Aller au contenu
MUNICIPALITéS

Après les municipales, le pouvoir intercommunal redessine la vie locale et donne plus de poids à l’extrême droite

Le contrôle des intercommunalités devient un enjeu politique majeur après les municipales. L’extrême droite y gagne du terrain, tandis que les femmes restent peu nombreuses à la présidence.

Salle de conseil intercommunal en France avec sièges rouges, micros et élus locaux anonymes

Quand une mairie perd, qui garde le pouvoir à l’échelle du bassin de vie ?

Dans beaucoup de territoires, le vrai levier ne se joue pas seulement à l’hôtel de ville. Il se joue aussi dans l’intercommunalité, celle qui gère des dossiers très concrets : transports, déchets, urbanisme, développement économique. Et là, un basculement politique peut changer la donne bien au-delà d’une seule commune.

Après les municipales, les conseils communautaires s’installent à leur tour. Le président de l’intercommunalité n’est pas un maire comme les autres : il dirige l’exécutif de l’EPCI, l’établissement public de coopération intercommunale. En clair, il pèse sur des décisions qui touchent plusieurs communes à la fois. Cette architecture explique pourquoi la bataille pour la présidence compte autant, même si elle reste souvent moins visible que l’élection municipale elle-même.

L’extrême droite gagne du terrain dans 13 intercommunalités

C’est le fait politique saillant de cette séquence : l’extrême droite préside désormais 13 intercommunalités, contre quatre auparavant. Dans le détail, le Rassemblement national en dirige six, dont la communauté urbaine de Perpignan. L’UDR d’Éric Ciotti en contrôle trois, notamment la métropole de Nice. Reconquête en préside une. Les trois restantes sont classées à l’extrême droite ou apparentées, avec une coloration souverainiste.

La progression est nette, mais elle ne raconte pas tout. À l’autre bout du spectre, la droite traditionnelle et le centre-droit restent en tête parmi les présidences, devant la gauche puis le centre. Cela signifie que l’intercommunalité reste, dans l’ensemble, un terrain de domination des familles politiques locales traditionnelles. L’extrême droite y avance, mais elle ne renverse pas encore l’ordre général.

La gauche, elle, perd plusieurs positions dans des territoires comme Clermont-Ferrand, Brest ou Alençon. Mais elle conserve aussi des places importantes, notamment Figeac et Tulle, malgré des revers dans ces deux villes. La France insoumise, de son côté, préside désormais deux intercommunalités : Plaine Commune et la communauté d’agglomération de Creil.

Pourquoi l’intercommunalité change la vie des habitants

Pour un habitant, l’enjeu peut sembler abstrait. Il ne l’est pas. Quand une intercommunalité pilote les transports, l’urbanisme ou les déchets, elle arbitre des dépenses, des services et des investissements qui dépassent la seule commune. Le président peut donc orienter des priorités très concrètes : nouvelles zones d’activité, réseau de bus, collecte, équipements publics.

Le pouvoir intercommunal a aussi ses règles propres. Les sièges sont répartis entre communes membres, avec un principe de représentation qui garantit au moins un siège à chacune. Résultat : la commune la plus peuplée ne domine pas mécaniquement le conseil communautaire. C’est l’une des raisons pour lesquelles le président n’est pas forcément le maire de la ville-centre.

L’étude citée montre que 61 % des présidents viennent d’une autre commune que la ville-centre. Ce point est décisif. Il indique que l’intercommunalité fonctionne souvent comme un compromis entre petites communes et centre urbain. Les maires des communes périphériques y gagnent du poids. Les grandes villes, elles, doivent composer avec des équilibres plus serrés qu’en conseil municipal.

Ce mécanisme explique aussi une partie du poids politique de l’échelon intercommunal. Le président y apparaît comme un arbitre entre communes, pas seulement comme l’élu de la commune la plus visible. C’est ce qui rend l’échelon à la fois technique et stratégique.

Des effets différents selon les territoires

La géographie du pouvoir intercommunal n’est pas uniforme. Dans le Grand Est, en Île-de-France et dans les Hauts-de-France, la part des présidents issus d’une autre commune que la plus peuplée est particulièrement élevée. À l’inverse, en Corse et dans les Outre-mer, la plupart des présidents viennent de la commune la plus peuplée. Cela traduit des rapports de force locaux très différents, entre territoires plus éclatés et territoires où la ville-centre reste dominante.

Les conséquences sont concrètes pour les petites communes. Elles peuvent peser davantage dans la négociation intercommunale qu’à l’échelle municipale pure. Mais ce gain de représentation a un prix : les décisions se prennent plus loin des habitants, dans des instances moins lisibles. À l’inverse, les grandes communes gardent de l’influence, mais elles doivent partager le pilotage avec leurs voisines.

Dans ce cadre, une conquête politique locale peut servir de tremplin à une famille politique. L’extrême droite en tire un bénéfice évident : elle gagne des leviers de gestion, donc de crédibilité locale. Ses opposants y voient au contraire une manière d’installer durablement une présence dans des structures moins exposées médiatiquement que les mairies. Cette lecture vaut aussi pour la droite, le centre ou la gauche quand ils consolident des présidences intercommunales.

La parité progresse, mais reste loin du compte

Autre enseignement : les femmes restent très minoritaires à la tête des intercommunalités. Leur part a doublé en deux scrutins, passant de 7 % en 2014 à un peu moins de 15 % cette fois. C’est mieux qu’avant, mais cela reste l’un des niveaux les plus bas de toute la vie politique locale.

Le retard est d’autant plus visible que d’autres institutions font mieux. L’Assemblée nationale et le Sénat affichent chacun 36 % de femmes, tandis que moins d’un quart des maires sont des femmes. L’intercommunalité reste donc l’un des derniers bastions d’une gouvernance très masculine. Le problème n’est pas seulement symbolique. Il touche aussi l’accès aux postes de décision où se distribuent budgets, arbitrages et priorités territoriales.

Les écarts régionaux sont forts. La Normandie et la Bretagne figurent parmi les régions les plus féminisées, tandis que la Corse et le Grand Est sont très en dessous. Là encore, le phénomène dit quelque chose de la sociologie des réseaux locaux, du poids des exécutifs municipaux sortants et de la difficulté persistante des femmes à accéder aux postes les plus stratégiques.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le point clé, dans les prochaines semaines, sera la façon dont ces nouvelles majorités intercommunales vont s’organiser concrètement. Les présidences ne disent pas tout. Il faut aussi regarder les vice-présidences, les arbitrages budgétaires et les pactes de gouvernance entre communes. C’est souvent là que se voit le vrai rapport de force.

Autre question à suivre : la capacité des oppositions municipales à peser dans des conseils communautaires parfois plus fragmentés que les conseils de ville. Dans un système où 61 % des présidents viennent d’une autre commune que la ville-centre, les alliances locales comptent autant que l’étiquette. C’est ce mélange de technique institutionnelle et de calcul politique qui fait de l’intercommunalité un échelon décisif, même si elle reste mal connue du grand public.

Réagir à cet article

Votre adresse email ne sera pas publiée. Restons courtois et factuels.