Claire Thoury prend la tête du CESE et doit convaincre les citoyens de l’utilité d’une institution très contestée
Première femme à la présidence du CESE, Claire Thoury hérite d’une institution critiquée pour son coût et ses avis jugés trop consensuels. Elle devra prouver son utilité face aux attaques budgétaires et politiques.

Un signal à la fois politique et symbolique
Qui parle pour la société civile, quand les partis s’écharpent et que les institutions sont contestées ? C’est à cette question que Claire Thoury devra répondre, depuis le 20 mai 2026, en prenant la présidence du Conseil économique, social et environnemental pour cinq ans.
À 36 ans, l’ancienne présidente du Mouvement associatif devient la première femme à diriger cette assemblée consultative. Le moment compte. Le CESE ouvre sa mandature 2026-2031 avec une nouvelle présidence, au sein d’une institution qui conseille le gouvernement et le Parlement, et qui peut aussi consulter le public sur les sujets relevant de sa compétence, à l’initiative de ses membres ou à la demande de l’exécutif ou des présidents des deux assemblées selon le rappel institutionnel de la nouvelle mandature.
Le CESE, une institution sous pression
Le problème n’est pas seulement politique. Il est aussi budgétaire. En juillet 2025, la commission des Finances de l’Assemblée nationale a publié un rapport sur l’activité du CESE et la gestion de l’institution sur son fonctionnement et son utilité. Quelques jours plus tard, la Cour des comptes a elle aussi rendu ses observations sur le CESE dans un rapport consacré à sa gestion.
Le diagnostic des magistrats financiers est nuancé. La Cour rappelle que le CESE a été réformé en 2021, avec un changement majeur : l’introduction de la participation citoyenne. Elle souligne aussi que le nombre de membres a baissé de 25 %. Mais elle note que les économies réalisées ont été réinvesties dans l’institution, au lieu d’être rendues au budget de l’État dans son analyse de 2025.
Autrement dit, le CESE doit désormais prouver qu’il vaut ce qu’il coûte. Et dans une période de finances publiques tendues, la question pèse davantage qu’avant. Pour ses défenseurs, l’institution sert à faire remonter des voix souvent absentes du cœur du pouvoir : syndicats, associations, employeurs, collectifs, acteurs environnementaux. Pour ses détracteurs, elle produit trop souvent des avis jugés consensuels et trop peu suivis d’effets.
Ce que change l’arrivée de Claire Thoury
Le profil de la nouvelle présidente dit beaucoup de l’orientation recherchée. Venue du monde associatif, elle incarne une lecture du CESE comme chambre d’écoute plus que comme simple machine à avis techniques. Dans sa déclaration d’intention, elle a voulu faire du Conseil « un repère dans ces temps troublés » et l’inscrire « en temps réel » dans le débat public. L’idée est claire : répondre plus vite, plus près du rythme politique.
Cela peut profiter d’abord à ceux que le CESE est censé représenter : associations, collectifs citoyens, corps intermédiaires, acteurs de terrain. Si l’institution gagne en réactivité, leurs alertes peuvent remonter plus tôt. À l’inverse, le gouvernement et le Parlement y gagneraient un outil de consultation plus utile, mais seulement si les travaux du Conseil sont mieux ciblés et plus lisibles.
Le point de friction reste le même : produire des avis qui servent réellement à la décision publique. Avec 140 avis rendus en cinq ans, le CESE est accusé d’empiler les textes sans peser assez sur les choix concrets. Claire Thoury répond qu’il « faut assumer la divergence quand elle est constructive ». Le message est important. Il signifie que le consensus n’est pas une fin en soi. Pour les organisations les plus faibles, c’est plutôt une bonne nouvelle. Les compromis trop lisses, eux, profitent surtout aux acteurs déjà installés, capables de faire entendre leur voix ailleurs.
Trois conventions citoyennes, un bilan contrasté
La défense du CESE ne peut pas reposer seulement sur son ancienneté. Elle passe aussi par son utilité concrète. L’institution a organisé trois conventions citoyennes ces dernières années : sur le climat, sur la fin de vie, puis, en 2025, sur les temps de l’enfant. Ce format donne de la place à des citoyens tirés au sort, mais ses effets restent limités si le politique ne s’en empare pas ensuite.
C’est là que le débat se tend. Pour ses partisans, le CESE sert à ouvrir des sujets que les institutions traitent mal, ou trop tard. Pour ses critiques, il fabrique de la délibération sans garantie d’application. Le risque est connu : une parole citoyenne très visible au départ, puis une traduction incomplète dans la loi ou dans les décisions publiques.
Le nouveau cap du Conseil devra donc être mesurable. Sur le climat, sur la fin de vie, sur les conditions de vie des enfants, l’enjeu n’est pas seulement de consulter. Il est de relier consultation, expertise et décision. Sinon, le CESE restera utile pour ceux qui participent. Beaucoup moins pour ceux qui attendent des résultats.
Une présidence à juger sur des preuves
Emmanuel Macron a félicité Claire Thoury sur X, en estimant qu’elle « portera la voix de la société civile, au service de l’intérêt général et de la République ». Le soutien est politique. Il place aussi la nouvelle présidente devant une obligation : montrer que le CESE n’est pas une chambre d’écho, mais un lieu qui aide vraiment à fabriquer de l’intérêt général.
La difficulté est double. Il faut défendre l’institution face aux attaques sur son coût. Il faut aussi convaincre qu’un avis du CESE ne se perd pas dans les tiroirs administratifs. La Cour des comptes a déjà pointé un besoin de meilleur équilibre entre l’autonomie du Conseil et les exigences de contrôle attendues d’un organisme public. La commission des Finances, elle, a relancé le débat sur sa gestion et sa place dans l’architecture institutionnelle dans son rapport de juillet 2025.
Dans les prochains jours, le plus important sera de voir comment la nouvelle présidence installe sa méthode. Quelle place pour les saisines citoyennes ? Quel rythme pour les avis ? Quelle hiérarchie entre les grands sujets sociaux, économiques et environnementaux ? C’est là que se jouera la suite. Pas dans le symbole de l’élection, mais dans la capacité du CESE à prouver, dossier après dossier, qu’il est encore utile au pays.



