Quand le pouvoir d’achat devient un test politique, le RN s’impose dans la confiance des Français
Jordan Bardella et Marine Le Pen arrivent en tête pour gérer une crise géopolitique ou de pouvoir d’achat. Mais aucun responsable n’atteint la majorité, dans un climat économique toujours tendu.

Qui, en France, inspire encore confiance quand les prix montent, que les tensions internationales s’accumulent et que le quotidien reste sous pression ? La réponse donnée par un nouveau sondage est claire : à ce moment-là, les deux figures du Rassemblement national arrivent en tête.
Un vote de confiance, pas un vote de projet
L’enquête mesure la confiance accordée à plusieurs responsables politiques pour gérer une crise géopolitique ou de pouvoir d’achat. Ce n’est donc pas un bulletin de vote, mais un indicateur politique utile : il dit qui paraît crédible, au moins sur un sujet précis.
Le résultat est net. Jordan Bardella obtient 38 % de confiance. Marine Le Pen suit avec 35 %. Édouard Philippe arrive ensuite à 33 %, puis Gabriel Attal à 27 % et Bruno Retailleau à 26 %. À gauche, François Hollande est le mieux placé avec 22 %, devant Raphaël Glucksmann à 21 %, François Ruffin à 20 % et Jean-Luc Mélenchon à 18 %.
Le message le plus important n’est pas seulement le classement. C’est aussi l’absence de majorité. Aucun responsable n’atteint 50 % d’avis favorables. Autrement dit, la confiance reste fragmentée, même dans un moment où les électeurs cherchent des repères simples.
Cette photo politique intervient dans un climat économique tendu. En avril 2026, les prix à la consommation ont augmenté de 2,2 % sur un an, selon l’Insee. La hausse a été tirée notamment par l’énergie, avec une progression de 14,2 % sur un an. Les produits pétroliers restent donc un sujet très concret pour les ménages, surtout pour ceux qui dépendent de la voiture pour travailler ou se déplacer. Consulter les derniers chiffres de l’inflation publiés par l’Insee.
Pourquoi le RN marque des points sur le pouvoir d’achat
La force du RN sur ce terrain ne date pas d’hier. Depuis plusieurs années, le parti a construit un discours simple : baisse des prix, protection des salaires, défense des classes populaires, critique des élites économiques et de Bruxelles. Ce récit parle à une partie des ménages qui ont le sentiment de subir les hausses de prix plus qu’ils ne les comprennent.
C’est précisément là que Jordan Bardella et Marine Le Pen gagnent en visibilité. Le premier incarne une image plus lisse, plus jeune, plus compatible avec l’idée d’alternance. La seconde garde un avantage de notoriété et une présence politique plus ancienne. Dans le sondage, les deux profils sont proches, ce qui suggère qu’ils capitalisent ensemble sur la même attente : une réponse ferme à l’insécurité économique.
Mais ce résultat a une limite très concrète. La confiance déclarée ne dit rien de la capacité réelle à gouverner. Or, sur l’économie, le RN cherche encore à convaincre au-delà de son électorat. Des enquêtes récentes montrent d’ailleurs que le parti tente de rassurer les milieux d’affaires, sans dissiper toutes les réserves. Plusieurs analyses de Reuters ont souligné les doutes persistants d’une partie du monde économique.
Le contraste est important. Dans l’opinion, le RN profite du malaise social. Dans les cercles économiques, ses arbitrages restent scrutés de près : dépenses publiques, fiscalité, relation avec l’Union européenne, sécurité juridique pour les entreprises. Ce décalage explique pourquoi un bon score dans un baromètre d’opinion ne se transforme pas automatiquement en crédibilité de gouvernement.
Une gauche éclatée, une offre politique dispersée
Le sondage montre aussi la faiblesse du camp progressiste sur ces questions. Aucun responsable de gauche ne s’approche des deux têtes du RN. François Hollande prend la première place à gauche, mais à 22 % seulement. Raphaël Glucksmann, François Ruffin et Jean-Luc Mélenchon restent dans une fourchette serrée. Cela traduit une difficulté durable : parler du pouvoir d’achat sans apparaître soit trop gestionnaire, soit trop contestataire.
À droite et au centre, Édouard Philippe s’en sort mieux que les autres, mais sans combler l’écart. Gabriel Attal et Bruno Retailleau complètent le haut du tableau, sans imposer de dynamique décisive. En clair, le paysage politique reste ouvert, mais personne ne parvient à capter seul l’angoisse du quotidien.
Il faut aussi lire ce sondage avec prudence. Une enquête d’opinion mesure un instant, pas une trajectoire. Elle dépend du contexte du moment, des sujets qui dominent l’actualité et de la manière dont les questions sont posées. Ici, le cadre favorise les profils perçus comme capables de trancher dans une période de crise. Les responsables du RN, qui ont construit leur image sur cette promesse, en récoltent mécaniquement le bénéfice.
Reste une question de fond : cette confiance est-elle durable ? Le pouvoir d’achat demeure la première préoccupation de nombreux ménages, mais il se mélange désormais à d’autres anxiétés, comme la stabilité internationale, le coût de l’énergie et la capacité de l’État à protéger sans alourdir encore les comptes publics. C’est ce trio qui peut faire bouger l’opinion, bien plus qu’un simple slogan.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Dans les prochaines semaines, le point clé sera double. D’un côté, l’évolution des prix de l’énergie et des carburants. De l’autre, la capacité des principaux responsables politiques à transformer leur notoriété en crédibilité économique. Si l’inflation repart ou si les tensions internationales pèsent davantage sur les prix, les partis qui parlent le plus vite au portefeuille garderont un avantage.
À l’inverse, si la bataille se déplace vers la cohérence budgétaire et la confiance des acteurs économiques, le classement peut changer. Pour l’instant, le RN profite d’un contexte qui rend son discours immédiatement lisible. Mais cette lisibilité n’est pas encore une preuve de solidité.



