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CONFLITS & CRISES Reconstruction sous contrôle

À Gaza, déblayer les ruines sans effacer les preuves : le dilemme entre retour des habitants et justice

À Gaza, l’évacuation des décombres est nécessaire pour rétablir l’accès aux logements et aux services. Mais les ruines peuvent contenir des restes humains et des preuves : experts et justice internationale réclament des garanties avant leur traitement.

Un godet d’excavatrice déplace des fragments de béton et de maçonnerie parmi les décombres de bâtiments endommagés.
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En bref

À Gaza, des opérations de retrait et de traitement des gravats soulèvent des inquiétudes sur la récupération des corps et la conservation d’éléments utiles aux enquêtes. La CIJ a ordonné à Israël de préserver les preuves liées aux accusations de génocide, tandis que l’ONU chiffre les débris à plus de 68 millions de tonnes. L’enjeu est d’organiser les travaux sans sacrifier l’accès des habitants

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Comment reconstruire une maison lorsque ses ruines abritent encore des disparus ? À Gaza, déblayer répond à une urgence vitale, mais risque aussi de faire disparaître des éléments indispensables aux familles et à la justice.

Le problème dépasse donc l’évacuation des gravats. Il concerne l’identification des morts, la conservation des preuves et le pouvoir de décider de l’avenir du territoire. Plusieurs publications des Nations unies soulignent ces enjeux, alors que des opérations de déblaiement suscitent une alerte internationale.

Des ruines qui ne sont pas de simples déchets

Le 7 septembre 2026, Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, a alerté sur les opérations israéliennes. Cette experte indépendante affirme avoir reçu, en août, des informations crédibles sur l’enlèvement, le broyage et le transport de décombres dans des secteurs sous contrôle militaire israélien.

Dans son alerte sur la préservation des traces de crimes à Gaza, elle explique que les gravats contiennent des restes humains et des preuves matérielles possibles de crimes internationaux, dont le génocide. Elle rapporte une estimation des autorités palestiniennes dépassant 10 000 personnes encore ensevelies.

Son avertissement porte sur un risque précis : déplacer ou broyer les débris avant leur examen pourrait empêcher de retrouver des victimes et de documenter les faits. Elle demande donc une récupération digne des dépouilles, une documentation des sites et un contrôle indépendant avant ces interventions.

Il faut distinguer cette alerte d’un constat judiciaire concernant chaque chantier. Dans une dépêche sur les accusations visant le déblaiement israélien, Reuters indiquait, le 7 septembre, que le gouvernement et l’armée israéliens n’avaient pas immédiatement répondu aux demandes de commentaire. Cette absence de réponse ne permet pas, à elle seule, d’établir une intention de dissimulation.

Préserver les preuves constitue déjà une obligation juridique

Le débat ne repose pas uniquement sur les demandes d’une experte. Le 26 janvier 2024, la Cour internationale de justice a ordonné à Israël de prévenir la destruction des preuves liées aux accusations relevant de la convention sur le génocide. Cette juridiction des Nations unies tranche les différends entre États.

Cette ordonnance sur la prévention du génocide et la conservation des preuves impose des mesures conservatoires : des obligations urgentes destinées à protéger des droits pendant l’examen d’une affaire. Elle ne constitue pas, en elle-même, un jugement définitif établissant un génocide. Israël conteste cette accusation devant la Cour.

Le 24 mai 2024, les juges ont aussi demandé à Israël de garantir l’accès sans entrave des organismes d’enquête mandatés par les instances compétentes de l’ONU. Leur décision sur l’accès des enquêteurs à Gaza relie explicitement cet accès à la préservation des éléments concernant les allégations de génocide.

Concrètement, l’enjeu consiste à conserver une trace vérifiable des lieux et des matériaux. Albanese réclame notamment une chaîne de conservation continue : il faut pouvoir suivre les éléments recueillis, sans rupture, jusqu’à leur éventuel examen judiciaire. Cette exigence bénéficie aux victimes, mais aussi à la fiabilité des enquêtes.

Une urgence humanitaire, des moyens très inégaux

Pour autant, laisser les ruines intactes ne constitue pas une solution durable. L’évaluation publiée le 20 avril 2026 par l’ONU, la Banque mondiale et l’Union européenne chiffre les débris à plus de 68 millions de tonnes. Leur enlèvement et leur gestion coûteraient plus de 1,7 milliard de dollars.

Le même rapport estime qu’environ 1,9 million de Palestiniens ont connu un déplacement à l’intérieur du territoire, souvent répété. Plus de 1,2 million ont perdu leur logement. Pour ces habitants, dégager les rues conditionne l’accès aux soins, aux services et à une possibilité de retour.

Les familles cherchent donc à retrouver leurs proches et à reprendre une vie quotidienne. Les intervenants humanitaires doivent, eux, rouvrir des accès. Les enquêteurs ont besoin de préserver les sites. Ces besoins ne s’annulent pas, mais imposent d’organiser les travaux plutôt que de choisir entre reconstruction et justice.

Le Programme des Nations unies pour le développement décrit les conditions du déblaiement : accès aux engins, au carburant et aux financements, mais aussi traitement des dangers. Les munitions non explosées, les matériaux dangereux et les restes humains compliquent chaque intervention.

L’inégalité des moyens pèse ainsi sur le chantier. Une famille ne dispose pas des capacités d’une équipe équipée pour sécuriser et trier les débris. En outre, le contrôle militaire des accès limite la possibilité d’un examen indépendant : Albanese estimait, en septembre, que près de 70 % de Gaza subissait des restrictions d’accès ou différents degrés de contrôle israélien.

Reconstruire sans effacer : les décisions à surveiller

Le PNUD estime possible de dégager la majeure partie des gravats en sept ans, sous certaines conditions. Cette projection reposait sur une estimation antérieure de 61 millions de tonnes. Elle ne promet donc ni un calendrier automatique ni l’évacuation complète des décombres.

Des opérations financées existent déjà. Le 16 avril 2026, le Japon et le PNUD ont annoncé un projet de 9,1 millions de dollars pour les débris et les déchets en 2026-2027. Le programme précédent avait permis de collecter 112 000 tonnes de gravats. L’écart avec les besoins globaux montre l’ampleur du changement d’échelle nécessaire.

Les prochaines décisions devront donc préciser qui contrôle les chantiers, qui peut inspecter les sites et quelles garanties précèdent le broyage. L’accès effectif des spécialistes, la traçabilité des matériaux et la place des Palestiniens dans les plans de reconstruction constitueront les principaux points à surveiller.

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