À Paris, le procès de Sophia Chikirou expose les tensions entre campagne municipale, argent associatif et confiance publique
Sophia Chikirou comparaît à Paris pour escroquerie présumée dans l’affaire du Média. Le dossier, lié à une demande de virement et à deux chèques, intervient en pleine campagne municipale.

Pourquoi cette audience compte
Pour Sophia Chikirou, le rendez-vous n’est pas seulement judiciaire. Il tombe en pleine campagne municipale à Paris, au moment où la députée LFI veut peser dans une bataille politique déjà très exposée. Elle doit comparaître mardi 12 mai 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris pour escroquerie, dans un dossier lié au site Le Média.
Au cœur de l’affaire, il y a une question simple : qui avait le droit de faire quoi, et à quel moment ? Les enquêteurs lui reprochent d’avoir tenté de faire virer plus de 67 000 euros depuis le compte d’une structure qu’elle ne dirigeait plus, en se présentant comme présidente de la société, ainsi que la soustraction de deux chèques. Elle conteste ces accusations.
Ce que dit le dossier
Selon l’accusation, les faits remontent à l’été 2018. Sophia Chikirou aurait tenté à plusieurs reprises de convaincre la banque Crédit du Nord de valider une opération au bénéfice de sa société de conseil, Mediascop, alors qu’elle n’avait plus la main sur Le Média. Le virement n’a pas abouti. Le banquier se serait méfié, notamment parce que la nouvelle direction avait fait opposition.
Le parquet vise aussi la « soustraction frauduleuse » de deux chèques. En droit pénal français, l’escroquerie consiste à tromper une personne physique ou morale par de fausses qualités ou des manœuvres frauduleuses pour obtenir la remise de fonds, d’un bien ou la signature d’un acte. C’est l’article 313-1 du code pénal qui fixe ce cadre.
Cette audience arrive après une autre étape judiciaire importante. En septembre 2024, Sophia Chikirou a été mise en examen dans l’enquête sur les comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2017. Elle y est soupçonnée d’escroquerie aggravée, d’abus de biens sociaux et de recel d’abus de confiance. Elle conteste là aussi les faits.
Pourquoi l’affaire dépasse Le Média
À première vue, le dossier oppose surtout deux sociétés et une banque. En réalité, il touche à un sujet plus large : la frontière entre activité politique, communication militante et gestion d’entreprise. Le Média a été présenté comme un projet d’information proche de l’univers de Jean-Luc Mélenchon. Quand la gouvernance s’y fissure, le conflit devient vite politique, car il concerne une figure centrale de La France insoumise.
Le bénéfice attendu d’une condamnation serait clair pour les plaignants et, plus largement, pour ceux qui défendent une lecture stricte des règles de gestion. À l’inverse, une relaxe renforcerait l’argument de Sophia Chikirou et de ses soutiens, qui dénoncent un dossier monté en épingle et un traitement judiciaire à charge. Dans ses réactions publiques, elle parle d’un « procès » qui relèverait d’une « affaire éminemment politique » et d’un « harcèlement judiciaire et médiatique ».
La question de fond, pour le lecteur, est donc moins spectaculaire qu’elle n’en a l’air. Dans ce type d’affaire, tout se joue sur des éléments concrets : la qualité juridique de la personne qui signe, l’existence d’une opposition bancaire, la circulation des pièces comptables, et l’intention de tromper ou non. Sans cette intention, l’infraction d’escroquerie ne tient pas. Avec elle, le dossier prend une autre dimension.
Une élue sous pression politique
Le calendrier renforce la tension. En 2026, Sophia Chikirou s’impose comme une figure en vue de la bataille parisienne. La campagne municipale rebat les cartes à gauche, avec des rivalités internes déjà fortes. Dans ce contexte, une comparution au tribunal expose la candidate à deux risques à la fois : un risque judiciaire, bien sûr, mais aussi un risque d’image dans une élection où la crédibilité personnelle compte autant que le programme.
Le revers est tout aussi visible pour ses adversaires. Chaque épisode judiciaire alimente l’argument de ceux qui décrivent LFI comme une formation en tension avec les règles, les médias et les institutions. C’est aussi pour cela que la défense de Chikirou cherche à politiser l’affaire : si le dossier est présenté comme une arme contre une candidate, le terrain judiciaire se double d’un combat narratif.
Cette stratégie n’est pas sans risque. Quand une personnalité publique conteste une procédure en invoquant le « politique », elle peut mobiliser sa base. Mais elle prend aussi le risque de détourner l’attention du cœur du dossier. Ici, ce cœur tient en quelques points très matériels : un changement de présidence au sein d’une société, une demande de virement, deux chèques, et l’idée que la banque a refusé de valider l’opération.
Ce qu’il faut surveiller
L’audience du 12 mai doit dire si le tribunal retient ou non les éléments de l’accusation. Il faudra surtout regarder la qualification retenue par les magistrats, la force des pièces comptables et bancaires, ainsi que la manière dont la défense conteste l’intention frauduleuse. En toile de fond, une autre procédure continue de peser sur la députée : l’enquête sur les comptes de campagne de 2017, toujours en cours depuis sa mise en examen de 2024.
La suite aura donc une portée double. Sur le plan judiciaire, elle dira si le dossier Le Média repose sur des faits assez solides pour entraîner une condamnation. Sur le plan politique, elle dira si Sophia Chikirou parvient à transformer une audience pénale en démonstration de résistance, ou si cette affaire s’installe durablement comme un handicap dans sa campagne parisienne.



