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ACTUALITé NATIONALE

Canicule en mai : pourquoi le gouvernement est accusé d’impréparation face à des chaleurs qui ne sont plus une surprise

Dix-sept départements en vigilance orange, sept morts, des écoles fermées. Alors que Sébastien Lecornu préside une réunion interministérielle ce jeudi, l'opposition dénonce l'absence de politique structurelle face au réchauffement climatique.

Faut-il encore s’étonner de suffoquer en mai ? Avec des pointes à 38°C dans la vallée du Rhône et un indicateur thermique national qui a pulvérisé son record historique pour un mois de mai dès le lundi 25, la réponse semble évidente. Pas pour tout le monde, visiblement.

La France traverse depuis le début de la semaine un épisode caniculaire d’une précocité inédite. Météo-France a porté à dix-sept le nombre de départements en vigilance orange ce jeudi, y compris Paris et sa petite couronne, ajoutés au dernier bulletin de 6 heures. L’épisode a déjà provoqué sept décès, selon la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon : cinq noyades et deux morts lors de pratiques sportives, l’une à Paris, l’autre dans la métropole lyonnaise. À ces drames s’ajoute un pic de pollution à l’ozone qui touche plusieurs régions, aggravant les risques sanitaires pour les plus fragiles.

« Ce n’est que le premier d’une série »

C’est la phrase qui résume, à elle seule, le malaise. Prononcée mardi par Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, elle acte ce que les climatologues répètent depuis des années : ces vagues de chaleur vont se multiplier. Météo-France prévoit jusqu’à dix fois plus d’épisodes caniculaires d’ici 2100 dans un scénario de réchauffement à +4°C. Concrètement, cela signifie jusqu’à deux mois de canicule par an et 40 à 50 nuits tropicales en ville dans le nord du pays, bien davantage dans le sud.

Face à ce constat, le premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une réunion interministérielle ce jeudi à 16h15 à Matignon. Une dizaine de ministres doivent plancher sur un « plan d’endurance » pour l’été, couvrant l’accueil du public, l’état des nappes phréatiques et les risques de feux de forêt. Le ministère de l’Éducation nationale n’envisage pas, « pour l’instant », de fermer massivement des écoles ni de reporter les épreuves du bac professionnel. Quelques fermetures ponctuelles ont toutefois été décidées, notamment à Mont-de-Marsan, où les établissements ont fermé leurs portes jeudi et vendredi après-midi.

L’opposition ne décolère pas

Le calendrier de la réunion interministérielle a fait bondir. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, s’est dite « effarée par l’impréparation du gouvernement », dénonçant la baisse du Fonds vert, ce dispositif qui finance la transition écologique des collectivités. Elle a pointé l’urgence de déployer des points de fraîcheur sur tout le territoire.

À l’Assemblée nationale, le député écologiste Nicolas Bonnet a martelé un chiffre qui fait mal : plus d’un logement sur trois en France devient inhabitable à chaque vague de chaleur, transformé en « bouilloire thermique ». Le rythme actuel de rénovation des bâtiments scolaires, lui, laisse présager que les écoles ne seront adaptées aux fortes chaleurs que dans plusieurs décennies. Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat, a exhorté l’exécutif à « sortir de la gestion de crise au coup par coup » pour engager des mesures structurantes, en particulier sur le logement et les écoles.

Le gouvernement, lui, refuse d’être réduit à l’inaction. Maud Bregeon a rappelé le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), présenté en mars, qui prévoit des investissements dans la rénovation thermique et la végétalisation des villes. Encore faut-il que les financements suivent : les coupes budgétaires ont affaibli Météo-France, compromettant la surveillance du dérèglement climatique, comme l’a souligné la députée Clémence Guetté dans une question écrite au gouvernement.

Les collectivités en première ligne

Sur le terrain, ce sont les mairies et les préfectures qui gèrent l’urgence. Nantes et Saint-Nazaire ont ouvert des structures d’accueil pour les sans-abri. Dans la Manche, les activités de plein air ont été annulées. Marina Ferrari, ministre des Sports, a évoqué la possibilité d’annuler certaines compétitions dans les prochains jours si la chaleur persiste.

À Roland-Garros, où le tournoi bat son plein, les organisateurs ont installé des brumisateurs pour les spectateurs. Un joueur, le Tchèque Jakub Mensik, s’est effondré d’épuisement après sa victoire mercredi, incapable de se relever seul.

La suite s’annonce tout aussi tendue. Météo-France prévoit une extension de la vigilance jaune canicule vers le sud-est dès mercredi, portant le total à 29 départements concernés. L’Europe, continent qui se réchauffe le plus rapidement depuis 1990, ne devrait pas offrir de répit. Le « plan d’endurance » annoncé par Matignon devra être à la hauteur d’un été qui s’annonce long.

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