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MUNICIPALITéS

À Saint-Denis, le portrait de Macron devient un test concret de la place de l’État dans la mairie

Le préfet de Seine-Saint-Denis demande à Bally Bagayoko de remettre le portrait présidentiel dans son bureau. À Saint-Denis, le geste relance un débat sur la tradition républicaine et la place de l’État dans les mairies.

Intérieur d’une mairie de Saint-Denis avec un portrait présidentiel retiré et posé face contre terre dans un bureau officiel

Un portrait au mur, un symbole politique au centre du jeu

Faut-il vraiment afficher le portrait du président dans une mairie ? La question semble secondaire. Elle touche pourtant à quelque chose de plus large : la place que chaque élu veut donner à l’État, au pouvoir central et à la République dans une ville de 150 000 habitants. La commune nouvelle de Saint-Denis-Pierrefitte est désormais la deuxième plus peuplée d’Île-de-France après Paris, et son maire, Bally Bagayoko, a choisi d’en faire un geste politique visible.

Le préfet de Seine-Saint-Denis, Julien Charles, a répondu le 6 mai en demandant au maire de « renouer avec l’usage républicain » et de remettre le portrait d’Emmanuel Macron dans son bureau. Mais il a aussi reconnu qu’aucun texte n’oblige un maire à afficher ce portrait. Autrement dit, le bras de fer est surtout symbolique.

Ce que dit le droit, et ce que dit la tradition

Dans les mairies, le portrait du président n’est pas une obligation légale. Les documents de protocole diffusés par l’État rappellent au contraire qu’il s’agit d’un usage conforme à la tradition républicaine, notamment dans la salle des délibérations du conseil municipal. Ils précisent aussi qu’aucun texte ne prescrit l’effigie de la République dans les mairies.

C’est exactement l’angle choisi par la préfecture. Le préfet rappelle la tradition, pas une règle de droit. Cette nuance compte. Elle veut dire qu’un maire peut retirer le portrait sans commettre d’illégalité, même si l’État juge le geste politiquement déplacé.

Cette affaire s’inscrit aussi dans une séquence plus longue. Depuis plusieurs années, des militants écologistes ont décroché des portraits présidentiels pour dénoncer l’inaction climatique. La Cour de cassation a rejeté l’argument de l’état de nécessité, c’est-à-dire l’idée qu’une infraction pourrait être justifiée par l’urgence. Dans ces dossiers, les condamnations pour vol ont été confirmées.

Le geste de Bally Bagayoko : un message avant tout politique

À Saint-Denis, Bally Bagayoko assume le geste. Selon ses déclarations, il a décroché le portrait parce que « la République n’était pas en capacité de corriger les inégalités ». Il a aussi expliqué vouloir le laisser de côté « tant que » la République ne ferait pas mieux sur ce terrain. Ce n’est donc pas un accident de décoration. C’est un marqueur politique.

Le maire a déjà placé ce débat dans un cadre plus large. Lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron le 15 avril, il a remis un courrier alertant sur la situation du territoire et appelant à un engagement renforcé de l’État. La municipalité a aussi demandé un dialogue « constructif » avec les pouvoirs publics et invité le président à une marche républicaine contre le racisme.

Le contexte local aide à comprendre ce choix. Bally Bagayoko est arrivé à l’hôtel de ville après une victoire au premier tour des municipales de 2026, avec 50,77 % des voix, selon la présentation officielle de la commune. Il dirige une ville qui a absorbé Pierrefitte-sur-Seine et qui concentre de fortes attentes sur l’école, les services publics, le logement et la cohésion sociale.

Qui gagne quoi dans cette séquence ?

Le maire gagne de la visibilité. Dans une ville très exposée politiquement, chaque symbole compte. En retirant le portrait présidentiel, il parle à son camp et à ceux qui voient dans l’État un acteur défaillant sur les inégalités, les discriminations ou les services publics. Le message est simple : la mairie n’est pas une annexe de l’Élysée.

La préfecture, elle, défend un autre intérêt : rappeler que la fonction de maire doit, selon la tradition administrative, rassembler au-delà des clivages. Ce discours protège la continuité républicaine et limite l’idée qu’une mairie puisse devenir un espace de rupture totale avec les symboles nationaux.

Du côté des habitants, l’enjeu est plus concret qu’il n’y paraît. Pour certains, la polémique n’est qu’un geste de communication. Pour d’autres, elle renvoie à une question plus sensible : qui incarne vraiment l’autorité publique dans une commune où l’État est souvent attendu sur l’école, la sécurité, la santé ou les transports ? Dans les quartiers populaires, le symbole prend d’autant plus de poids que les institutions sont jugées à leurs résultats, pas à leur décorum.

Une tradition contestée, mais une bataille rarement neutre

Le débat ne se limite pas à Saint-Denis. En France, le portrait présidentiel a souvent servi de ligne de fracture. Des maires l’exposent comme un signe de stabilité républicaine. D’autres le retirent pour marquer une distance politique, surtout quand ils veulent dénoncer la politique menée par le président en exercice. Le symbole vaut alors comme un commentaire direct sur le pouvoir central.

Dans le cas de Saint-Denis, la contradiction est nette. L’État rappelle la tradition républicaine. Le maire renvoie à l’état réel de la République dans les territoires populaires. Aucun des deux camps ne parle seulement d’un cadre, d’une photo ou d’un meuble de bureau. Ils parlent de légitimité, de représentation et de rapport de force entre la commune et l’État.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La suite dépend surtout de la réponse du maire. Va-t-il remettre le portrait à sa place, au nom de l’apaisement institutionnel ? Ou maintenir ce geste, en transformant l’affaire en séquence politique durable ? Le préfet a posé le cadre. Reste à voir si Bally Bagayoko choisit l’escalade symbolique ou le compromis de façade.

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