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MUNICIPALITéS

À Issy-les-Moulineaux, la succession Santini met à l’épreuve une majorité sans repère et révèle des tensions longtemps contenues

Après la mort d’André Santini, Issy-les-Moulineaux aborde une transition délicate. Thierry Lefevre et Philippe Knusmann revendiquent la relève, au risque d’exposer les fractures d’une majorité habituée à l’autorité du maire sortant.

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À Issy-les-Moulineaux, la succession se joue maintenant

Quand un maire a tenu la ville pendant des décennies, la vraie question n’est pas seulement de savoir qui va lui succéder. C’est aussi de savoir qui tient encore la majorité, qui arbitre les tensions, et qui peut éviter que la machine municipale ne se grippe.

À Issy-les-Moulineaux, cette question s’est posée avec une brutalité particulière après la mort d’André Santini. Dans l’église Saint-Étienne, élus locaux, responsables politiques nationaux et proches ont affiché une image d’unité. Mais, une fois les obsèques terminées, la succession a révélé des lignes de fracture bien réelles au sein de l’équipe municipale.

Mardi, Thierry Lefevre, premier adjoint et figure de longue date de la majorité, devrait être élu à la tête de la commune. Mais cette issue, présentée comme la plus probable, n’a rien d’automatique. Le refus du maire défunt d’organiser sa relève a laissé derrière lui une majorité sans passage de témoin préparé, avec plusieurs ambitions concurrentes et un climat plus tendu qu’il n’y paraît de l’extérieur.

Des obsèques très politiques, puis une majorité qui se fissure

Lundi dernier, les obsèques d’André Santini ont réuni une scène politique inhabituelle. Dans l’église, les élus de la ville ont siégé côte à côte avec plusieurs personnalités nationales, parmi lesquelles Nicolas Sarkozy, Gabriel Attal et François Bayrou. Les hommages ont été prononcés à la fois par des responsables politiques, dont Georges Siffredi et Jean-Louis Borloo, et par des proches du défunt, son frère Dominique et sa nièce.

L’image donnée ce jour-là était celle d’un bloc soudé. Mais elle n’a duré que le temps de la cérémonie. De retour du cimetière, la réunion de la majorité municipale a tourné à l’affrontement. Thierry Lefevre a confirmé sa candidature. Philippe Knusmann, adjoint à l’urbanisme, a fait de même. Les deux hommes sont des historiques de l’équipe. Lefevre siège au conseil municipal depuis 1983. Knusmann aussi appartient à cette génération d’élus installés depuis longtemps dans la vie locale.

Le conflit n’oppose donc pas des inconnus à un héritier désigné. Il révèle au contraire une difficulté classique dans les villes longtemps dominées par un même chef : quand le centre de gravité disparaît, plusieurs prétendants se découvrent en même temps, et chacun peut estimer être le mieux placé pour garder la maison intacte.

Le choix d’André Santini de ne pas préparer ouvertement sa succession pèse ici lourdement. Tant que le maire historique était là, l’autorité personnelle suffisait à contenir les rivalités. Une fois cette autorité disparue, il ne reste plus qu’un équilibre interne à reconstruire, souvent dans l’urgence.

Ce que change une succession mal préparée

Dans une mairie, la succession n’est jamais seulement une affaire d’ego. Elle conditionne la continuité des dossiers, la hiérarchie interne et la capacité à décider vite. Quand la relève a été anticipée, la transition peut se faire sans heurts. Quand elle ne l’a pas été, chaque adjoint peut lire le moment comme une occasion de faire valoir sa légitimité.

À Issy-les-Moulineaux, le premier bénéficiaire potentiel d’un accord rapide est la majorité sortante elle-même. Une élection sans bataille publique permettrait d’éviter une image de désordre au sommet de la ville. Elle préserverait aussi la capacité de l’équipe municipale à gouverner sans s’exposer à des règlements de comptes durables.

À l’inverse, une compétition ouverte profiterait à celui ou celle qui parviendrait à apparaître comme le plus capable de rassembler. Mais elle fragiliserait aussi l’ensemble du camp majoritaire. Dans une ville où l’autorité de l’ancien maire structurait tout, la moindre division peut vite devenir un signal politique lisible pour les oppositions et pour les habitants.

Pour les élus de terrain, la question est plus concrète encore. Les adjoints et conseillers municipaux doivent continuer à faire fonctionner les services, à suivre les dossiers d’urbanisme, de budget, de circulation ou de vie locale. Or une guerre de succession détourne l’énergie politique. Elle pousse les équipes à parler d’elles-mêmes plutôt que des décisions qui concernent les habitants.

Pour les Isséens, l’enjeu est moins symbolique qu’il n’y paraît. Une transition mal gérée peut retarder des arbitrages, brouiller les responsabilités et prolonger une période d’attente. À l’inverse, une passation rapide permet de maintenir l’idée d’une ville gouvernée sans rupture visible. Dans une commune de cette taille, la stabilité politique reste un atout très concret.

Une majorité marquée par l’héritage Santini

Le cas d’Issy-les-Moulineaux dit quelque chose de plus large sur les villes dirigées longtemps par la même personnalité. Plus le pouvoir local repose sur un chef identifié, plus la transition devient délicate lorsque ce chef disparaît. Les fidélités se maintiennent, mais elles ne suffisent pas toujours à produire un successeur naturel.

C’est aussi ce qui explique la tension entre les deux candidatures. Thierry Lefevre incarne la continuité institutionnelle par sa fonction de premier adjoint. Philippe Knusmann incarne, lui aussi, une continuité militante et municipale, puisqu’il appartient aux figures installées de la majorité. Dans ce type de configuration, chacun peut revendiquer une forme de légitimité. L’un au nom de la fonction. L’autre au nom de l’ancienneté. Les deux au nom de la fidélité à l’équipe sortante.

Mais cette logique a une limite : sans arbitrage préalable, la fidélité au chef disparu ne dit pas automatiquement qui doit prendre sa place. La ville passe alors d’un pouvoir vertical à une compétition horizontale. Et plus la rivalité dure, plus elle met à l’épreuve la capacité de la majorité à rester lisible pour les habitants.

Du point de vue politique, l’enjeu dépasse donc la seule personne du futur maire. Il touche à la manière dont une équipe municipale se maintient lorsqu’elle perd son fondateur. Il pose aussi une question simple : l’héritage de longévité politique protège-t-il la stabilité locale, ou finit-il par compliquer la transmission ? À Issy-les-Moulineaux, la réponse se joue dans les heures qui viennent.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains jours

Le rendez-vous décisif est attendu mardi, au moment de l’élection du nouveau maire. Si Thierry Lefevre l’emporte, la majorité pourra afficher une transition rapide et refermer l’épisode de tension interne. Si le rapport de force se révèle plus serré que prévu, la ville entrera dans une séquence plus instable, avec le risque d’une recomposition politique au sein même de l’équipe sortante.

La question ne sera pas seulement de savoir qui obtient l’écharpe de maire. Il faudra aussi observer si la majorité se rassemble derrière le vainqueur, ou si les blessures apparues après les obsèques laissent des traces durables. Dans une commune longtemps structurée par une seule figure, c’est souvent là que se mesure la vraie continuité du pouvoir.

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