À un an de 2027, les Français donnent l’avantage à Bardella et Le Pen tandis que le bloc central se divise
Le dernier baromètre Elabe montre Jordan Bardella et Marine Le Pen en tête des images positives. Édouard Philippe et Gabriel Attal reculent, tandis que la droite et le centre restent dispersés à un an de la présidentielle 2027.

Une présidentielle encore lointaine, mais déjà des gagnants
À un an de la présidentielle, une question s’impose déjà dans les états-majors : qui arrive à exister hors de son camp, et qui commence à s’éroder ? Dans ce type de course, l’image compte vite. Elle ne fait pas tout, mais elle conditionne la suite : l’attention des médias, la capacité à lever des fonds, à recruter des soutiens et à s’imposer comme une alternative crédible. Un baromètre d’opinion publié le 6 mai place pour l’instant Jordan Bardella et Marine Le Pen devant les principaux noms du bloc central et de la droite classique.
Le classement est clair. Jordan Bardella obtient 37% d’image positive, soit un point de moins qu’au mois précédent, et Marine Le Pen 34%, stable. Derrière eux, Édouard Philippe tombe à 32%, en recul de 5 points, et Gabriel Attal à 28%, également en baisse de 5 points. Bruno Retailleau est à 24%, lui aussi en retrait, au même niveau que Gérald Darmanin. Le signal est important : dans un paysage où plusieurs prétendants du centre et de la droite cherchent à occuper le terrain, ce sont pour l’instant les deux figures du Rassemblement national qui gardent l’avantage.
Pourquoi les cartes bougent si vite
Ce tableau s’explique d’abord par une mécanique politique simple. Plus les candidatures se multiplient à droite et au centre, plus l’espace se fragmente. Or une présidentielle se joue aussi sur la lisibilité. Quand plusieurs profils défendent des lignes proches — sécurité, autorité, réduction des dépenses publiques, maîtrise de l’immigration — les électeurs potentiels peuvent hésiter, puis se reporter vers les figures les plus identifiées. Le RN profite alors d’un effet de contraste : un bloc déjà installé, face à un camp central divisé.
Bruno Retailleau vient d’être officiellement désigné candidat des Républicains par les adhérents, avec 73,8% des suffrages le 19 avril. Édouard Philippe s’est, lui, déjà déclaré candidat dès septembre 2024. Gabriel Attal n’a pas encore formalisé sa candidature mais son entourage laisse entendre qu’il se prépare. Gérald Darmanin entretient le doute, tout en cultivant depuis plusieurs mois une autonomie politique plus marquée. Résultat : chacun existe, mais chacun concurrence aussi les autres. Dans une campagne longue, cette concurrence interne coûte cher. Elle brouille le message et empêche de fabriquer une dynamique unique.
Le recul est encore plus net chez les électeurs d’Emmanuel Macron. Dans ce segment, Édouard Philippe et Gabriel Attal restent les mieux placés, avec 62% d’image positive chacun. Mais le mois de mai les a frappés de plein fouet : Philippe perd 13 points et Attal 7. Gérald Darmanin chute de 15 points, à 48%, tandis que Bruno Retailleau descend à 34%. Autrement dit, le socle central ne se transforme pas en réserve de voix automatique. Il est plus volatil qu’il n’y paraît, et surtout plus exigeant sur la cohérence de l’offre politique.
Le RN capitalise, mais pas sans fragilités
Le duo Bardella-Le Pen reste le plus solide dans ce baromètre, mais le contexte judiciaire de Marine Le Pen demeure un facteur de doute. Dans l’affaire des assistants parlementaires européens, la cour d’appel de Paris a tenu l’audience début 2026, et la question de son inéligibilité continue de peser sur son avenir politique. Le débat dépasse le seul cas personnel : il touche à la possibilité même, pour le RN, de garder deux options crédibles jusqu’au bout, avec Bardella comme plan A et Le Pen comme plan B. Cette dualité est un atout tactique pour le parti, mais aussi une source d’incertitude institutionnelle et électorale.
Il faut aussi lire ces chiffres à l’aune du terrain. Bardella bénéficie d’une image très positive plus haute que celle de Marine Le Pen, et il concentre davantage d’opinions très positives. Cela compte dans un moment où les partis cherchent autant des électeurs que des militants, des donateurs et des relais locaux. Un candidat jugé plus “aimable” ou plus “portable” peut élargir son audience au-delà des seuls convaincus. À l’inverse, un autre peut rester plus puissant électoralement tout en suscitant davantage de rejet. C’est exactement ce que révèlent ces scores : Bardella rassure plus facilement, Le Pen conserve une base plus dure, mais tous deux dominent encore le paysage concurrentiel.
Ce que cela change pour la droite et le centre
Pour Édouard Philippe et Gabriel Attal, le danger n’est pas seulement la baisse ponctuelle. C’est la comparaison permanente avec le RN. À mesure que la campagne avance, chaque hésitation, chaque divergence de ligne, chaque rivalité de leadership se paie en crédibilité. Le premier bénéficie d’une image d’expérience. Le second conserve une aura plus jeune et plus offensive. Mais pour l’instant, aucun des deux ne parvient à prendre une marge durable. La bataille est donc double : convaincre les Français qu’ils peuvent gagner, puis convaincre leur propre camp qu’ils sont les mieux placés pour y arriver.
Bruno Retailleau est dans une position différente. Son investiture par LR lui donne une base partisane claire, mais son score d’image reste plus faible que celui des autres noms du bloc central. Cela traduit un décalage classique : un leadership interne ne se transforme pas automatiquement en dynamique nationale. Il lui faut encore élargir son image au-delà des électeurs déjà acquis aux thèses sécuritaires et identitaires. Son avantage, en revanche, tient au vide relatif à droite : tant que la famille reste dispersée, il peut espérer incarner un point de ralliement.
Le prochain test: l’unité, ou la dispersion
La suite se jouera sur plusieurs échéances très concrètes. D’abord, la capacité du camp présidentiel à éviter une guerre d’ego entre Philippe, Attal et Darmanin. Ensuite, le choix de la ligne chez Les Républicains : Retailleau peut-il agréger au-delà de son socle ? Enfin, le RN devra composer avec la séquence judiciaire de Marine Le Pen sans casser sa dynamique. En France, la campagne présidentielle ne se résume jamais à un duel de personnes. Elle mesure aussi la solidité d’un camp, la clarté d’un récit et la capacité à survivre aux accidents de trajectoire. Pour l’instant, dans ce rapport de force-là, le RN a pris l’avantage.



