Pour éviter un second tour 2027 LFI-RN, Attal et Philippe s’organisent déjà, mais le centre reste divisé
Gabriel Attal prépare un comité de liaison avec les proches d’Édouard Philippe pour anticiper la présidentielle 2027. En toile de fond, le bloc central reste fragmenté tandis qu’Élisabeth Borne prend ses distances avec Renaissance.

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Une question très concrète pour le camp centriste
À moins d’un an de la présidentielle, une question domine déjà le bloc central : faut-il aller chacun de son côté, ou préparer un rassemblement de dernière minute pour éviter un duel Mélenchon-Le Pen au second tour ? C’est ce calcul, très politique mais aussi très pratique, qui met Gabriel Attal et Édouard Philippe en concurrence directe.
Le contexte est simple : le camp macroniste n’a plus de chef naturel incontesté. Les sondages publiés ces dernières semaines donnent Édouard Philippe en avance sur Gabriel Attal pour incarner ce bloc, tandis que le RN reste le pôle le plus solide. Un récent baromètre Ifop-Fiducial place même Édouard Philippe à 36 % de souhait de candidature, contre 31 % pour Gabriel Attal, avec Jordan Bardella à 44 %.
Le pari d’Attal : parler d’union sans s’effacer
Gabriel Attal a posé les mots jeudi 7 mai sur franceinfo : si le risque d’un second tour opposant LFI au RN devient réel, un rassemblement sera, selon lui, « impérieux ». Il dit ne pas vouloir « cela pour la France » et assume l’idée d’un comité de liaison chargé d’anticiper cette hypothèse.
Ce comité réunit des représentants de son camp et des proches d’Édouard Philippe. Objectif affiché : discuter du calendrier, des conditions d’un éventuel accord et de ce qui se passerait si une candidature devait finalement se retirer au profit d’une autre. Attal dit aussi ne pas fermer la porte à une primaire, c’est-à-dire un vote interne ou ouvert pour départager les prétendants.
Dans le fond, il cherche à garder la main sans apparaître comme celui qui divise. C’est un équilibre fragile. S’il pousse trop l’idée d’union, il reconnaît implicitement qu’Édouard Philippe est mieux placé. S’il reste dans la course sans perspective de victoire, il prend le risque d’affaiblir le bloc central au profit du RN ou de la gauche.
Ce que change une candidature unique
Une candidature commune pourrait bénéficier au bloc central dans son ensemble, surtout si les voix se dispersent entre Renaissance, Horizons et MoDem. Mais elle ne profite pas à tout le monde de la même façon. Édouard Philippe y gagnerait s’il arrivait en position de favori. Gabriel Attal, lui, y perdrait de l’autonomie mais pourrait sauver l’idée d’un camp rassemblé plutôt que d’une défaite sèche au premier tour.
Le calcul est aussi financier et organisationnel. En France, la présidentielle ne se gagne pas seulement à la télévision. Elle suppose des soutiens locaux, une structure de campagne, des réseaux militants et une stratégie de second tour. Un bloc morcelé peut vite laisser filer les donateurs, les élus et les talents de campagne vers le mieux placé. C’est particulièrement vrai quand les sondages installent très tôt un rapport de force.
Pour les électeurs modérés, l’enjeu est clair : éviter un choix binaire entre deux extrêmes perçus comme incompatibles avec leurs attentes. Pour les élus du centre et de la droite modérée, c’est une autre affaire : ils doivent choisir où se ranger sans se couper de leurs bases locales. Le bloc central peut donc gagner en lisibilité, mais aussi perdre en pluralité interne.
Élisabeth Borne, symptôme d’un camp qui se fragmente
Au même moment, Élisabeth Borne a quitté la direction de Renaissance. Elle reste adhérente, mais elle se met en retrait du bureau exécutif et du Conseil national, en expliquant ne pas se retrouver complètement dans la ligne portée par le parti.
Son geste pèse symboliquement. Borne a longtemps été l’une des figures du macronisme de gouvernement. Son départ de la direction du parti montre qu’au sein même de l’ancien parti présidentiel, la ligne n’est plus tenue d’une seule main. Elle dit vouloir se consacrer à une structure baptisée « Bâtissons ensemble », présentée comme un espace au-delà des partis.
Gabriel Attal minimise publiquement la portée de cette rupture. Il dit respecter son choix et rappelle le rôle de première ministre qu’elle a tenu. Mais la séquence dit autre chose : le centre présidentiel n’est plus un bloc compact. Il ressemble de plus en plus à un archipel de sensibilités, de méthodes et d’ambitions.
Deux logiques s’opposent déjà
La première logique est celle d’Édouard Philippe : laisser les sondages trancher, puis consolider un leadership naturel sans primaire. Cette stratégie lui profite aujourd’hui, car il reste mieux placé dans les enquêtes d’opinion disponibles. Elle parle aussi à ceux qui veulent éviter une guerre de clans avant même le début officiel de la campagne.
La seconde logique, portée par Attal, consiste à préparer l’union sans renoncer à la compétition interne. C’est moins simple qu’une primaire, mais plus souple. Cela permet de garder toutes les portes ouvertes jusqu’à l’automne ou à la fin de l’année 2026, selon les scénarios évoqués dans le camp central.
Les critiques existent aussi, y compris chez les alliés supposés. Certains cadres du bloc philippiste jugent déjà le comité de liaison peu utile. D’autres responsables considèrent qu’une primaire formelle donnerait davantage de clarté et de légitimité. En clair, personne n’a encore trouvé la formule qui évite à la fois la division et l’humiliation d’un des prétendants.
Ce qu’il faudra surveiller
La vraie question arrivera dans les prochains mois : le bloc central peut-il s’accorder sur une règle du jeu avant que les sondages ne figent trop les positions ? Le calendrier évoqué autour de l’automne 2026 sera décisif. Si un accord se dessine, il faudra voir s’il repose sur une primaire, sur un retrait négocié ou sur une simple hiérarchie sondage après sondage.
En attendant, la présidentielle 2027 avance déjà comme une bataille de positionnement. Le duel ne se joue pas seulement contre le RN. Il se joue aussi à l’intérieur du camp qui prétend encore incarner l’alternative de gouvernement. Et c’est peut-être là que se décidera le vrai rapport de force du second tour.



