À Carpentras, le non-cumul des mandats oblige un sénateur à quitter son poste d’adjoint, mais pas son siège municipal
Élu sénateur du Vaucluse, Thierry d’Aigremont quitte le conseil régional et doit renoncer à sa fonction d’adjoint à Carpentras. Il conservera toutefois son siège de conseiller municipal, tandis que sa délégation doit être redistribuée.

Élu sénateur du Vaucluse, Thierry d’Aigremont abandonne son siège au conseil régional et son poste d’adjoint à Carpentras, conformément aux règles de non-cumul. Il conserve toutefois son mandat de conseiller municipal. La commune doit désigner un nouvel adjoint et répartir les responsabilités liées notamment à la sécurité, à la salubrité et aux marchés.
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Qui s’occupera demain de la sécurité, des marchés et des foires à Carpentras ? L’entrée de Thierry d’Aigremont au Sénat oblige la majorité municipale à redistribuer les responsabilités, sans faire disparaître l’élu de la vie locale.
Le vendredi 23 octobre 2026, le sénateur du Rassemblement national a participé à sa dernière séance au conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il abandonne ce mandat, qu’il exerçait depuis 2021, mais conserve son siège de conseiller municipal à Carpentras. En revanche, il doit quitter sa fonction de huitième adjoint au maire. Ces changements répondent à deux règles distinctes du non-cumul des mandats.
Un siège au Sénat, mais pas trois mandats à conserver
Thierry d’Aigremont, 63 ans, a remporté son siège de sénateur du Vaucluse le 27 septembre 2026. Sa fiche parlementaire au Sénat confirme cette date d’élection. Son arrivée au Palais du Luxembourg l’oblige à réorganiser ses engagements locaux.
Une première règle limite le nombre de mandats. Un parlementaire ne peut conserver qu’un seul des mandats locaux énumérés par le code électoral. Parmi eux figurent ceux de conseiller régional et de conseiller municipal dans une commune d’au moins 1 000 habitants. Thierry d’Aigremont ne pouvait donc pas garder simultanément ses sièges à la Région et à Carpentras avec son mandat sénatorial. Le régime des incompatibilités des sénateurs distingue précisément ces situations.
Son choix privilégie Carpentras. Dans son communiqué du 23 octobre, il explique vouloir « continuer à défendre les Carpentrassiens et à porter leur voix ». Il maintient ainsi un lieu d’expression et de vote dans sa commune, tout en renonçant à participer directement aux décisions régionales.
Conseiller municipal et adjoint : deux fonctions différentes
La seconde règle porte non sur le nombre de sièges, mais sur la nature des responsabilités. Depuis l’application de la réforme de 2014 aux renouvellements parlementaires de 2017, un député ou un sénateur ne peut plus exercer une fonction exécutive locale. Cela comprend notamment les fonctions de maire et d’adjoint au maire, comme le rappelle le Sénat dans son explication du non-cumul.
Depuis les municipales de mars 2026, Thierry d’Aigremont occupait le poste de huitième adjoint dans la majorité RN conduite par Hervé de Lépinau. Sa délégation couvrait la sécurité, la salubrité, la prévention, les marchés et les foires. Ce sont ces responsabilités exécutives qu’il doit abandonner, indépendamment de son départ du conseil régional.
La différence compte pour les habitants. Un conseiller municipal participe aux délibérations et vote les décisions de la commune. Un adjoint exerce, sous l’autorité du maire, les responsabilités que celui-ci lui délègue. Conserver un siège ne signifie donc pas conserver la conduite quotidienne des mêmes dossiers. Le ministère de l’Intérieur précise les fonctions compatibles avec un mandat parlementaire.
Pour les habitants, une question de continuité du service
Le changement touche des publics différents. Les commerçants des marchés et les participants aux foires sont directement concernés par la continuité de cette délégation. Les habitants confrontés à des problèmes de salubrité ou de sécurité attendent, eux, une répartition lisible des responsabilités. L’enjeu pratique sera donc d’identifier qui reprend chaque dossier, au-delà du seul nom du prochain adjoint.
Pour la majorité municipale, cette succession constitue aussi un arbitrage politique. Elle doit confier des responsabilités à un autre élu tout en conservant sa cohésion. Pour Thierry d’Aigremont, le maintien au conseil municipal préserve un ancrage politique local. Il ne lui permet toutefois pas de garder sa fonction d’adjoint : la séparation entre délibération et exécutif reste la limite fixée par la loi.
Le passage au Sénat change également son levier d’action. Participer à l’élaboration des lois n’équivaut pas à gérer un service municipal. De même, son départ de la Région supprime sa participation personnelle aux votes de cette assemblée. Les collectivités disposent de compétences différentes et complémentaires : aucun mandat ne remplace automatiquement les autres, comme le montre la présentation publique des compétences territoriales.
Ancrage local ou disponibilité : le débat derrière le départ
Cette réorganisation illustre un débat ancien. Les défenseurs du cumul mettent en avant la connaissance du terrain et la capacité des élus locaux à faire remonter les difficultés jusqu’au Parlement. À l’inverse, ses adversaires défendent une plus grande disponibilité des parlementaires et une moindre concentration des responsabilités. Ces arguments traversent les travaux parlementaires préparatoires à la réforme de 2014.
Les intérêts diffèrent. Garder plusieurs fonctions renforce l’influence des responsables déjà implantés. Séparer les responsabilités ouvre au contraire des fonctions à d’autres élus. Pour les citoyens, le critère concret reste la disponibilité de leurs représentants et la clarté de leurs responsabilités. Le compromis légal actuel autorise un ancrage dans une assemblée locale, mais interdit d’en conserver la direction exécutive.
Deux successions à suivre
À la Région, le départ ne déclenche pas à lui seul une nouvelle élection. L’article L360 du code électoral sur le remplacement des conseillers régionaux prévoit l’appel au candidat suivant de la même liste, dans la même section départementale. Le mécanisme organise ainsi la continuité de la représentation issue du scrutin.
À Carpentras, la prochaine étape annoncée est le conseil municipal du 19 novembre 2026, qui devrait procéder à l’élection d’un nouvel adjoint. Deux éléments permettront de mesurer la portée réelle du changement : l’identité de son successeur et la répartition précise des délégations jusque-là exercées par Thierry d’Aigremont.



