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ÉLECTIONS

Quand un salon du livre devient un test pour la vie culturelle locale, le refus de Didier Daeninckx interroge Montargis sous maire RN

Didier Daeninckx annule sa venue au salon du livre de Montargis pour ne pas s’afficher avec le RN. Son choix ravive le débat sur la culture dans une ville dirigée par l’extrême droite.

salon du livre

À Montargis, un salon du livre peut-il encore rester un simple rendez-vous culturel quand la ville est passée sous bannière RN ? Pour Didier Daeninckx, la réponse est non. L’écrivain a annulé sa venue le 31 mai au Salon du livre de l’Agglomération montargoise, dont il était annoncé comme parrain, en disant qu’il ne voulait pas “s’afficher avec le RN”.

Le geste dépasse le seul cas d’un auteur connu. Il dit quelque chose de plus large : dans une ville où l’extrême droite a pris la mairie, chaque événement public devient aussi un signal politique. À Montargis, le maire Côme Dunis a été élu en mars 2026 avec sa liste RN, tandis qu’à Amilly, dans la même agglomération, Tom Collen-Renaux a aussi remporté la mairie sous l’étiquette RN. Ces résultats donnent au rapport de force local une dimension nouvelle, y compris pour les manifestations culturelles.

Un salon du livre au cœur d’une ville devenue politique

Le Salon du livre de l’Agglomération montargoise se tient à la salle des fêtes de Montargis, face à la médiathèque de l’AME, un équipement central du réseau Agorame. L’événement réunit habituellement des auteurs, des éditeurs, des libraires et des animations autour de la lecture. En 2024, l’agglomération annonçait déjà une cinquantaine d’auteurs pour sa quatrième édition. Le 31 mai s’inscrit donc dans une logique locale bien installée : faire vivre la lecture dans un territoire qui cherche à conserver une offre culturelle visible et accessible.

Mais cette année, le décor a changé. La mairie de Montargis est passée au RN aux municipales de mars 2026. L’agglomération montargoise se retrouve ainsi avec deux communes dirigées par le parti d’extrême droite, Montargis et Amilly. Dans ce contexte, un parrain de salon qui refuse d’apparaître à côté d’élus RN ne pose pas seulement un choix personnel : il rend visible la tension entre culture municipale et symbolique politique.

Ce que dit Didier Daeninckx

L’écrivain, figure du roman noir et auteur engagé de longue date contre l’extrême droite, dit prendre cette décision comme un homme “libre”, et non comme un militant. Son argument est clair : il ne peut pas cautionner des responsables qu’il associe à une conception problématique de la culture. Il renvoie aussi à un précédent plus ancien, celui de livres abîmés ou expurgés dans une bibliothèque d’Orange, alors dirigée par le Front national. Ce souvenir nourrit chez lui une défiance durable.

Cette référence n’est pas anodine. Elle rappelle qu’au début des années 1990 et à la fin de cette décennie, la question culturelle n’a pas été abstraite dans les municipalités d’extrême droite. Des bibliothèques ont alors été surveillées, des choix de programmation critiqués, et certains auteurs ont vu leurs œuvres contestées. Autrement dit, pour Daeninckx, la rupture n’est pas symbolique seulement. Elle s’enracine dans une histoire concrète de mise à distance, parfois de censure.

Son refus touche donc d’abord à la cohérence personnelle. Mais il parle aussi à un public plus large. Pour une partie des lecteurs et des professionnels du livre, accepter de parrainer un salon municipal, c’est donner une image d’ouverture à l’événement. Pour Daeninckx, cette image n’est pas neutre dès lors que les élus en place incarnent un parti qu’il combat depuis longtemps. Le conflit porte moins sur le salon lui-même que sur ce qu’il légitime dans l’espace public.

Ce que cela change, concrètement

Sur le terrain, cette décision ne bloque pas le salon. Elle en modifie la perception. Un parrain absent, c’est d’abord un vide dans la vitrine de l’événement. Mais c’est aussi un message envoyé aux lecteurs, aux auteurs invités et aux habitants : la culture locale ne flotte pas au-dessus du politique. Elle s’y frott e, surtout quand la collectivité qui l’organise change de main.

Le bénéfice politique, lui, n’est pas le même pour tout le monde. Pour le RN municipal, maintenir le salon et afficher la continuité culturelle permet de montrer qu’une mairie d’extrême droite peut gérer des événements fédérateurs sans rupture apparente. Pour les opposants, les associations et les auteurs critiques, le risque est inverse : voir la culture utilisée comme outil de normalisation politique. C’est là que le bras de fer se joue.

Le maire de Montargis, Côme Dunis, répond d’ailleurs sur ce terrain. Il dit respecter la décision de l’auteur et affirme que la culture n’est pas menacée sur le territoire. Il ajoute même qu’il serait prêt à accueillir Daeninckx s’il changeait d’avis. Cette réponse sert un objectif politique simple : désamorcer l’idée d’une mise au pas culturelle et renvoyer le départ de l’écrivain à un choix personnel, non à un problème institutionnel.

La contradiction est là. D’un côté, un auteur dit qu’il ne veut pas donner un blanc-seing symbolique à une municipalité RN. De l’autre, un maire assure que la culture demeure universelle et que l’événement doit rester ouvert à tous. Les deux discours sont cohérents avec leurs intérêts respectifs. Le premier protège une ligne politique et morale. Le second préserve l’image d’une mairie qui veut apparaître ouverte, stable et normale.

Une bataille d’image, mais pas seulement

Au fond, l’affaire dit quelque chose des villes moyennes où le RN s’installe. Les marges de manœuvre sont limitées. Les élus veulent montrer qu’ils gèrent, les acteurs culturels veulent préserver leur autonomie, et les habitants, eux, veulent surtout que les services fonctionnent. Dans ce type de contexte, la culture devient un test de crédibilité. Un salon du livre, une médiathèque, une exposition : ce sont des équipements très concrets, mais aussi des marqueurs de ce que la ville veut être.

Le précédent d’Orange reste, ici, plus qu’une référence militante. Il rappelle qu’un conflit autour d’un livre ou d’un auteur peut finir par cristalliser une peur plus large : celle d’une sélection idéologique des œuvres, des invités ou des thèmes. Même quand aucune décision officielle de censure n’est annoncée, la simple présence d’un élu RN au pouvoir suffit parfois à relancer cette inquiétude chez une partie du monde culturel.

Ce qu’il faudra surveiller

La vraie question, désormais, est simple : qui acceptera de porter l’image du salon après ce retrait ? Si le programme tient, l’événement dira si la ville peut absorber le choc sans incident. Si d’autres invités se désolidarisent, l’affaire prendra une autre ampleur. Et si les élus RN cherchent à afficher une continuité culturelle sans débat, le salon deviendra un marqueur durable du nouveau rapport de force local.

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