui a grandi avec la téléphonie mobile et appris à construire des réseaux bien au-delà des frontières nationales.
En Côte d’Ivoire même, il s’engage parallèlement dans la vie politique locale comme cadre du RHDP dans la région de Tiébissou, sa terre d’origine. En 2016, il est candidat aux élections législatives. L’engagement public ne lui fait pas peur.
Tiébissou, la boussole
Tiébissou revient dans chaque chapitre de son histoire. C’est là qu’il ancre sa fondation. C’est là qu’il organise, chaque année, ses caravanes médicales gratuites. C’est là qu’en 2021, il reçoit le prix du meilleur jeune leader lors de la 4e édition des Bâtisseurs de la Côte d’Ivoire moderne, récompensant ses actions en faveur du développement local.
L’hernie et l’hydrocèle sont des pathologies silencieuses. Des milliers d’hommes vivent des années avec ces douleurs sans jamais consulter, faute d’argent ou d’accès aux soins. Ce sont eux qu’Ousmane Bamba va chercher. Sa fondation s’installe dans les hôpitaux de brousse, mobilise des chirurgiens ivoiriens et étrangers, prend en charge l’ensemble du parcours médical : opération, suivi postopératoire, sans reste à charge.
Pour la 8e édition, des patients ont fait le déplacement depuis le Nord du pays, depuis Djekanou, depuis plusieurs localités du V Baoulé. Une délégation est même venue de Kimbirila-Sud, dans le département de Samatiguila, à plusieurs heures de route. L’imam principal de cette localité, Bamba Ladji, avait fait le voyage avec ses fidèles. « Nous remercions la Fondation Ousmane Bamba, par la grâce de Dieu. C’est une grande joie pour nous de voir nos frères et enfants pris en charge gratuitement et dans de bonnes conditions », a-t-il dit.
Un partenariat fondé sur des valeurs partagées
Pour la caravane chirurgicale, Ousmane Bamba s’est associé à la Wellness Men Foundation, une organisation italienne basée à Florence. Ses chirurgiens opèrent aux côtés des praticiens de l’hôpital général de Tiébissou. Andrea Cocci, président de la fondation italienne, résume ce qui les a rapprochés : « En Italie, nous bénéficions d’un système de santé gratuit. Partager cela ici, en offrant notre temps et notre expertise, est pour nous une mission essentielle. »
C’est le type de partenariat qu’Ousmane Bamba cultive depuis le début : des alliances fondées sur des valeurs communes, pas sur des intérêts immédiats. Des médecins supplémentaires sont déjà annoncés pour la prochaine édition.
La réussite comme point de départ
Ousmane Bamba ne parle pas de communication ou d’image. Il parle de continuité. « Chaque année, nous essayons d’aller vers les personnes démunies, ces malades qui souffrent en silence dans leurs maisons. Nous les aidons à retrouver le sourire et le bien-être », dit-il. Et encore : « Il faut toujours faire du social, toujours aider et redonner ce que Dieu nous donne. »
Derrière cette sobriété se dessine un engagement rare. Celui d’un homme qui aurait pu se contenter de réussir, et qui a choisi de mettre cette réussite au service des autres. Entrepreneur, homme de réseau, acteur politique, philanthrope discret : Ousmane Bamba porte plusieurs casquettes. Mais c’est peut-être dans celle qu’il n’affiche pas que réside l’essentiel.
La prochaine caravane est déjà programmée.



