Attal contre Philippe : deux anciens premiers ministres, un seul ticket pour le second tour de la présidentielle de 2027
Gabriel Attal a officialisé sa candidature le 22 mai depuis l'Aveyron. Face à Édouard Philippe, candidat depuis septembre 2024, le bloc central cherche comment éviter la dispersion qui pourrait lui coûter le second tour en 2027.

Qui représentera le camp macroniste en 2027 ? La question se posait depuis des mois. Elle a désormais deux réponses, et c’est précisément le problème.
Gabriel Attal, 37 ans, ancien premier ministre et secrétaire général de Renaissance, a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle le 22 mai 2026 depuis Mur-de-Barrez, dans l’Aveyron. Face à lui, Édouard Philippe, 55 ans, maire du Havre et président d’Horizons, est en campagne depuis septembre 2024. Les deux hommes se sont succédé à Matignon sous Emmanuel Macron. Ils se disputent aujourd’hui le même espace politique, celui du « bloc central », coincé entre le Rassemblement national et La France insoumise dans les sondages. Un espace trop étroit pour deux candidatures, selon la plupart des observateurs.
L’Aveyron contre Le Havre, deux styles qui s’opposent
Le décor choisi par Gabriel Attal pour se déclarer n’avait rien d’anodin. Mur-de-Barrez, village du nord de l’Aveyron, quelques centaines d’habitants, un débat citoyen sur la place du bourg et un aligot-saucisse pour conclure. Le secrétaire général de Renaissance voulait casser une image : celle d’un héritier parisien du macronisme, trop jeune, trop urbain, trop lisse. L’Aveyron, c’était sa manière de dire qu’il ne parlerait pas seulement aux cadres des métropoles.
Le contraste avec Édouard Philippe est assumé. Le maire du Havre cultive une posture de gravité. Interrogé par Le Parisien le même jour, il a revendiqué son tempérament avec une formule sèche : il ne compte pas « monter sur la table pour faire le malin ». Sur France Inter, deux jours plus tard, Gabriel Attal a répliqué qu’il fallait « parfois savoir monter sur la table » pour régler les problèmes. L’échange résume le duel. Philippe se veut présidentiel, posé, au-dessus de la mêlée. Attal joue l’énergie, le mouvement, la rupture de ton. Dans l’entourage du patron de Renaissance, on résume la partition d’une formule que rapporte Europe 1 : Philippe serait « l’anesthésiste », Attal « le réanimateur ».
Un pacte fragile pour éviter le pire
Les deux hommes le savent : s’ils vont tous les deux au bout, le bloc central risque l’élimination dès le premier tour. C’est pourquoi un accord de désistement aurait été scellé lors d’un repas confidentiel en février 2026, un épisode que la presse a surnommé le « serment du Cirque d’hiver ». Le principe est simple : début 2027, le candidat le moins bien placé dans les sondages se retire au profit de l’autre, à condition qu’un second tour LFI-RN se profile.
Gabriel Attal a confirmé l’existence de cet accord sur France Info le 7 mai, puis a ouvert la porte à une primaire le 24 mai sur Brut, en précisant que les modalités restaient à définir. Édouard Philippe, lui, rejette l’idée d’une primaire. Il préfère laisser parler les sondages, qui lui sont pour l’instant favorables.
Car les chiffres parlent. Selon un baromètre Odoxa pour Public Sénat publié fin mai, Édouard Philippe est crédité de 19 % des intentions de vote au premier tour, contre 14 % pour Gabriel Attal, quelle que soit la configuration testée. Le candidat RN, Jordan Bardella ou Marine Le Pen selon les hypothèses, domine avec 32 à 35 %. Un sondage Elabe de mars donnait même Philippe entre 20,5 et 25,5 %, loin devant les 11,5 % d’Attal à l’époque. Le maire du Havre reste le seul candidat du camp central testé capable de l’emporter au second tour face au Rassemblement national.
Un avantage qui ne vaut pas victoire
Faut-il en conclure que l’affaire est pliée ? Pas si vite. Les soutiens d’Attal rappellent volontiers que Philippe est « haut dans les sondages parce qu’il se tait » et que « dès qu’il ouvre la bouche, il chute ». Le parallèle avec le duel Chirac-Balladur de 1995 revient régulièrement dans les couloirs de Renaissance : Philippe dans le rôle du favori installé, Attal dans celui du challenger qui finit par l’emporter à force de campagne de terrain.
Le camp Philippe retourne l’argument. Quelle que soit l’énergie d’Attal, « Gabriel apparaîtra comme un troisième vote pour Macron », glisse un de ses proches à France Info. L’ancien premier ministre de 2024, le plus éphémère de la Ve République avec ses huit mois à Matignon, porterait le bilan du quinquennat Macron plus que tout autre. Philippe, candidat depuis plus longtemps, a pris ses distances avec l’Élysée. Il dispose d’un parti propre, Horizons, et d’un ancrage local au Havre. Deux atouts qu’Attal n’a pas.
Retailleau en embuscade, la gauche qui observe
Ce duel intéresse un troisième acteur : Bruno Retailleau, président des Républicains, qui joue sur un registre plus droitier. Si les deux anciens premiers ministres se neutralisent trop longtemps, c’est lui qui pourrait capter une partie de l’électorat conservateur. Son grand meeting est prévu le 20 juin, trois semaines après celui d’Attal programmé le 30 mai au parc des Expositions de la porte de Versailles, et trois semaines avant celui que prépare Philippe pour mi-juillet.
À gauche, Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann observent cette fragmentation du centre avec un intérêt évident. Selon le même baromètre Odoxa, l’écart entre Philippe et Mélenchon s’est nettement resserré ces dernières semaines. Sébastien Chenu, vice-président RN à l’Assemblée, a résumé la situation avec un certain plaisir : Attal ne serait que « la continuité du macronisme ». Pour le Rassemblement national, plus le bloc central se divise, mieux c’est.
Ce qu’il faut surveiller
Trois échéances vont structurer les prochaines semaines. D’abord le meeting d’Attal le 30 mai à Paris, qui servira de test grandeur nature pour mesurer sa capacité de mobilisation. Ensuite la décision de la cour d’appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens du RN, attendue le 7 juillet, qui pourrait bouleverser le paysage si Marine Le Pen est déclarée inéligible. Enfin, le rassemblement annoncé par Édouard Philippe à la mi-juillet, qui donnera le ton de la rentrée politique. D’ici là, les sondages continueront de scander ce duel où celui qui frapperait l’autre trop fort perdrait des points auprès de l’électorat commun qu’ils convoitent tous les deux.



