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MUNICIPALITéS

Les citoyens voient peu les présidents d’intercommunalité, alors qu’ils décident de l’eau, des transports et de l’aménagement local

Les renouvellements d’exécutifs intercommunaux confirment un pouvoir local discret mais décisif. Droite, RN et gauche s’y redistribuent les cartes, sur fond de faible parité et de forte charge de travail.

Façade de mairie française et salle de conseil intercommunal avec élus locaux anonymes en réunion

Une présidence qui pèse plus qu’on ne le croit

Qui tient vraiment les leviers du quotidien local ? Pas seulement la mairie. Dans beaucoup de territoires, c’est aussi l’intercommunalité qui décide des transports, de l’urbanisme, de l’eau, de l’assainissement ou du développement économique. Et quand son exécutif change, l’équilibre politique d’un bassin de vie peut bouger autant qu’un résultat municipal.

Le sujet est d’autant plus sensible que la France compte, au 1er janvier 2026, 1 252 établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre. Cela représente 21 métropoles, 14 communautés urbaines, 230 communautés d’agglomération et 987 communautés de communes. Autrement dit, l’échelon intercommunal n’est pas marginal : il structure une grande partie de l’action publique locale.

Après les renouvellements d’exécutifs, un premier enseignement se dessine clairement : les présidences d’intercommunalité restent dominées par la droite traditionnelle et le centre droit, tandis que la gauche, surtout le Parti socialiste, en occupe moins. La part des élus sans étiquette ou divers reste aussi importante, surtout dans les territoires ruraux. Cette photographie dit quelque chose de la politique locale française : à l’échelle intercommunale, les alliances comptent souvent plus que les grands clivages nationaux.

Le RN progresse, la gauche perce, les sortants tiennent

Le fait marquant du renouvellement, c’est la poussée de l’extrême droite. Elle dirige désormais 13 intercommunalités, contre 4 auparavant. Parmi elles, la métropole de Nice, passée sous la présidence d’Éric Ciotti, la communauté urbaine de Perpignan, présidée par Louis Aliot, mais aussi la communauté d’agglomération de la Riviera française, Terres de Saône et Beaucaire Terre d’Argence. Cette progression donne au RN et à ses alliés une prise nouvelle sur des politiques très concrètes : mobilité, déchets, aménagement, logement et fiscalité locale.

La gauche, elle, préside deux intercommunalités dans cette recomposition : Plaine Commune, en Seine-Saint-Denis, et la communauté d’agglomération de Creil, dans l’Oise. Le cas de Plaine Commune est particulièrement symbolique. Avec 450 000 habitants et huit communes, l’établissement compte parmi les plus visibles du pays. L’enjeu n’y est pas seulement partisan. Il est aussi social : logement, services publics, cohésion territoriale, relations entre ville-centre et communes voisines.

Autre enseignement : les sortants résistent bien. Plus de la moitié des présidents sortants, 53,8 %, ont été reconduits. Le chiffre est presque stable par rapport au cycle précédent. Cela montre que, même quand le débat national se tend, la logique locale reste puissante. Dans les intercommunalités, l’expérience, les réseaux et les compromis de territoire pèsent lourd.

Le poste de président reste aussi très souvent lié à celui de maire. 87,2 % des présidents sont maires, soit un point de plus qu’en 2020. Et 61 % sont élus dans une autre commune que la ville-centre. Ce point est important : l’intercommunalité n’est pas toujours captée par la commune la plus peuplée. Les règles de représentation garantissent au moins un siège à chaque commune, ce qui réduit mécaniquement le poids proportionnel de la ville-centre dans le conseil.

Un pouvoir encore très masculin et assez peu lisible

La parité progresse, mais lentement. Seules 14,6 % des intercommunalités sont présidées par une femme. C’est mieux qu’en 2014, mais le plafond reste très bas. Le constat est encore plus net si l’on regarde le temps consacré au mandat : l’enquête montre que 20 % des hommes y passent plus de 30 heures par semaine, contre 11 % des femmes. Cela renvoie à la fois à des différences d’accès aux responsabilités et à la réalité très chronophage de ces fonctions.

Le sujet de la parité ne se limite pas à une question de représentation symbolique. Il conditionne aussi qui arbitre, qui parle et qui décide. Le Haut Conseil à l’égalité pousse depuis plusieurs années à renforcer la parité dans les communes et les intercommunalités, avec des recommandations concrètes et un appel à mieux encadrer les exécutifs locaux. De son côté, l’AMF publie un guide 2026 de l’intercommunalité pour accompagner les nouveaux exécutifs, signe que le sujet reste très technique et très politique à la fois.

Mais la limite principale reste démocratique. La Cour des comptes a déjà souligné que la gouvernance des EPCI est parfois complexe, en particulier après l’élargissement des périmètres communautaires, et qu’il fallait mieux informer les citoyens sur l’action menée. Cette critique rejoint un constat partagé par les élus interrogés : l’intercommunalité décide de beaucoup de choses, mais elle reste mal identifiée par le grand public.

L’enquête révèle d’ailleurs un paradoxe. 50 % des répondants estiment que les citoyens identifient bien la “tête” de l’intercommunalité. Pourtant, ils donnent à cette présidence une note moyenne de 4,6 sur 10 dans l’opinion des Français, contre 7,9 pour les maires. Autrement dit, l’institution existe, mais elle reste moins lisible que la commune. Pour les habitants, cela change tout : un maire est visible, un président d’intercommunalité l’est beaucoup moins, alors même qu’il peut peser sur des décisions de vie quotidienne.

Ce que cela change pour les territoires

Dans les métropoles et les grandes agglomérations, le président de la commune-centre garde un avantage net. Plus de 70 % des présidents de communautés urbaines et de métropoles sont maires de la ville-centre. À l’inverse, dans les communautés de communes, seuls 26,5 % des présidents sont maires de la commune la plus peuplée. Le rapport de force varie donc fortement selon la taille du territoire. Les grandes villes gardent plus facilement la main. Les espaces ruraux fonctionnent davantage à l’équilibre entre petites communes.

Ce déséquilibre se retrouve aussi dans les sujets de fond. L’eau et l’assainissement, par exemple, ne suscitent pas les mêmes attentes selon que l’on parle d’une métropole ou d’une communauté de communes. L’enquête montre que 48 % des intercommunalités exercent déjà cette compétence, que 15 % doivent encore la prendre avant 2026 et que 26 % attendaient ce renouvellement. La décision d’assouplir le transfert obligatoire en 2026 peut donc rebattre les cartes entre communes qui veulent garder la main et intercommunalités qui défendent une gestion plus intégrée.

Le temps de travail est un autre angle mort. Les présidents et vice-présidents cumulent souvent mandat communal et mandat intercommunal. L’enquête estime la charge hebdomadaire autour de 40 heures en additionnant les deux fonctions. Seuls 17 % des présidents et 35 % des vice-présidents jugent leur indemnité intercommunale suffisante. Cela explique en partie la difficulté à renouveler les profils et la place encore forte des élus très expérimentés, parfois déjà bien installés localement.

Le renouvellement générationnel est d’ailleurs un sujet de fond. Près d’un quart des exécutifs intercommunaux a plus de 70 ans. Et l’indécision domine chez beaucoup d’élus quant à la suite à donner au mandat. Les fonctions sont jugées utiles, mais aussi très prenantes. Pour les communes, cela pose une question très concrète : comment garder des élus capables de tenir la charge sans réserver ces responsabilités à ceux qui disposent du plus de temps, du plus d’expérience et du plus de ressources personnelles ?

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le prochain point de vigilance, c’est la manière dont ces nouvelles équipes vont installer leur méthode. Les tensions les plus fortes apparaissent souvent quand les intérêts des communes divergent ou quand les grandes intercommunalités deviennent trop lourdes à piloter. Les élus eux-mêmes demandent surtout de la stabilité, pas une révolution institutionnelle. Mais la poussée du RN, la faible féminisation et la question du partage des compétences vont continuer à peser sur les équilibres du prochain mandat.

Dans les semaines qui viennent, il faudra donc suivre trois choses. D’abord, la capacité des nouvelles présidences à faire travailler ensemble des communes très différentes. Ensuite, le débat sur la parité et le renouvellement des exécutifs locaux. Enfin, les arbitrages sur les compétences sensibles, à commencer par l’eau, l’assainissement et l’urbanisme, qui disent en pratique jusqu’où les intercommunalités veulent aller.

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